Les femmes soldats et la coercition reproductive

Maria

Témoignage sur les préoccupations en matière de droits de l’homme au sein du service médical de l’ENDF

NDLR : L’auteur a utilisé un nom de plume pour des raisons de sécurité. Les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas celles de Togolais.info

Par BM

Durant mon service à l’hôpital militaire de niveau 3 de Kombolcha, j’ai été témoin de pratiques systémiques qui violaient profondément les fondements éthiques de la médecine et la dignité fondamentale due à chaque patient. Ce que j’ai observé n’était pas une série d’incidents isolés, mais un schéma de mépris institutionnalisé pour l’autonomie des patients, les droits de l’homme et les normes médicales internationalement acceptées.

Contrôle coercitif de la reproduction et effondrement de la confidentialité

L’un des problèmes les plus troublants est apparu lors des consultations de routine avec les femmes soldats. Beaucoup de ces femmes ont découvert qu’elles étaient enceintes seulement après avoir été examinées pour des raisons médicales sans rapport. Presque immédiatement, souvent avant que je puisse finir d’expliquer leurs résultats de laboratoire, ils me suppliaient de ne pas documenter la grossesse dans leur dossier médical. Leur peur était indubitable. Ils ont décrit un système dans lequel la confidentialité n’existait pas et dans lequel les informations sur la grossesse étaient transmises instantanément de la clinique à leurs commandants.

Avec le temps, un tableau cohérent et profondément troublant est devenu clair. Ces femmes ont expliqué qu’une fois qu’un commandant apprenait qu’elles étaient enceintes, elles étaient soumises à des pressions, contraintes ou directement invitées à y mettre fin, indépendamment de leur propre volonté. Leurs récits partageaient le même thème douloureux. Le refus n’a pas été considéré comme une option. Leurs choix en matière de procréation n’étaient pas traités comme des questions médicales personnelles mais comme des questions de discipline militaire et de commodité opérationnelle.

Grâce à des interactions répétées et à une observation attentive, j’ai compris que leurs récits étaient exacts. Lorsque j’ai fait part de ces préoccupations au directeur médical, en invoquant à la fois les responsabilités éthiques et les normes internationales en matière de droits de l’homme, on m’a répondu que cette question ne me concernait pas. La réponse a clairement montré que les objections éthiques n’étaient pas les bienvenues et que la protection de l’institution passait avant la protection des patients.

Faire taire les survivants de violences sexuelles

Tout aussi pénibles sont les témoignages de femmes soldats qui ont demandé des soins après avoir subi des violences sexuelles de la part de leurs supérieurs ou de leurs collègues. Beaucoup se sont approchés tranquillement et ont demandé à parler en privé, souvent avec une crainte visible que quelqu’un puisse entendre leurs paroles. Ils ont décrit un environnement militaire dans lequel il était dangereux de dénoncer de telles violences, où parler équivalait à des représailles et où ceux qui avaient commis les agressions détenaient une autorité incontrôlée.

Les directives internationales exigent que les prestataires de soins de santé documentent les blessures, conservent les preuves et veillent à ce que les survivants reçoivent des soins tenant compte des traumatismes. Au sein de l’hôpital militaire, ces responsabilités étaient souvent bloquées. La documentation était découragée et la création de dossiers médicaux pouvant servir de preuve était considérée comme une menace plutôt que comme un devoir. Par conséquent,

les survivants se sont retrouvés sans preuve de leurs agressions et sans accès aux soins psychologiques essentiels, notamment au traitement des troubles liés au traumatisme.

Lorsque j’ai fait part de mes inquiétudes concernant cette tendance, la réponse administrative a été immédiate et sans ambiguïté. On m’a dit de ne pas intervenir. Le message était clair. Le système plaçait le secret au-dessus de la responsabilité et préférait le silence à la protection. Il est devenu évident que l’hôpital militaire ne fonctionnait pas comme un lieu de guérison mais comme le prolongement d’une hiérarchie déterminée à réprimer toute contestation de son autorité.

Négligence psychiatrique et recyclage des traumatismes

Une autre grave crise éthique concernait le traitement des soldats souffrant de maladies psychiatriques. Beaucoup sont arrivés avec une dépression grave, de l’anxiété, des symptômes liés à un traumatisme ou des problèmes de santé mentale de longue date qui n’avaient jamais été abordés lors du recrutement. Les directives humanitaires et médicales internationales stipulent clairement que les personnes souffrant de troubles psychiatriques importants ne doivent pas être déployées dans des zones de conflit actif, tant pour leur propre sécurité que pour celle de leurs unités.

Malgré cela, la nécessité clinique a été à plusieurs reprises éclipsée par les exigences opérationnelles. Les médecins avaient souvent pour instruction de renvoyer les patients avant qu’ils ne soient stables ou de les déclarer aptes au travail, même lorsque leurs symptômes rendaient cela dangereux. D’autres se sont vu refuser l’admission lorsqu’ils ont demandé de l’aide pour des problèmes de santé mentale. La justification était toujours la même. La force de défense se trouvait dans une période d’opérations critiques et ne pouvait se permettre de réduire ses effectifs actifs.

Lorsque j’ai formellement soulevé des objections à ces directives, mes préoccupations ont été rejetées. Cette réponse reflétait une conviction institutionnelle plus large selon laquelle la souffrance psychologique était secondaire par rapport aux besoins militaires, une attitude qui faisait courir de graves risques aux individus vulnérables et violait les principes fondamentaux des soins médicaux éthiques.

Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.

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