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Par Mohamud A. Ahmed
Dans la poussière de terres anciennes, où les fleuves de l’histoire se jettent profondément dans la Corne de l’Afrique, la région somalienne de l’Éthiopie se trouve à la croisée des chemins. Ici, la dignité n’est pas un droit de naissance – c’est un trésor pour lequel on se bat, qu’on tient dans des mains tremblantes et qui risque constamment de glisser entre des doigts usés par une lutte sans fin. La question est murmurée parmi les anciens, murmurée dans le silence des champs stériles et criée dans les chambres du pouvoir : Comment conserver votre dignité lorsque des forces qui vous dépassent tentent de la détruire ?
La réponse réside dans l’histoire d’un peuple dont la résilience est gravée dans les rochers et dont le destin est écrit dans les étoiles. Une histoire qui danse aujourd’hui au bord du possible, là où les forces de l’histoire s’affrontent une fois de plus. La région Somali a longtemps été un pion sur l’échiquier des puissances régionales, mais elle se trouve désormais dans une position délicate, luttant pour son autonomie tout en étant prise dans la toile des intérêts mondiaux.
Au cœur de cette tempête se trouvent trois acteurs essentiels : le Front de libération nationale de l’Ogaden (ONLF), le gouvernement éthiopien dirigé par le Premier ministre Abiy Ahmed et le spectre omniprésent de puissances extérieures qui tournent en rond comme des vautours autour des blessés. L’avenir, fragile et précieux, est en jeu.
Le pari du libérateur : le Dr Abiy Ahmed et le déploiement de l’autonomie
Partout en Éthiopie, la figure du Premier ministre Abiy Ahmed scintille de contradictions, réfractées à travers une myriade de lentilles régionales. Pour certains, il incarne le chaos – un dirigeant dont le mandat a déclenché des vagues de troubles et de tyrannie, un homme dont les mains, prétendent-ils, sont tachées du sang des conflits civils. Pour ces critiques, l’héritage d’Abiy est assombri par la douleur d’une nation fracturée, reflet de la discorde profondément enracinée en Éthiopie. Mais dans la région Somali, cette vision de lui se transforme en quelque chose de complètement différent, quelque chose de presque lumineux.
Ici, sur cette terre longtemps plombée par la marginalisation, Dr Abiy Ahmed apparaît non pas comme un tyran mais comme un libérateur. Il est considéré comme le héraut de la dignité, un leader qui a ouvert des portes qui étaient restées fermées pendant des décennies. Sous sa direction, la région Somali s’est vu offrir un rare aperçu d’une véritable autonomie et autonomie, une opportunité dont des générations n’avaient fait que rêver. Le passé de la région, marqué par l’oppression brutale et l’exclusion de la part des précédents gouvernements éthiopiens, contraste aujourd’hui fortement avec les réformes introduites par le Dr Abiy. Là où l’identité de la région avait été étouffée, Abiy a tendu un rameau d’olivier, choisissant le dialogue plutôt que la violence, la paix plutôt que les tambours de guerre sans fin.
La vision d’Abiy, résumée dans sa philosophie de Médemer– l’unité forgée à partir de la diversité – promettait une nouvelle voie à suivre, une voie par laquelle la région Somali pourrait devenir un phare d’harmonie politique. Si cette vision s’était pleinement épanouie, la région Somali aurait pu constituer un brillant exemple pour le reste du pays. Sous sa direction, les espoirs de liberté politique, longtemps étouffés, étaient soudain, miraculeusement, à portée de main. Les régimes à la poigne de fer du passé, qui avaient longtemps étouffé la voix de la région, ont semblé relâcher leur emprise, laissant apparaître les premières lueurs d’une nouvelle aube. Même le FLNO, autrefois voix provocante de la résistance, a été accueilli dans les rangs du discours politique – un geste chargé de la promesse de paix, fragile mais puissante.
Pourtant, malgré cette opportunité sans précédent, la région a échoué. La voie vers l’autonomie gouvernementale, bien qu’ouverte, n’est pas encore entièrement parcourue. Les fractures internes parmi ses dirigeants, aggravées par l’ingérence de forces extérieures, ont entravé la réalisation d’une véritable autonomie. Même si le Dr Abiy Ahmed a gardé la porte ouverte, les progrès de la région vers la liberté ont été hésitants, entravés par la méfiance, les rivalités claniques et les problèmes de communication entre l’opposition et le SPP.
