

Auteur: Caleb Ta. (Dr.)
Affiliation : Chercheur indépendant en affaires politiques africaines ; Défenseur des droits de l’homme
Abstrait
Entre 2016 et 2025, les membres de l’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo (EOTC) résidant en Oromia ont été confrontés à des actes de violence répétés et ciblés. Il s’agit notamment de meurtres, de déplacements forcés, de destruction d’églises et d’obstruction au culte religieux. L’analyse des archives paroissiales, des témoignages oculaires et des rapports des médias internationaux révèle que ces attaques n’étaient pas des incidents isolés mais faisaient partie d’une campagne systématiquement orchestrée. Des facteurs tels que la décentralisation politique et l’autonomisation des milices locales – notamment l’OLF-Shane (Oneg Shene) – ont facilité l’exécution de ces attaques. Les éléments de preuve suggèrent que le Parti de la prospérité dirigé par les Oromo a joué un rôle important, soit en permettant activement, soit en tolérant passivement ces actes par le biais de décisions politiques, de l’inaction administrative et de la collaboration avec les milices. Des responsables régionaux et fédéraux de haut niveau, notamment Abiy Ahmed, Shemel Abdisam, Berhanu Julam et Demelesh Gebre-Michael, sont impliqués dans la mobilisation, dans la sanction ou dans l’incapacité à empêcher de telles atrocités. Le coût humain est clairement illustré dans le cas d’un enfant survivant qui a dû être amputé à la suite d’une agression coordonnée. Cette étude documente les schémas systématiques de persécution religieuse en Oromia, soulignant le besoin urgent de responsabilisation, de protection et de préservation des archives historiques.
Mots-clés : Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo, Oromia, persécution religieuse, Parti de la prospérité, OLF-Shane, violences des milices, Abiy Ahmed, indicateurs de génocide
Introduction
L’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo, avec plus de 1 600 ans de tradition religieuse ininterrompue, est la pierre angulaire du patrimoine spirituel et culturel de l’Éthiopie. Pourtant, les chrétiens orthodoxes vivant en Oromia ont enduré des violences soutenues et ciblées depuis 2016, allant des massacres et déplacements forcés à la destruction systématique des églises (EOTC Saint-Synode, 2018). Malgré la constitution laïque de l’Éthiopie, la combinaison de la décentralisation politique et de la mobilisation ethno-nationaliste croissante a rendu les communautés orthodoxes particulièrement vulnérables aux attaques (International Crisis Group, 2020).
De nouvelles preuves indiquent que le Parti de la prospérité dirigé par les Oromos a joué un rôle facilitateur important. Les milices locales telles que l’OLF-Shane, aux côtés d’autres acteurs clandestins, se sont vu accorder une autonomie opérationnelle, leur permettant de mener des attaques contre les chrétiens orthodoxes sous couvert de motivations ethniques ou politiques. Ces actions étaient souvent coordonnées ou tacitement approuvées par les autorités régionales et fédérales (témoignage oculaire anonyme, 2025 ; Human Rights Watch, 2025).
Décentralisation politique et autonomisation des milices
L’accession d’Abiy Ahmed au poste de Premier ministre éthiopien en 2018 a marqué une période de décentralisation rapide. Bien qu’elles aient été conçues comme une réforme, ces politiques ont permis par inadvertance aux milices locales – y compris l’OLF-Shane – d’opérer avec une autonomie significative. Dans de nombreux cas, ces groupes se sont coordonnés avec les structures régionales du Parti de la prospérité pour exécuter des campagnes ciblées (International Crisis Group, 2020).
Les chrétiens orthodoxes d’Oromia, souvent qualifiés d’« étrangers » malgré leur installation de longue date dans la région, sont devenus des cibles explicites. Des témoignages oculaires et des registres paroissiaux indiquent que ces attaques ont été systématiquement planifiées, exploitant les structures administratives locales pour identifier, isoler et attaquer les communautés orthodoxes (Eastern Arsi Diocese Administrative Office, 2018 ; EOTC PR Department, 2019).
Les éléments de preuve impliquent d’éminents dirigeants régionaux et fédéraux, notamment Shemel Abdisam, Abiy Ahmed, Berhanu Julam et Demelesh Gebre-Michael, dans la facilitation de ces violences, que ce soit par l’inaction, des orientations politiques ou une coordination directe avec les milices. Le schéma de violence suggère fortement une orchestration systémique plutôt qu’un conflit ethnique sporadique (témoignage oculaire anonyme, 2025).
