

Par: Habte H.
Lorsque l’Éthiopie a annoncé la formation d’une commission nationale de dialogue, beaucoup l’ont considérée comme un signe plein d’espoir – une rare occasion de confronter les griefs historiques profondément enracinés du pays et d’ouvrir un nouveau chapitre de réconciliation et de réforme. Dirigée par le professeur Mesfin Araya, psychiatre de la formation, la Commission devait servir de plate-forme pour que les Éthiopiens s’engagent dans un processus de guérison collectif après des décennies de marginalisation politique, de guerre civile et d’autoritarisme.
Mais cet espoir a été de courte durée. L’optimisme qui a entouré la commission a presque disparu. Aujourd’hui, l’initiative est largement considérée comme un échec – et non sans raison. Ici, j’examine les dix principales raisons pour lesquelles la Commission nationale de dialogue de l’Éthiopie échoue – non pas parce que le dialogue n’est pas nécessaire, mais parce que chaque condition préalable à un dialogue national significatif et efficace a été ignoré ou sapé.
- Aucun organisme de concours légitime ou indépendant
Pour que tout dialogue national réussisse, il doit être dirigé par un organisme crédible et politiquement neutre. La commission de l’Éthiopie échoue à ce test de base. Ses membres ne sont pas des acteurs indépendants et plusieurs sont ouvertement alignés sur l’administration dirigeante. Leur loyauté envers le Premier ministre est évidente dans leurs déclarations publiques, le silence face à la répression de l’État et leur stratégie d’engagement sélectif.
Ce manque de légitimité a aliéné les groupes d’opposition, la société civile et les régions entières, qui voient la commission non comme un arbitre neutre, un autre outil dans la machine de propagande de l’État.
- Servir le souverain, pas le peuple
La promesse originale de la Commission était claire: servir les habitants d’Éthiopie en fournissant une plate-forme pour résoudre les griefs de longue date et en construisant un avenir commun. Mais il n’a pas fallu longtemps pour que le processus soit coopté par les ambitions autoritaires d’Abiy Ahmed.
Au lieu de fonctionner comme un organisme indépendant, la Commission est devenue un instrument du régime – utilisé pour ne pas médier les conflits, mais pour consolider le pouvoir. Ses actions et ses engagements publics reflètent de plus en plus les priorités du parti au pouvoir, pas le peuple éthiopien. Le dialogue, dans ce contexte, est réduit à la performance – qui masque la répression de l’état et exclut les voix dissidentes.
- Exclusion des parties prenantes critiques – en particulier l’Amhara
L’échec le plus flagrant de la commission est peut-être son manque de participation inclusive. Les dialogues nationaux réussis ailleurs dans le monde – de la Tunisie à l’Afrique du Sud – ont souligné l’importance d’une large participation des parties prenantes équitables. En Éthiopie, ce principe a été jeté ou appliqué à tort.
L’un des groupes les plus critiques exclus des processus politiques contemporains de l’Éthiopie – l’amhara – a de nouveau été doublé. Pendant le processus de ratification constitutionnel dirigé par TPLF, les voix d’Amhara ont été marginalisées. Aujourd’hui, au milieu de conflits violents et de suppression politique dans la région d’Amhara, la communauté reste exclue de ce qui est censé être un dialogue national. Le résultat? Approfondissant la méfiance, le ressentiment accru et une crise de légitimité élargie.
- Comment le dialogue peut-il réussir au milieu de la guerre civile continue?
Une condition préalable fondamentale pour le dialogue est la cessation des conflits actifs. La guerre en cours de l’Éthiopie – en particulier la campagne militaire brutale du gouvernement dans la région d’Amhara – fait parler du dialogue national à la fois cynique et absurde.
Le dialogue ne peut pas se produire pendant que les villes sont assiégées, les journalistes sont emprisonnés et que la dissidence politique est criminalisée. Les combattants et les groupes politiques doivent d’abord signaler leur volonté de participer. Au lieu de cela, le gouvernement a doublé sur la gouvernance militarisée, garantissant qu’aucun espace pour un véritable dialogue n’existe.
