

1.) Contextualiser le rôle du traducteur
La critique suppose que les traducteurs et les animateurs médiatiques doivent fonctionner comme des historiens, vérifiant chaque affirmation du texte source avant sa diffusion. Cette attente méconnaît la responsabilité première de la traduction, qui est de restituer fidèlement un texte dans une autre langue, en préservant son ton, sa structure et sa résonance culturelle. Les traducteurs ne sont pas des auteurs ; ce sont des médiateurs. Les tenir légalement ou moralement responsables de la véracité des affirmations de l’auteur original risque de confondre paternité et transmission.
2.) Genres littéraires et genres historiques
Un hombre blanco en el infierno negro d’Alejandro del Valle n’est pas une chronique juridique ou une archive diplomatique mais un récit d’aventures. Son sensationnalisme reflète les conventions des mémoires de guerre en série et de la littérature d’aventures coloniales des années 1930. Traduire un tel texte en amharique (Key Anbessa) ne le transforme pas en document historique ; cela reste un artefact littéraire. La critique devrait donc cibler les exagérations du genre plutôt que la fidélité du traducteur.
3.) Agence d’audience et alphabétisation critique
La critique suppose que les lecteurs absorbent passivement les affirmations sensationnelles sans discernement. En réalité, le public éthiopien – en particulier celui qui connaît les traditions juridiques et religieuses du pays – est capable de reconnaître l’exagération. Le rôle du traducteur est de rendre le texte accessible, et non de le censurer ou de le réécrire. Exiger le retrait ou une contextualisation poussée risque d’infantiliser le public et de miner sa capacité à s’engager de manière critique dans la littérature.
4.) Vérification historique : à qui la responsabilité ?
– Les historiens, les archivistes et les universitaires sont chargés de vérifier les affirmations par rapport aux codes juridiques, aux chroniques et aux preuves anthropologiques. |
– Les traducteurs et les animateurs médiatiques, en revanche, sont chargés de la transmission culturelle.
– Imposer des obligations de vérification historique aux traducteurs risque de créer un effet dissuasif, décourageant la traduction d’œuvres controversées ou politiquement chargées. Cela appauvrirait les échanges culturels et limiterait l’accès à des récits divers.
5.) Équilibre éthique
S’il est légitime de souligner l’invraisemblance de l’allégation de l’exécution à la cire, la critique va trop loin en attribuant une responsabilité morale et juridique au traducteur. Une approche plus équilibrée permettrait :
– Reconnaître la fidélité du traducteur au texte source.
– Encourager les commentaires scientifiques supplémentaires (préfaces, notes de bas de page, postfaces) pour contextualiser les affirmations sensationnelles.
– Préserver l’œuvre littéraire en tant qu’artefact historique de l’écriture d’aventures cubaine, tout en clarifiant ses limites en tant que source historique.
6.) Conclusion
L’article identifie à juste titre le danger que représentent les récits sensationnalistes déformant la mémoire culturelle. Cependant, son appel à tenir les traducteurs et les animateurs de médias juridiquement responsables est déplacé. La traduction n’est pas une paternité et l’hébergement de médias n’est pas une certification historique. Le remède approprié est la contextualisation par le biais de l’érudition, et non la censure ou la responsabilité punitive. La confiance du public est mieux servie lorsque les lecteurs disposent à la fois du texte traduit et des outils critiques pour l’évaluer – et non lorsque les traducteurs sont chargés de responsabilités qui appartiennent proprement aux historiens.
Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.
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