Preuve documentée d’attaques systématiques
Étude de cas : zone Arsi orientale (2016-2017)
Les registres paroissiaux du diocèse d’Arsi oriental indiquent que 114 chrétiens orthodoxes ont été tués dans le district de Shirka entre septembre 2016 et novembre 2017, dont des nourrissons âgés d’à peine 70 jours et des personnes âgées jusqu’à 81 ans (Département des relations publiques de l’EOTC, 2019). Parmi les victimes :
- 45% ont été tués aux côtés de leurs familles.
- Les enfants âgés de 2 à 11 ans ont été délibérément ciblés.
- Les attaques étaient explicitement motivées par la foi orthodoxe des victimes.
Les recoupements analytiques indiquent l’implication des agents de l’OLF-Shane en coordination avec les responsables locaux du Parti de la prospérité. La correspondance de l’Église et les témoignages oculaires indiquent que ces attaques ont été méthodiquement exécutées sous la direction des structures politiques au niveau local (Bureau administratif du diocèse d’Arsi oriental, 2018).
Étude de cas : L’enfant survivant (octobre 2025)
Lors d’une attaque coordonnée en RC (Arsi), un enfant a subi des blessures catastrophiques nécessitant l’amputation de la jambe droite. Les membres du clergé qui tentaient de protéger les familles ont également été pris pour cible. Cet incident illustre les impacts intergénérationnels de la violence, notamment le handicap physique, le traumatisme psychologique et le déplacement forcé. La documentation du diocèse d’Eastern Arsi confirme l’implication de milices affiliées à l’OLF-Shane et note une apparente indifférence ou une approbation tacite de la part des autorités régionales (Bureau administratif du diocèse d’Eastern Arsi, 2018 ; témoignage oculaire anonyme, 2025).
Les récits de témoins oculaires décrivent l’attaque avec des détails poignants : des hommes armés ont enlevé des membres de la famille, ont tiré sur une fillette de 8 ans à l’épaule et sur le côté et l’ont abandonnée au milieu des cadavres de sa famille assassinée. Malgré de graves blessures et la perte traumatisante de sa mère et de ses frères et sœurs, l’enfant a survécu. Le père, témoin des conséquences, a vécu un profond traumatisme psychologique. Ces récits mettent en évidence à la fois le coût humain et le ciblage délibéré des familles orthodoxes (témoignage oculaire anonyme, 2025).


Témoignage oculaire : La nuit du massacre
Lors de cette nuit fatidique, décrite par les survivants comme « le jour des maudits », des assaillants armés ont mené une attaque délibérée contre une famille chrétienne orthodoxe à Oromia. Des témoignages oculaires racontent que trois frères, sœurs, leur mère et d’autres membres de la famille ont été expulsés de force de la forêt par des hommes armés non identifiés. Après avoir été expulsées des bois, les victimes sont tombées à genoux, implorant grâce.
Au cours de l’attaque, une fillette de 8 ans a été blessée par balle à l’épaule et au torse. Les assaillants ont poursuivi leur assaut, utilisant leurs armes pour infliger de nouvelles blessures. Malgré ses graves blessures, l’enfant a survécu ; après le départ des agresseurs, elle a été découverte au milieu des cadavres de sa mère et de ses frères et sœurs, en pleurs et sous le choc. Les dossiers médicaux ont confirmé par la suite qu’elle avait besoin d’un traitement hospitalier urgent en raison d’une perte de sang et d’un traumatisme, et qu’elle a finalement subi une amputation de la jambe droite.
Le père du défunt a raconté le profond impact psychologique du massacre. Témoin de la mort de sa femme et de ses enfants, il a connu une grave dépression émotionnelle, laissant les corps sans surveillance alors qu’il luttait contre le chagrin et le choc. Les membres de la communauté sont finalement intervenus, récupérant les corps et les préparant pour les rites funéraires.
Ce récit illustre l’extrême brutalité infligée aux civils, notamment aux enfants, et met en lumière le ciblage systématique des familles chrétiennes orthodoxes. Le massacre a laissé des cicatrices physiques, psychologiques et sociales durables, démontrant les conséquences intergénérationnelles de la violence. Les témoignages oculaires et les registres paroissiaux soulignent la nécessité d’une documentation historique et de responsabilités pour préserver la mémoire des victimes et prévenir de futures atrocités.


Témoins oculaires : modèles d’orchestration
Les survivants et les observateurs rapportent systématiquement :
- Opérations de la milice menées en toute liberté sous la supervision du Parti de la prospérité.
- Assassinats ciblés et déplacements de chrétiens orthodoxes et de communautés amhara.
- Utilisation systématique des registres locaux pour identifier les victimes.
