Pourquoi les conflits en cours en Éthiopie restent invisibles alors qu’une région fait la une des journaux

Maria

Éthiopie _ Conflit Éthiopie _ Conflit

Par Petros Dejene Woldeyohannes

Lorsqu’un grand média occidental a récemment averti que l’Éthiopie était « dangereusement proche d’une autre guerre », ma première réaction n’a pas été de l’inquiétude mais de la surprise. Pour des millions d’Éthiopiens, notamment en Oromia et en Amhara, la guerre n’est pas une possibilité imminente mais plutôt une menace. réalité continue. Des districts entiers restent sous le coup d’opérations militaires, des milliers de personnes continuent d’être déplacées et des communautés vivent dans un état d’insécurité persistant.

Pourtant, pour un lecteur extérieur, l’Éthiopie semble calme…jusqu’à une étincelle potentielle au Tigré est détectée. Puis, tout à coup, des alarmes retentissent dans les médias internationaux et dans les cercles de politique étrangère.

Ce contraste n’est pas nouveau. La guerre au Tigré de 2020 à 2022 a été massive et dévastatrice, et elle a naturellement attiré l’attention du monde entier. Le problème n’a jamais été que la guerre soit couverte, mais comment il était couvert : le récit était souvent unilatéral, sélectif et façonné par un ensemble restreint de voix. Ce qui est frappant aujourd’hui, c’est que ce même déséquilibre persiste, même si les réalités du conflit en Éthiopie ont radicalement changé. Les régions confrontées à des violences actives ne reçoivent désormais qu’une reconnaissance discrète, tandis que même les premiers signes de tension au Tigré continuent de déclencher une alarme internationale disproportionnée.

Prenons un cas récent : dans la zone Arsi d’Oromia, plus de 25 fidèles de l’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo ont été tués en octobre, y compris une attaque à Honqolo Wabe (Woreda Siltana) où cinq membres d’une même famille sont morts.1,4. Début novembre, au moins cinq autres chrétiens orthodoxes ont été tués dans le district de Merti après avoir été chargés de récolter des fermes de teff pour les forces de la milice. Il ne s’agit pas d’incidents isolés mais d’un phénomène croissant de violences religieuses ou ethniques en Oromia. Pourtant, ces épisodes reçoivent très peu d’attention internationale. Pendant ce temps, tout signe de tension au Tigré est largement amplifié. Résultat : le récit ne correspond pas à la réalité vécue.

La question à se poser est pourquoi ce déséquilibre persiste-t-il ? Un certain nombre de facteurs complexes influencent cette couverture déformée. Premièrement, les récits historiques ont un impact disproportionné sur les perspectives actuelles. Pendant des décennies, l’axe Tigré-Érythrée a dominé la compréhension occidentale de la Corne de l’Afrique. Cela a construit un « cadre familier » persistant pour les journalistes et les analystes : lorsque le Tigré bouge, le monde regarde. Deuxièmement, la visibilité du plaidoyer et des réseaux détermine l’attention internationale. La diaspora tigréenne et les groupes de défense qui lui sont affiliés sont très efficaces pour attirer l’attention. En revanche, les communautés d’Oromia et d’Amhara ne disposent pas de plates-formes unifiées et visibles à l’échelle mondiale. Troisièmement, la fragmentation interne affaiblit les voix extérieures. Lorsque la souffrance s’accompagne de fissures politiques, de récits internes concurrents ou d’un manque de communication cohérente, la couverture médiatique mondiale diminue. Les victimes sont nombreuses, mais leur voix devient assourdie.

Les conséquences d’une attention sélective sont désastreuses. Les réponses politiques sont mal orientées car l’aide, la diplomatie et le suivi se concentrent là où la couverture médiatique est la plus forte, et non là où la violence est la plus intense. De plus, les perceptions de la stabilité de l’Éthiopie deviennent faussement optimistes alors que le monde voit le « risque du Tigré », et non la « guerre d’Amhara ou d’Oromia ». Les solutions deviennent fragmentées. Se concentrer sur le traumatisme d’une région tandis que d’autres brûlent ne laisse aucune voie vers une paix globale. Les conflits de l’Éthiopie – passés et présents – sont profondément imbriqués. Les griefs dans une région ne peuvent être résolus pendant que d’autres brûlent. Un pays ne peut pas négocier une paix durable si un seul théâtre de conflit est visible au monde, tandis que d’autres restent invisibles ou politiquement difficiles à reconnaître. L’Éthiopie n’a pas besoin d’un autre cycle d’indignation sélective ou d’empathie sélective. Il a besoin d’un compréhension globale et équilibrée– tant à l’intérieur du pays que par ceux qui l’observent depuis l’étranger. Ce n’est qu’à ce moment-là que les racines de l’instabilité de l’Éthiopie pourront être honnêtement reconnues et que le travail de construction d’une paix durable pourra commencer.

Références

  1. Thomas Edwards, « Les chrétiens sont confrontés à une persécution croissante en Éthiopie alors que les attaques se propagent à travers l’Oromia » Le héraut catholique10 novembre 2025.
    thecatholicherald.com
  2. Jude Atemanke, « Les évêques catholiques d’Éthiopie condamnent l’attaque meurtrière contre la paroisse et appellent à la protection du gouvernement » Agence de presse catholique6 novembre 2025.
    Agence de presse catholique
  3. « Plus de deux douzaines de civils tués en Oromia : l’Église orthodoxe éthiopienne signale une recrudescence des attaques » Voix d’Amhara11 novembre 2025.
    voixofamhara.com
  4. « Au moins cinq morts dans une nouvelle attaque contre des chrétiens orthodoxes à Arsi » Borkena6 novembre 2025.
    Borkena
  5. « Plus de 25 chrétiens orthodoxes tués en une semaine à Oromia, en Éthiopie » PAGE apparentée à l’orthodoxie1er novembre 2025.
    PAGE apparentée à l’orthodoxie

Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.

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