Un groupe de défense exige justice 38 ans après l’assassinat de Sankara

Maria

Thomas Sankara

Le Réseau de Campagne de Solidarité au Sahel a appelé à ce que les responsables du meurtre de Thomas Sankara du Burkina Faso en 1987 soient tenus responsables, marquant le 38e anniversaire de la mort du leader révolutionnaire avec de nouvelles exigences de transparence.

Sankara a été tué le 15 octobre 1987, lorsque les troupes dirigées par Blaise Compaoré l’ont assassiné avec douze collègues lors d’une réunion du Conseil national révolutionnaire au pouvoir. Le réseau de campagne, dans un communiqué publié mardi, a décrit l’assassinat comme non résolu malgré une condamnation par un tribunal militaire en 2022 qui a abouti à la prison à vie de Compaoré, qui a vécu en exil et n’a jamais purgé sa peine.

Alimamy Bakarr Sankoh, co-fondatrice et présidente du Réseau de campagne de solidarité pour le Sahel, a profité de cet anniversaire pour relier la mort de Sankara à des préoccupations plus larges concernant l’influence occidentale en Afrique. La déclaration de l’organisation situe l’assassinat dans le cadre de ce qu’elle qualifie de schéma d’ingérence étrangère qui continue d’affecter la région du Sahel aujourd’hui.

La déclaration du groupe a établi des parallèles entre des événements séparés par des décennies, reliant l’assassinat de Sankara aux développements politiques contemporains au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Ces trois pays ont connu des coups d’État militaires entre 2020 et 2023, les nouveaux gouvernements se retirant ensuite de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et formant leur propre alliance.

Sankara a gouverné le Burkina Faso de 1983 jusqu’à sa mort, mettant en œuvre des politiques comprenant des campagnes de vaccination, des projets d’infrastructure et des initiatives en faveur des droits des femmes. Son administration a défié l’influence française traditionnelle dans l’ancienne colonie, en renommant le pays de Haute-Volta en Burkina Faso, ce qui se traduit par « Terre des gens intègres ». Son gouvernement a progressivement perdu le soutien populaire au milieu de conflits internes avant le coup d’État qui a mis fin à son règne.

La déclaration du réseau de défense fait référence à ce qu’il appelle la « rhétorique anti-africaine » des gouvernements occidentaux, mentionnant spécifiquement l’actuel président américain Donald Trump et les dirigeants européens. Ces affirmations sur les approches de politique étrangère reflètent les tensions entre certains gouvernements du Sahel et leurs anciennes puissances coloniales, en particulier la France, sur les arrangements de sécurité et les relations économiques.

Compaoré a dirigé le Burkina Faso pendant 27 ans après la mort de Sankara, entretenant des liens étroits avec les gouvernements occidentaux pendant son mandat. Le procès pour le meurtre de Sankara n’a eu lieu qu’après que les troubles populaires ont forcé Compaoré à quitter le pouvoir en 2014, permettant ainsi aux enquêtes qui avaient été étouffées pendant des décennies de progresser.

La déclaration du Réseau de Campagne de Solidarité au Sahel a plaidé en faveur des gouvernements militaires actuels au Mali, au Burkina Faso et au Niger, décrivant leurs dirigeants comme luttant contre le terrorisme et protégeant la souveraineté. Ces gouvernements ont fait l’objet de critiques internationales en raison de leur recul démocratique et de leurs préoccupations en matière de droits de l’homme, même si le réseau de campagne considère leurs actions comme des réponses nécessaires aux défis sécuritaires.

Les questions sur l’implication étrangère dans l’assassinat de Sankara persistent depuis 1987, avec diverses théories circulant sur les acteurs extérieurs qui pourraient avoir soutenu ou encouragé le coup d’État. Le procès de 2022 s’est concentré principalement sur les conspirateurs nationaux, même si les débats sur d’éventuelles connexions internationales restent en suspens dans le discours public.

Le communiqué appelle à la construction de monuments et de structures honorant Sankara, reconnaissant les efforts déployés au Burkina Faso et ailleurs pour préserver sa mémoire. L’image de Sankara apparaît sur des peintures murales à travers l’Afrique et ses discours continuent de circuler sur les réseaux sociaux, en particulier parmi les jeunes générations intéressées par l’idéologie panafricaine et les perspectives anticoloniales.

L’actuel dirigeant du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a invoqué l’héritage de Sankara alors qu’il gouvernait sous un régime militaire depuis 2022. Le gouvernement est confronté à une insurrection continue liée à des groupes affiliés à al-Qaïda et à l’État islamique, une crise de sécurité qui a déplacé des millions de personnes et compliqué la gouvernance dans la région du Sahel.

La déclaration d’anniversaire reflète des débats plus larges sur la souveraineté africaine, le contrôle des ressources et les relations avec les anciennes puissances coloniales. Ces discussions se sont intensifiées à mesure que les gouvernements du Sahel réévaluent leurs partenariats de sécurité et recherchent des alliés alternatifs, dont la Russie, tout en prenant leurs distances avec leurs partenaires occidentaux traditionnels.

Le Réseau de Campagne de Solidarité au Sahel fonctionne comme une organisation de plaidoyer axée sur la région de l’Afrique de l’Ouest, bien que les détails sur son financement, sa structure de membres et sa portée opérationnelle restent limités dans les sources publiques. La déclaration du groupe représente une perspective dans des débats complexes sur la gouvernance, la sécurité et les relations internationales au Sahel.

L’assassinat de Sankara continue de résonner dans le discours politique africain près de quatre décennies plus tard, symbolisant les tensions entre les aspirations révolutionnaires et les réalités politiques. Sa mort à l’âge de 37 ans a mis fin à un style de leadership qui remettait en question les approches conventionnelles du développement et des relations étrangères, soulevant des questions sur ce qu’aurait pu réaliser sa gouvernance continue.

L’appel à la responsabilisation intervient alors que le Burkina Faso est aux prises avec des défis sécuritaires qui se sont considérablement intensifiés depuis 2015. La question de savoir si le regain d’intérêt pour les griefs historiques fait progresser les discussions politiques actuelles ou renforce simplement les divisions existantes reste une question ouverte parmi les observateurs de la politique au Sahel.