Pourquoi l’Afrique du Sud condamne Gaza mais ignore Amhara

Maria

Afrique du Sud _ Gaza _ AmharaAfrique du Sud _ Gaza _ Amhara

Par Caleb Ta. (Dr.)

Chercheur indépendant en affaires politiques africaines ; Défenseur des droits de l’homme

Préface : Un test de cohérence morale dans la nouvelle diplomatie africaine

À une époque où le leadership moral est de plus en plus invoqué mais rarement pratiqué, l’Afrique se trouve à la croisée des chemins. Des nations comme l’Afrique du Sud – à qui la libération de l’apartheid lui a conféré un poids moral inégalé – sont considérées comme guidant la conscience du continent. Pourtant, cette autorité sonne creux lorsque le même gouvernement qui condamne le génocide à l’étranger reste silencieux sur les atrocités commises en Afrique même. Alors que le peuple Amhara d’Éthiopie subit ce que les groupes de défense des droits humains décrivent comme des massacres, des déplacements et des persécutions systématiques dirigés par l’État, la question est inévitable : Pourquoi la clarté morale de l’Afrique du Sud disparaît-elle alors que les victimes sont africaines ?

Introduction

Dans la diplomatie mondiale, l’autorité morale est une monnaie– et peu de pays le possèdent comme l’Afrique du Sud. Sortant de l’ombre de l’apartheid, les dirigeants sud-africains exercent un pouvoir symbolique lorsqu’ils parlent de justice et de droits de l’homme. Alors quand le président Cyrille Ramaphosa condamne la guerre à Gaza comme un « génocide » et un « crime de guerre », le monde écoute.

Mais l’autorité morale perd de sa valeur lorsqu’elle est appliquée sélectivement. La même administration qui dénonce avec force les souffrances à l’étranger reste silencieuse sur les d’horribles atrocités se déroulent dans la région d’Amhara en Éthiopieoù des milliers de civils ont été tués, déplacés et terrorisés – dont beaucoup par leur propre gouvernement.

Si le gouvernement de Ramaphosa prétend défendre les droits humains universels, pourquoi ne parle-t-il pas alors que compatriotes africains sont les victimes ?

Atrocités documentées contre le peuple Amhara

Rapports provenant de sources crédibles—Amnistie internationale (2024), Human Rights Watch (2025)le Commission éthiopienne des droits de l’homme (EHRC, 2022)et le Association Amhara d’Amérique (AAA, 2024)— dressent collectivement un sombre tableau : les opérations militaires du gouvernement éthiopien en Amhara ont inclus frappes aériennes aveugles, détentions massives, exécutions extrajudiciaires, destruction d’habitations et de lieux de culteet déplacement systématique.

Frappes de drones et bombardements aériens

Le Association Amhara d’Amérique (2024) documenté 53 frappes meurtrières de drones dans les régions d’Amhara et d’Oromia sur douze mois, ce qui a entraîné 3 283 victimes civiles—2 592 tués et 691 blessés. La majorité de ces attaques, attribuées au Force de défense nationale éthiopienne (ENDF)ciblaient les zones peuplées telles que les marchés et les zones résidentielles.

Le Projet de données sur la localisation et les événements des conflits armés (ACLED)cité par DW (2024)a confirmé que 52 frappes aériennes sur 54 à Amhara ont été menées par des drones, causant environ 449 morts. Dans un seul incident, Reuter (2024) signalé au moins 15 morts civils suite à une frappe aérienne le 23 février 2024.

Exécutions extrajudiciaires et exécutions massives

Human Rights Watch (2025) ont signalé plusieurs cas de forces éthiopiennes exécutant des civils Merawi et les villes environnantes. Des témoins oculaires ont décrit des soldats procédant à des rafles massives et tirant sur des détenus sans procès. De la même manière, Amnistie internationale (2024) documenté exécutions sommaires dans Baher Darla capitale régionale, comprenant des chefs religieux et des personnalités communautaires.

