Par Chofamba Sithole
Lorsque Nelson Chamisa a récemment déclaré sur X qu’« il n’y a pas de constitution à protéger ou à défendre » et que « nous devons plutôt défendre et protéger notre pays », ses paroles ont touché une corde sensible chez de nombreux Zimbabwéens désillusionnés par l’état de notre politique. Mais ils risquent également de nous induire en erreur à un moment où la clarté et la concentration sont essentielles.
Suggérer qu’il n’y a pas de constitution à défendre revient à abandonner le fondement même sur lequel la lutte démocratique a été construite. Notre constitution n’est pas un morceau de papier détaché : c’est l’incarnation vivante de la volonté du peuple, laborieusement conquise au cours de générations de lutte. L’abandonner, c’est abandonner le Zimbabwe lui-même.
Nous sommes déjà venus ici. À la fin des années 1990, le Zimbabwe était en proie à un sentiment similaire de crise nationale. La corruption, l’autoritarisme et le déclin économique ont miné la confiance du public dans l’État. Consciente de la profondeur du malaise, une large coalition de mouvements sociaux – depuis les syndicats jusqu’aux églises, en passant par les étudiants, les groupes de femmes et les militants civiques – a conclu que le salut du pays résidait dans un nouvel ordre constitutionnel.
De ce réveil est née l’Assemblée constitutionnelle nationale (ANC), dirigée par le Congrès des syndicats du Zimbabwe sous la direction de Gibson Sibanda et Morgan Tsvangirai. La mission de la NCA était claire : mobiliser les citoyens pour rédiger une constitution dirigée par le peuple qui redéfinirait la relation entre l’État et le citoyen.
Alarmé par cette lame de fond, le gouvernement de Robert Mugabe s’est empressé de produire son propre projet par l’intermédiaire d’une commission nommée par l’État. Mais lorsque cette constitution élaborée par les élites a été soumise à référendum en février 2000, le peuple l’a rejetée. Pour la première fois dans l’histoire, Mugabe a connu la défaite aux urnes, parce que les Zimbabwéens exigeaient une constitution pour le peuple et non pour les dirigeants.
Ce rêve s’est finalement réalisé en 2013, lorsque, sous le gouvernement inclusif, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) et le ZANU-PF ont convenu d’un processus consultatif qui a produit une nouvelle constitution progressiste et approuvée par le peuple. Adopté à une écrasante majorité, il est devenu le premier contrat social véritablement démocratique du Zimbabwe.
Mais dès le début, l’élite dirigeante a traité ce document non pas comme un pacte national mais comme un inconvénient. Après qu’Emmerson Mnangagwa soit devenu président à la suite du coup d’État militaire de novembre 2017, il a dirigé les efforts visant à massacrer la nouvelle constitution, notamment la clause relative aux candidats à la vice-présidence, afin d’assurer la continuité de la domination présidentielle de Big Man.
Aujourd’hui, Mnangagwa cherche, en outre, à conduire un char et des chevaux en vertu de la même constitution qu’il avait autrefois juré de respecter. Son ambition déclarée de modifier ou de suspendre des dispositions clés pour consolider un plan de succession préféré n’est rien de moins qu’un coup d’État constitutionnel. Avec un parlement coopté et conforme, le régime espère légaliser l’illégalité et codifier l’autoritarisme.
L’enjeu n’est donc pas simplement une bataille de factions au sein du ZANU-PF entre Mnangagwa et son adjoint, le général Constantino Chiwenga. Il s’agit d’une crise nationale qui touche aux fondements mêmes de la République. La lutte pour la constitution est la lutte pour l’âme du Zimbabwe.
C’est dans ce contexte que l’affirmation de l’avocat Nelson Chamisa selon laquelle il n’y a « aucune constitution à défendre » peut être considérée comme problématique. La constitution définit qui nous sommes, ce que nous aspirons à devenir et quels pouvoirs l’État peut ou non exercer sur nous.
Affirmer que la Constitution est « en lambeaux » et donc indigne d’être défendue, c’est reconnaître la défaite à ceux qui l’ont déchirée. La fragilité de la Constitution n’est pas une raison pour l’abandonner ; c’est la raison pour laquelle nous devons le défendre avec d’autant plus de vigueur.
La Constitution de 2013 reste un document démocratisant, un bouclier populaire contre la tyrannie. Il fournit le cadre juridique, moral et politique grâce auquel les citoyens peuvent résister aux excès autoritaires. Il nous dit non seulement ce qu’est le Zimbabwe, mais aussi ce qu’il devrait être.
Sans cela, parler de défense du pays devient une rhétorique abstraite. Quel pays défendons-nous, sinon celui défini par une constitution née de la lutte populaire ? Quelles règles guident cette défense ? Quelles limites le retiennent ? Si la lutte pour le Zimbabwe reste indéfinie, elle risque de sombrer dans le chaos ou la cooptation.
Le Zimbabwe se trouve aujourd’hui à un autre carrefour historique. La Constitution est assiégée. Les institutions censées le maintenir ont été capturées. L’opposition a été divisée et, dans certains cas, elle a clairement porté ses fruits. Pourtant, ce moment précis exige que toutes les forces démocratiques – politiques, civiques et sociales – reprennent leur mission initiale : défendre la constitution comme expression ultime de la souveraineté du peuple.
La réponse à la manipulation autoritaire n’est pas d’abandonner la constitution mais de se rallier autour d’elle. C’était la leçon de 1999. Cela reste le défi de 2025.
Si la Constitution tombe, la République tombe avec elle.
Alors oui, le Zimbabwe doit être défendu, mais défendre le Zimbabwe, c’est défendre sa constitution. Les deux ne font qu’un.
L’histoire a donné à Nelson Chamisa une passe décisive dans la surface de réparation. La question est : va-t-il viser le but en galvanisant les Zimbabwéens pour sauver leur constitution, et donc leur nation ?
Chofamba Sithole est un journaliste et commentateur politique zimbabwéen chevronné.






