Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.


Par Sujaja
L’Éthiopie, avec plus de 120 millions d’habitants, reste le plus grand pays enclavé de la planète. Bien qu’elle soit l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique, elle se voit refuser un accès direct à la mer depuis plus de trois décennies, une situation qui restreint sa souveraineté économique, augmente les coûts et menace la stabilité à long terme. L’appel à l’accès à la mer Rouge, notamment via le port historique d’Assab, n’est ni un appel à l’agression ni à l’expansion mais une exigence de justice, d’équité économique et d’équilibre régional.
Un fait clé souvent ignoré dans les discussions mondiales est qu’il n’existe aucun accord gouvernemental officiellement déclaré ou ratifié au niveau national accordant l’indépendance à l’Érythrée. La séparation a été exécutée unilatéralement sous le défunt Premier ministre Meles Zenawi, sans l’approbation formelle du Parlement éthiopien, du Conseil des ministres ou d’un référendum national. Aucun traité contraignant ratifié par le corps législatif éthiopien ou approuvé par le peuple n’a jamais transféré légalement la côte de la mer Rouge ou la région d’Assab hors de l’Éthiopie. Cela signifie que la perte du littoral éthiopien était une décision politique et non un mandat national, et reste donc un sujet de préoccupation nationale légitime sur lequel les générations futures ont parfaitement le droit de revenir par des moyens pacifiques et légaux.
Avant 1993, Assab était la principale porte d’entrée maritime de l’Éthiopie, développée grâce aux investissements, aux infrastructures et à la main-d’œuvre éthiopiens. Selon l’article 125 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, les États sans littoral ont le droit d’accéder et de transiter par les États côtiers voisins. La demande d’accès à Assab présentée par l’Éthiopie n’est donc pas une faveur mais un droit juridique et historique ancré dans des décennies de développement partagé et de dépendance mutuelle.
Plus de 95 pour cent du commerce éthiopien passe par Djibouti, ce qui coûte plus de 1,5 milliard de dollars par an en frais portuaires et en dépenses logistiques. Cette dépendance rend l’Éthiopie vulnérable à tout point de défaillance politique ou infrastructurelle. En récupérant ou en louant l’accès à Assab, les coûts de transport pourraient baisser jusqu’à 40 pour cent. Les exportations agricoles et industrielles se développeraient, de nouveaux pôles logistiques pourraient apparaître en Afar et dans l’est de l’Éthiopie, et les pipelines énergétiques, les chemins de fer et les zones de libre-échange pourraient transformer la Corne de l’Afrique en un couloir de croissance connecté.
L’Éthiopie fournit le plus grand nombre de soldats de maintien de la paix en Afrique, mais ne dispose pas d’une présence maritime pour sauvegarder ses propres intérêts commerciaux et sécuritaires. Pendant ce temps, plusieurs puissances étrangères maintiennent des bases le long de la côte de la mer Rouge. Un accès pacifique et négocié à la mer via Assab rétablirait l’équilibre stratégique, permettant à l’Éthiopie de protéger ses intérêts nationaux tout en promouvant la sécurité maritime collective contre la piraterie, le trafic d’armes et la pêche illégale.
La réouverture d’Assab dans un cadre de développement commun bénéficierait aux deux nations. L’Érythrée pourrait tirer des revenus substantiels des services portuaires et des partenariats d’infrastructure, tandis que l’Éthiopie gagnerait en efficacité économique et en stabilité. Des projets partagés dans les domaines de l’énergie, de la logistique et du commerce pourraient favoriser l’interdépendance économique nécessaire à une paix durable entre les deux voisins.
Le monde a toutes les raisons de soutenir l’accès de l’Éthiopie à la mer Rouge. L’Éthiopie est le point d’ancrage de l’économie de l’Afrique de l’Est. L’accès maritime amplifierait le commerce, l’industrie manufacturière et la distribution d’énergie, faisant de l’Éthiopie un moteur de croissance continentale. Une Éthiopie équilibrée garantit une Corne de l’Afrique stable, réduisant les pressions migratoires, les flux d’armes et les conflits régionaux. Les puissances mondiales qui dépendent de la mer Rouge pour leur transport maritime, notamment l’Union européenne, les États-Unis, la Chine et les pays du Golfe, bénéficient d’une Éthiopie stable et coopérative avec un accès maritime fiable. Soutenir l’accès à la mer de l’Éthiopie n’est pas de la charité, c’est un investissement judicieux. Un corridor Assab rétabli pourrait devenir le prochain centre logistique et industriel de l’Afrique, reliant les chaînes d’approvisionnement africaines au Golfe et à l’Asie.
L’approche de l’Éthiopie doit rester pacifique et légale. Un bail à long terme ou une zone économique partagée autour d’Assab, supervisé par des organismes régionaux comme l’Union africaine ou l’IGAD, pourrait équilibrer les intérêts nationaux tout en évitant les conflits. Les partenaires du Golfe qui ont déjà investi dans les infrastructures portuaires d’Assab peuvent faciliter des négociations neutres et garantir la transparence.
La demande éthiopienne d’accès à la mer Rouge ne concerne pas les frontières, mais la justice économique, la vérité historique et la sécurité régionale. La mer Rouge fait partie du patrimoine naturel de l’Éthiopie, et refuser l’accès à une nation de plus de 120 millions d’habitants défie à la fois la logique et l’équité. La communauté internationale devrait miser sur l’Éthiopie, une nation qui a prouvé sa stabilité, sa résilience et son leadership en matière de maintien de la paix. Une solution équitable au problème d’Assab permettrait non seulement de restaurer la place qui revient à l’Éthiopie sur la mer, mais apporterait également la prospérité, la coopération et une paix à long terme à l’ensemble de la Corne de l’Afrique.
Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.
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