Pendant trop longtemps, les Ogadenis, au cœur de la vie politique de la région Somali, ont été mal jugés par les gouvernements successifs. Considérées à travers le prisme de la lassitude et des préjugés, leurs aspirations politiques ont été rejetées comme étant vouées à l’échec. Cette grave omission a ignoré la véritable profondeur et la vitalité des Ogadenis en tant que peuple, les réduisant à une tribu marginale incomprise. Mais en réalité, ils sont le cœur et le pouls de la région Somali, façonnant sans cesse son destin. Mal interpréter leur signification revient à mal comprendre l’essence de la gouvernance dans cette région.
Abiy doit faire preuve de prudence pour éviter de tomber dans les mêmes pièges que ceux qui l’ont précédé : considérer les Ogadenis comme de simples partisans de la ligne dure ou des sécessionnistes. Leur rôle est bien plus nuancé, et tout dirigeant qui recherche une paix durable doit s’engager dans ses aspirations politiques non pas avec lassitude mais avec sagesse, non avec suspicion mais avec respect. Les Ogadenis ne sont pas simplement une tribu comme les autres : ils sont la clé de l’avenir de la région, et pour véritablement libérer la promesse de paix, ils doivent être compris pour leur force politique dynamique et cruciale.
ONLF : De la guerre à la paix, mais au bord du gouffre
L’histoire de l’ONLF est une histoire de défi, née à une époque où les régimes éthiopiens gouvernaient avec cruauté, leurs politiques détruisant l’identité des Somaliens de souche. Ce qui a commencé comme une rébellion pour l’autonomie s’est transformé en une lutte sanglante pour l’existence. Durant des années de conflit armé, l’ONLF a été le bouclier de la région contre l’assimilation, ses combattants les sentinelles de la dignité et de l’identité somaliennes.
Lorsque le Premier ministre Abiy a tendu le rameau d’olivier, proposant un discours politique au lieu de balles, l’ONLF s’est trouvé à la croisée des chemins. Elle pourrait poursuivre son combat ou embrasser la paix fragile qui lui est proposée. L’ONLF a choisi la voie du dialogue, une décision écrite non pas à l’encre mais dans la détermination durement gagnée d’un mouvement lassé de la guerre.
Mais même la paix comporte ses propres dangers. Dans l’ombre, des forces, tant nationales qu’étrangères, cherchent à défaire cet accord ténu. Egyptequi a les yeux rivés sur le Nil et le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), considère les troubles en Somalie et dans la région somalienne comme un point de pression, un moyen d’affaiblir l’Éthiopie dans le jeu géopolitique plus large. Par l’intermédiaire de forces obscures, ces acteurs extérieurs ont le pouvoir d’inciter le FLNO à retourner au conflit et de démanteler la paix bâtie au prix des sacrifices.
L’accord de paix entre le FLNO et le gouvernement éthiopien n’est pas un simple document : c’est un pacte, une lueur d’espoir pour une région qui n’a longtemps connu que des conflits. Le détruire non seulement annulerait des années de progrès, mais ouvrirait également les vannes à de nouvelles manipulations externes. L’Égypte et d’autres acteurs attendent d’exploiter tout faux pas, et l’ONLF ne peut pas se permettre de faiblir.
Une danse de méfiance : le président Mustafa et l’ONLF
La région Somali se trouve à un moment critique. Le président Mustafafigure importante de la gouvernance régionale, et l’ONLF doivent s’unir. Pourtant, les divisions persistent et la méfiance s’envenime. Les dirigeants de la région ne peuvent pas se permettre d’être divisés à un moment où les enjeux sont si importants. Sans dialogue ouvert et sans coopération, ils risquent de faire le jeu de puissances étrangères désireuses de déstabiliser l’Éthiopie à leur profit.
Les paroles des sages aînés résonnent à ce moment-là : Personne ne devrait jouer avec la vie des gens. Pourtant, le spectre de la désunion plane. Le président Mustafa et l’ONLF doivent engager des discussions honnêtes et ouvertes, car sans unité, tout ce qui a été construit pourrait s’effondrer. Aucune des deux parties ne peut se permettre de nuire à l’autre, car ce n’est que par le respect mutuel que la région pourra protéger la paix fragile à laquelle elle est parvenue.