- Suppression des médias et documentation indépendante des atrocités.
Les récits suggèrent une complicité aux niveaux régional et fédéral, les autorités soit ne parvenant pas à intervenir, soit se coordonnant activement avec les milices (témoignage oculaire anonyme, 2025 ; Human Rights Watch, 2025).
Preuves corroborantes des médias internationaux
- NetBlocks / Al Jazeera (2023) : Restrictions sur les réseaux sociaux coïncidant avec la violence menée par les milices.
- Actualités APA (2025) : Plus de 25 civils tués à East Arsi en octobre 2025 ; attaques liées aux activités des milices.
- Le Gardien (2025) : Des centaines de membres du clergé et de fidèles tués lors du festival Maryam Dengelat ; groupes de milices impliqués.
Réponse humanitaire et ecclésiastique
Le Saint-Synode permanent a condamné la violence, envoyé des délégations et coordonné les efforts de secours (Saint-Synode, 2018). Les organisations confessionnelles internationales ont également souligné le besoin urgent de protection et de responsabilité (ACI Afrique, 2025).
Considérations juridiques et éthiques
- Non-incitation : Documentez les preuves sans approuver les représailles.
- Protection des témoins : Maintenir la confidentialité pour éviter d’autres préjudices.
- Enquête indépendante : L’accès du HCDH et des ONG est essentiel.
- Vérification: Vérifiez les dossiers médicaux, les images satellite, les registres des victimes et les archives des églises.
Analyse : orchestration systématique et responsabilité du leadership
Les tendances indiquent clairement que le Parti de la prospérité dirigé par les Oromos a facilité les opérations des milices grâce à des politiques de décentralisation, une approbation tacite et une coordination avec des acteurs comme l’OLF-Shane. Des personnalités régionales et fédérales clés, dont Abiy Ahmed, Shemel Abdisam, Berhanu Julam et Demelesh Gebre Michael, semblent impliquées soit dans l’autorisation directe, soit dans l’autorisation indirecte de ces atrocités.
Le bilan humain démontre non seulement le ciblage ethnique et religieux, mais aussi les conséquences de l’échec de la gouvernance : impunité systématique, censure des médias et perturbation de la vie religieuse et communautaire.
Conclusion
De 2016 à 2025, les chrétiens orthodoxes éthiopiens d’Oromia ont enduré des violences orchestrées et systématiques de la part des milices locales et des acteurs politiques. Les preuves impliquent le Parti de la prospérité et les dirigeants régionaux/fédéraux dans la facilitation de ces attaques. Les victimes ont perdu la vie, ont été déplacées et ont perdu leur patrimoine religieux. La documentation scientifique souligne le besoin urgent d’une vérification indépendante, de la responsabilisation et de la préservation des preuves pour empêcher la répétition de telles atrocités.
Références
ACI Afrique. (2025). Éthiopie : les évêques catholiques condamnent l’attaque meurtrière contre une paroisse ; appel à la protection du gouvernement. https://www.aciafrica.org/news/18449/ethiopias-catholic-bishops-condemn-deadly-attack-on-parish-call-for-government-protection
Al Jazeera. (16 février 2023). L’Éthiopie restreint les médias sociaux au milieu des troubles en Oromia. https://www.aljazeera.com
Témoignage oculaire anonyme. (2025). Le chagrin silencieux d’Oromia : témoignage oculaire et appel à une enquête urgente [Edited for clarity].
APAactualités. (29 octobre 2025). Civils de l’Est d’Arsi tués dans des attaques ciblées. https://www.apanews.net
Aide Barnabas. (4 août 2018). Églises attaquées dans la région Somali. https://www.barnabasfund.org
Bureau administratif du diocèse d’Arsi oriental. (2018). Lettre concernant les attaques coordonnées contre les communautés orthodoxes [Unpublished].
Département des relations publiques de l’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo. (2019). Liste des croyants orthodoxes tués dans le district de Shirka [Unpublished].
Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo, Saint-Synode. (29 octobre 2018). Déclaration sur la violence contre les chrétiens orthodoxes dans l’est d’Arsi [Press release].
Human Rights Watch. (2025). Rapport mondial 2025 : Éthiopie. https://www.hrw.org
Groupe de crise international. (2020). La transition en Éthiopie et le conflit Oromo. Revue des affaires internationales.
Service d’information de l’OCP. (2025, 5 novembre). Tueries d’Arsi à l’Est : 5 morts, 3 enlevés. https://www.ocpnews.com
Le Gardien. (6 janvier 2025). Massacres au festival Maryam Dengelat : des centaines de morts. https://www.theguardian.com
Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.
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