Attaques contre des églises, des mosquées et des maisons

Structures civiles et religieuses—églises, mosquées, écoles, hôpitaux et maisons– ont été touchés par des frappes de drones et des tirs d’artillerie. Selon EHRC (2022)des communautés entières ont été bombardées sans distinction entre combattants et civils, et les images satellite ont confirmé des dégâts considérables dans les établissements urbains et ruraux.

Déplacements massifs et détentions arbitraires

Des milliers de civils Amhara ont été déplacé de forceleurs maisons étant pillées ou détruites. Amnistie internationale (2024) rapporte que l’Éthiopie État d’urgence a permis des arrestations massives de journalistes, de juges et de citoyens ordinaires, dont beaucoup sont détenus sans inculpation dans des conditions dégradantes.

Le silence de l’Afrique du Sud : une crise d’intégrité morale

Le gouvernement sud-africain s’est positionné comme un défenseur mondial des droits de l’hommenotamment en poursuivant des poursuites judiciaires contre Israël au Cour internationale de Justice (CIJ). Pourtant, ce même gouvernement a montré silence complet sur les atrocités perpétrées en Éthiopie – des atrocités qui portent la marque de crimes de guerre et potentiellement crimes contre l’humanité.

Cette contradiction révèle une profonde incohérence morale. Un gouvernement ne peut pas prétendre de manière crédible défendre la justice sur un continent tout en ignorant les massacres sur son propre continent. Le silence, dans ce cas, n’est pas la neutralité, c’est complicité morale.

Si Ramaphosa croit vraiment à l’universalité des droits de l’homme, son administration doit condamner toutes les formes de génocideindépendamment de la géographie ou de la politique.

Motifs possibles derrière le silence

  1. Intérêts géopolitiques : Le rôle stratégique de l’Éthiopie dans le Union africaine (UA) et ses liens économiques avec l’Afrique du Sud pourraient dissuader les critiques.
  2. Calculs diplomatiques : Le gouvernement sud-africain souhaitera peut-être éviter tout conflit avec un partenaire africain puissant, en privilégiant l’unité continentale plutôt que la justice.
  3. Solidarité sélective : La position anti-occidentale historique de l’ANC dirige souvent l’indignation morale vers les puissances étrangères tout en négligeant les auteurs africains.
  4. Disparité des médias : La couverture mondiale de Gaza éclipse les crises éthiopiennes, rendant le silence politiquement moins coûteux.

Mais ces explications ne pas absoudre L’Afrique du Sud de sa responsabilité éthique.

Pourquoi le silence n’est pas la neutralité

L’Afrique du Sud échec à condamner les atrocités commises à Amhara » contredit sa politique étrangère déclarée de « diplomatie fondée sur les droits de l’homme ». Dans le domaine moral, le silence face au génocide est équivalent à une approbation.

Sous le Convention sur le génocide (1948)chaque État a le devoir de prévenir et de punir le génocide partout où il se produit. En ignorant les atrocités perpétrées en Éthiopie, l’Afrique du Sud risque de trahir non seulement ses valeurs fondatrices mais aussi son leadership moral continental.

Comme Mgr Desmond Tutu une fois prévenu, « Si vous êtes neutre dans les situations d’injustice, vous avez choisi le côté de l’oppresseur. »

Conclusion

La position du président Cyril Ramaphosa sur Gaza lui a valu une reconnaissance mondiale. Mais le leadership moral est indivisible. Condamner le génocide à Gaza tout en ignorant les atrocités commises à Amhara n’est pas de la justice : c’est une politique habillée de vertu.

Si l’Afrique du Sud veut rester la conscience morale de l’Afrique, elle doit appliquer ses principes universellement. Le peuple d’Amhara mérite la même empathie, le même plaidoyer et la même indignation que l’Afrique du Sud accorde aux autres.

Le silence, dans ce cas, n’est pas de la diplomatie, c’est trahison. Et l’histoire se souviendra non seulement des crimes des puissants, mais aussi des silence de ceux qui auraient pu parler.

Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.

__

À soumettre Communiqué de presseenvoyez la soumission à info@Togolais.info