Confiance n’est pas un luxe, c’est une nécessité. L’engagement du Premier ministre Abiy dans la région dépend de cette confiance, et sans elle, l’autonomie dont la région Somali aspire s’échappera comme du sable entre les doigts. Les dirigeants de la région doivent se montrer à la hauteur, en mettant de côté les rivalités qui les divisent depuis longtemps et en privilégiant le bien commun.
Une bataille d’influence : les puissances régionales dans la région Somali
Alors que la région Somali est aux prises avec ses luttes internes, des forces extérieures surgissent comme des vautours survolant des proies vulnérables. Dans les vents turbulents de la Corne de l’Afrique, le États du Golfeen particulier le Émirats arabes unis et Qataront canalisé des ressources vers la région, cherchant à renforcer leur présence dans le jeu d’échecs géopolitique qui s’étend entre la Somalie et l’Éthiopie. Pourtant, ces investissements sont loin d’être altruistes ; ils arrivent avec des liens invisibles liés à des programmes qui vont au-delà de la simple aide. Dans un conflit acharné avec l’Éthiopie au sujet des eaux du Nil, l’Égypte surveille de près, considérant les troubles en Somalie et dans la région Somali comme un terrain fertile à exploiter, un point de pression dans sa lutte en cours. Et puis il y a Érythréedont l’ingérence perpétuelle dans les affaires régionales est une source de troubles constants. Sa main, déjà tendue dans les conflits voisins, pourrait bientôt atteindre la région Somali, semant encore davantage le chaos dans un paysage déjà fragile.
La valeur stratégique de la région Somali ne peut être surestimée. Il s’agit d’un prix convoité pour ses ressources et sa proximité avec les principales routes maritimes. Toutefois, le prix à payer pour permettre à ces acteurs étrangers d’intervenir est élevé. Leur ingérence menace de déstabiliser non seulement la région mais toute l’Éthiopie. L’ONLF et la région Somali doivent résister à ces tentations, car permettre à des puissances extérieures de manipuler leurs affaires reviendrait à renoncer à la dignité pour laquelle ils se sont battus. L’accord de paix doit être protégé à tout prix : il constitue la seule garantie de la région contre un retour au chaos du passé.
La diaspora : entre désinformation et responsabilité
Loin de chez moi, la diaspora somalienne regarde en retenant son souffle, le cœur toujours lié à la terre de ses ancêtres. Mais la distance engendre la désinformation et des récits contradictoires se propagent sur les réseaux sociaux comme une traînée de poudre. La diaspora, involontairement ou non, a le pouvoir d’attiser les flammes de la division.
Aujourd’hui plus que jamais, la diaspora doit être vigilante. Ils doivent discerner la vérité de la fiction, en soutenant le processus de paix plutôt que de devenir la proie de discours extérieurs qui menacent de déchirer la région. Le rôle de la diaspora est essentiel : elle doit plaider en faveur de l’unité, et non de la division, et apporter son soutien aux dirigeants de la région dans cette voie périlleuse.
Conserver la dignité : un avenir fragile et précieux
À ce carrefour, la région Somali est confrontée à un choix qui définira son avenir. Premier ministre Dr Abiy Ahmed a offert à la région une opportunité historique d’autonomie, une opportunité sans précédent. Pourtant, la réalisation de cette autonomie ne repose pas uniquement sur les épaules d’Abiy. Cela dépend des dirigeants de la région et de leur capacité à surmonter leurs divisions et à saisir l’occasion.
L’accord de paix est plus qu’un accord politique : c’est l’incarnation de la dignité de la région, le fruit de décennies de lutte et de sacrifices. L’abandonner reviendrait à abandonner l’identité même pour laquelle la région s’est battue.
En fin de compte, la dignité dans la région Somali ne sera pas gagnée par l’opposition au libérateur qui a proposé l’autonomie. Cet objectif sera atteint grâce à l’exercice responsable de cette autonomie, grâce à l’unité face aux menaces externes et internes. Ce n’est qu’alors que la région Somali pourra sortir de l’ombre, devenir une partie digne et autonome de l’avenir de l’Éthiopie, s’accrochant à sa dignité comme une flamme vacillante mais non éteinte.
Mohamud A. Ahmed – Cagaweyne
+251900644648
Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info
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