- Pas d’environnement sûr et neutre
Un dialogue national efficace nécessite un espace sécurisé, neutre et respectueux – physiquement et politiquement. L’Éthiopie n’offre rien de ceux-ci. La liberté d’expression est en cours d’agression. Les prisonniers politiques répondent aux prisons de l’Éthiopie. La peur des représailles empêche beaucoup de parler ouvertement, même en privé. Dans un tel environnement, comment des conversations honnêtes sur la justice, l’histoire et la réconciliation peuvent-elles avoir lieu? Sans garantie de sécurité et d’impartialité, le fondement même du dialogue est compromis.
6. Absence de mesures de confiance
La confiance – en particulier dans les sociétés post-conflit – n’émerge pas spontanément. Il doit être construit à travers des actions délibérées: les rejets de prisonnier, le cessez-le-feu, la fin de la censure et la véritable sensibilisation aux forces d’opposition.
Le gouvernement de l’Éthiopie n’a rien fait de tout cela. Au lieu de cela, il continue de poursuivre la guerre, d’emprisonner les critiques et de resserrer son emprise sur les médias et la société civile. La Commission nationale de dialogue se déroule sans aucun des bases de la confiance qui est essentielle au succès.
7. Aucune règle d’engagement claire ou processus transparent
Un dialogue légitime nécessite une structure – des règles d’engagement transparentes, une représentation équitable et une prise de décision par consensus. Mais la Commission éthiopienne n’a pas clairement exprimé son fonctionnement, qui il comprend, ni ce que son processus décisionnel implique.
Ce manque de transparence suscite des préoccupations légitimes concernant la manipulation et le contrôle descendant. Sans règles claires, il ne peut y avoir d’équité – et sans équité, pas de confiance ni de légitimité.
8. Aucun lien avec des résultats institutionnels ou légaux réels
Le dialogue devrait conduire à un véritable changement: les réformes constitutionnelles, la justice pour les atrocités passées et l’élaboration des politiques inclusives. En Éthiopie, cependant, il n’y a pas de voie institutionnelle ou politique pour mettre en œuvre les résultats de ce soi-disant dialogue. Rien n’indique que le gouvernement ait l’intention d’agir sur des recommandations – en supposant que les crédibles émergent même.
Cette déconnexion rend le processus dénué de sens. Le dialogue sans le pouvoir de modifier le changement est juste un discours vide.
9. faux engagement public
La Commission essaie de donner l’impression d’un large engagement public – organiser des événements, publier des déclarations et des discussions de diffusion. Mais en réalité, les grands segments de la population sont exclus ou désintéressés. Les communautés assiégées ne peuvent pas participer. Les critiques sont réduits au silence ou ignorés. Et les gens ordinaires, sceptiques quant aux initiatives dirigées par l’État, ne voient que peu de raisons de s’engager dans un processus qu’ils ne font ni confiance ni ne comprennent.
Le véritable engagement public nécessite la transparence, l’éducation civique et les mécanismes participatifs. La commission de l’Éthiopie n’en a offert aucune de manière significative.
10. L’illusion du dialogue ne peut pas remplacer la justice
Au cœur de la question, le dialogue national ne peut pas remplacer la justice. Il doit faire partie d’un processus plus large qui comprend la vérité, les réparations et la responsabilité des crimes passés et présents. Le gouvernement de l’Éthiopie n’a cependant montré aucune intention de poursuivre l’un de ces objectifs. Son approche du dialogue est sélective, performative et, finalement, au service de la survie politique – et non de la guérison nationale.
Réflexions finales
L’Éthiopie a désespérément besoin d’un dialogue national. Mais ce qu’il a à la place, c’est une distraction nationale – un processus dépouillé d’intégrité, de légitimité et de but. Pour un pays confronté à des divisions profondes, à des blessures historiques et à des conflits en cours, une telle farce n’est pas seulement une occasion manquée – c’est une déception dangereuse. Si l’Éthiopie doit aller de l’avant, elle doit commencer par réinventer le dialogue non pas comme un outil de puissant, mais comme un processus appartenant au peuple. Jusque-là, la Commission nationale de dialogue restera ce qu’elle est aujourd’hui: un échec – par conception.
Note de l’éditeur: les vues dans l’article ne reflètent pas nécessairement les vues de Togolais.info
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