Négligence stratégique et abandon de la lutte contre Al-Shabaab

Maria

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Ing. Abdi Ali Barkad

Ces dernières années, le gouvernement fédéral de Mogadiscio s’est progressivement éloigné de ses responsabilités fondamentales : restaurer la sécurité, stabiliser la gouvernance et répondre aux crises humanitaires chroniques du pays. Au lieu de cela, ses dirigeants politiques se sont lancés dans une campagne dangereuse et intéressée, qui ne vise pas à vaincre Al-Shabaab, mais à fabriquer une confrontation politique avec la République du Somaliland et d’autres États fédéraux.

Ce changement reflète un régime plus intéressé par la préservation du pouvoir et le favoritisme extérieur que par la reconstruction d’une nation fragmentée. Cela révèle également l’influence croissante d’acteurs étrangers qui considèrent la Somalie non pas comme une nation ayant besoin de stabilisation, mais comme un pion géopolitique.

La Somalie continue de faire face à une insurrection implacable. Al-Shabaab contrôle de vastes territoires, collecte des impôts dans les principales régions et pénètre régulièrement même dans les zones fortement fortifiées de la capitale. Pourtant, au lieu de consolider les opérations de sécurité nationale, les dirigeants de Mogadiscio ont détourné leur attention vers des luttes politiques qui génèrent des avantages financiers et claniques.

Tandis que les troupes fédérales peinent à tenir le terrain, les dirigeants politiques consacrent leur temps et leur énergie diplomatique à saper le Somaliland, une entité indépendante, pacifique et démocratique qui se gouverne elle-même depuis plus de trois décennies.

Cette fixation n’est pas ancrée dans l’intérêt national. Elle est plutôt motivée par un calcul politique interne, dans lequel un ennemi extérieur crée une diversion commode de l’échec national.

La Chine et la Turquie sont devenues des partenaires clés dans l’hostilité renouvelée de Mogadiscio envers le Somaliland. Leur soutien n’est pas accidentel.

  • Turquie entretient des liens politiques et sécuritaires profonds avec Mogadiscio, motivés par son influence militaire et son positionnement stratégique dans la Corne de l’Afrique.
  • Chinepréoccupé par l’engagement du Somaliland avec Taiwan, exerce des pressions pour que Mogadiscio adopte une position plus conflictuelle.
  • L’Égypte s’est récemment positionnée comme un éminent partisan de l’État somalien en faillite, offrant un soutien politique constant et contribuant au renforcement de l’appareil de défense de la Villa Somalia. Le Caire a facilité les programmes de formation militaire, les initiatives de renforcement des capacités et la livraison d’équipements avancés destinés à renforcer les forces armées somaliennes. Même si l’Égypte inscrit cet engagement dans le cadre de ses objectifs de sécurité régionale plus larges, son engagement croissant comporte également d’importantes implications géopolitiques. Dans le paysage complexe de la Corne de l’Afrique, où se croisent des États fragiles, des territoires contestés et des rivalités régionales, un tel soutien risque d’intensifier les tensions existantes et pourrait par inadvertance contribuer à l’instabilité au lieu de l’atténuer.

Une grande partie du matériel militaire acheminé vers la Villa Somalia ne renforce jamais l’État ; il disparaît dans les réseaux mêmes que la communauté internationale prétend combattre. Le secteur de la sécurité somalien est en proie à la corruption, à l’infiltration et à une mauvaise gestion chronique. À maintes reprises, les armes fournies au gouvernement fédéral finissent par se déverser sur les marchés noirs, les milices claniques et les groupes armés. Dans le pire des cas, ces armes finissent par tomber entre les mains d’Al-Shabaab, soit par détournement, soit par collusion, soit par capture sur le champ de bataille. Au lieu de stabiliser le pays, cet afflux inconsidéré d’armes se répercute simplement sur le conflit, donnant ainsi du pouvoir aux extrémistes que le monde cherche à vaincre.

Le résultat est un environnement politique dans lequel les agendas extérieurs éclipsent les réalités internes de la Somalie. Au lieu de rechercher la paix et un dialogue constructif, Mogadiscio s’enhardit à intensifier les tensions, croyant disposer d’une couverture diplomatique.

Malgré sa capacité de gouvernance limitée, la Somalie reste l’un des plus grands bénéficiaires de l’aide internationale. Des institutions telles que la Banque mondiale, le FMI et l’UE continuent d’injecter massivement des financements dans un État qui a du mal à administrer même ses capitaux.

Ces fonds, destinés à soutenir les réformes et la relance, disparaissent souvent dans un labyrinthe de réseaux clientélistes claniques et de structures gouvernementales opaques. Une petite partie de cet investissement se traduit par des services améliorés, des institutions fonctionnelles ou une stabilité durable.

Pire encore, le capital politique financé par les donateurs est de plus en plus utilisé pour mener des campagnes diplomatiques contre le Somaliland, plutôt que pour renforcer la gouvernance interne du pays.

La communauté internationale doit se poser une question difficile mais nécessaire : ces milliards soutiennent-ils la construction d’un État ou nourrissent-ils simplement une élite politique fragile avec des intérêts à court terme ?

Alors que la politique de Mogadiscio est devenue plus instable, la République du Somaliland continue de démontrer ce que la gouvernance locale peut accomplir :

  • Une démocratie multipartite fonctionnelle,
  • Des institutions solides,
  • Une sécurité intérieure paisible,
  • Un environnement d’investissement stable,
  • Et une population unie autour de la souveraineté nationale.

Depuis plus de 30 ans, le Somaliland a démontré que les règlements politiques locaux, et non les pressions extérieures, créent une stabilité durable.

Aucune propagande ou hostilité fabriquée n’affaiblira l’engagement du Somaliland envers son indépendance ou son chemin légitime vers la reconnaissance internationale.

Alors que les intérêts géopolitiques s’intensifient dans la région, un engagement international responsable est essentiel. La poursuite du financement aveugle et du soutien diplomatique à un gouvernement dépourvu de contrôle territorial ou de capacité institutionnelle ne fera qu’aggraver l’instabilité.

Une nouvelle approche est nécessaire, une approche qui :

  • exige la transparence dans le financement des donateurs,
  • décourage l’agression politique contre le Somaliland,
  • et reconnaît la réalité de la gouvernance sur le terrain.

Le cheminement du Somaliland vers la reconnaissance est irréversible car il est enraciné dans la légitimité, la stabilité et la volonté de sa population. Les tentatives visant à saper sa souveraineté, que ce soit par des pressions diplomatiques, des campagnes soutenues par l’étranger ou une propagande orchestrée, échoueront.

La Corne de l’Afrique est à la croisée des chemins. La communauté internationale doit décider si elle continuera à soutenir une élite politique à Mogadiscio qui prospère dans le dysfonctionnement ou si elle soutiendra une véritable stabilité en reconnaissant les décennies de paix et de gouvernance responsable du Somaliland.

Pour le Somaliland, la voie est claire : la nation reste unie et déterminée à prendre la place qui lui revient au sein de la communauté des nations. Aucune manœuvre politique à Mogadiscio ne peut changer cela.

L’ingénieur Abdi Ali Barkhad est consultant senior. Il a également étudié la diplomatie internationale et est un analyste politique et écrivain connu pour ses commentaires détaillés sur la politique de la Corne de l’Afrique et les relations internationales. Il a publié de nombreux articles analysant les politiques actuelles dans la région et est un fervent défenseur de la cause de la République du Somaliland. Il peut être contacté à : tra50526@gmail.com 11/09/2025

Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.

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