L’or oscillait autour de 4 500 dollars l’once mardi après sa plus forte baisse quotidienne des dernières semaines, alors que la hausse des rendements obligataires et les attentes croissantes en matière d’inflation commençaient à concurrencer directement la demande de valeur refuge qui a soutenu le métal précieux tout au long du conflit américano-iranien.
L’or au comptant s’est échangé autour de 4 547 dollars l’once après avoir chuté de près de 2 pour cent lors de la séance précédente, annulant les gains construits sur l’anxiété géopolitique et laissant le métal à l’un de ses points les plus faibles depuis le début du conflit fin février. Le lingot reste en hausse de plus d’un tiers par rapport à la même période de l’année dernière, mais est désormais en baisse d’environ 15 % par rapport aux sommets atteints dans les semaines qui ont suivi le déclenchement de la guerre, ce qui suggère qu’un recalibrage important des investisseurs est en cours.
Deux forces tirant dans des directions opposées
Ce changement reflète une tension plus profonde qui se forme au cœur des marchés mondiaux des matières premières. L’or attire traditionnellement les acheteurs lors des crises géopolitiques, et le conflit actuel ne manque pas de catalyseurs. De nouveaux affrontements militaires dans le détroit d’Ormuz, des frappes iraniennes sur les infrastructures des Émirats arabes unis et des doutes renouvelés quant à la durabilité du cessez-le-feu ont tous entretenu une inquiétude élevée. Dans des conditions de crise normales, cet environnement serait largement favorable à l’or.
Mais ce conflit est de plus en plus interprété par les marchés comme un choc inflationniste autant que sécuritaire. La flambée des prix du pétrole, provoquée par les restrictions de navigation à travers le détroit, fait craindre que les banques centrales ne soient contraintes de maintenir des taux d’intérêt élevés plus longtemps ou de les resserrer davantage pour contenir la pression sur les prix de l’énergie. Cette perspective a poussé les rendements obligataires mondiaux à la hausse, renforçant l’attrait des actifs générateurs de revenus et augmentant le coût d’opportunité de la détention de lingots non productifs.
Le résultat est un marché coincé entre la peur et les coûts de financement, sans qu’aucune des deux forces ne soit encore suffisamment décisive pour fixer une direction claire.
La Fed et la pression sur les rendements
La Réserve fédérale (Fed) a maintenu ses taux inchangés lors de sa dernière réunion, une décision que les marchés ont interprétée comme un signal indiquant que les décideurs politiques restent attentifs aux risques inflationnistes plutôt que de s’orienter vers un allègement. Le World Gold Council (WGC), dans ses perspectives pour le premier trimestre 2026, a noté que le risque géopolitique reste l’un des principaux moteurs de la demande d’or, mais a reconnu que des prix élevés et des rendements plus fermes limitent la capacité du métal à prolonger sa hausse.
Cette tension est désormais visible dans l’évolution des prix. L’or a atteint un sommet historique de 5 595 dollars l’once fin janvier 2026, avant le début du conflit. Il a ensuite grimpé à nouveau alors que la guerre a provoqué une vague d’achats de valeurs refuges, récupérant brièvement 5 400 $. Depuis lors, l’accumulation constante de signaux d’inflation et de pressions sur les rendements a progressivement érodé cette prime.
Un cadre plus complexe
Ce qui rend l’environnement actuel inhabituel, c’est que l’or ne réagit plus aux gros titres géopolitiques de manière simple ou prévisible. Plutôt que d’augmenter automatiquement à mesure que les tensions militaires s’intensifient, il évolue dans un cadre où les investisseurs évaluent simultanément deux questions concurrentes : si ce conflit stimule principalement la demande de valeurs refuges, ou s’il accélère suffisamment l’inflation pour produire un resserrement monétaire qui, en fin de compte, supprime le potentiel de hausse du lingot.
Ce calcul compte bien au-delà des pupitres de négociation. Pour les banques centrales qui augmentent leurs réserves d’or, comme beaucoup l’ont fait au premier trimestre 2026 selon les données du WGC, le repli actuel ne représente pas nécessairement un renversement structurel. Pour les investisseurs institutionnels gérant des portefeuilles sensibles à l’inflation, le message est toutefois plus prudent.
Le lingot reste historiquement élevé. Mais son incapacité à tirer pleinement parti de la détérioration des informations dans l’un des environnements géopolitiques les plus volatils au monde indique que les attentes en matière de politique monétaire exercent désormais un frein inhabituel et persistant sur l’une des plus anciennes réserves de valeur du monde.






