L’Éthiopie est une pionnière du sel doublement enrichi pour prévenir les anomalies du tube neural

Maria

Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.

Sel d'Éthiopie doublement enrichi Sel d'Éthiopie doublement enrichi

Par le Dr Homero Martinez
Conseiller technique principal, Enrichissement alimentaire à grande échelle, Unité de recherche et développement, Nutrition International

L’Éthiopie prend une mesure révolutionnaire pour prévenir l’une des causes les plus courantes et évitables de malformations congénitales et de décès d’enfants. Environ 60 % des femmes en âge de procréer (18-49 ans) manquent de folate, ce qui expose des milliers de grossesses à un risque d’anomalies du tube neural (ATN) — de graves malformations congénitales qui surviennent lorsque la fermeture du cerveau ou de la moelle épinière d’un bébé ne se développe pas correctement. Les MTN, telles que le spina bifida et l’anencéphalie, peuvent entraîner une invalidité permanente ou, dans les cas graves, une mort prématurée. En Éthiopie, près de la moitié des grossesses touchées par les MTN aboutissent à une mortinatalité ou à un décès néonatal, tandis que les enfants qui survivent nécessitent souvent des soins médicaux complexes et un soutien tout au long de leur vie. Ces anomalies surviennent très tôt au cours de la grossesse, souvent avant même qu’une femme ne sache qu’elle est enceinte, ce qui rend essentielle la prévention par un apport adéquat en acide folique.

Jusqu’à présent, prévenir les MTN en Éthiopie a été un défi. Dans d’autres pays, l’enrichissement en acide folique s’est largement limité à la farine de blé, qui n’est pas largement consommée par la population éthiopienne. Cela laisse des millions de femmes privées de l’acide folique dont elles ont besoin pendant leurs années de procréation les plus critiques, en particulier dans les zones rurales et à faible revenu où la consommation de blé industrialisé est moindre. Compte tenu de l’ampleur de l’insuffisance en folate et des conséquences néfastes des MTN sur les familles, les communautés et le système de santé national, il est urgent de trouver une solution accessible à l’ensemble de la population.

S’appuyant sur des décennies de recherche et d’innovation, l’Éthiopie est désormais sur le point de devenir le premier pays au monde à introduire du sel doublement enrichi en iode et en acide folique (DFS-IoFA) à l’échelle nationale. Développé il y a plus de 20 ans au Canada, DFS-IoFA est une solution sûre, pratique et très efficace pour améliorer le statut en folate et réduire considérablement le risque de MTN à travers le pays. Le sel est l’un des rares aliments consommés en quantités constantes par presque tous les ménages, quels que soient leurs revenus ou leur emplacement, ce qui en fait un véhicule particulièrement efficace pour fournir des nutriments essentiels à grande échelle et atteindre les femmes avant et pendant le début de la grossesse, lorsque le folate est le plus critique. En combinant l’acide folique avec le sel iodé déjà largement consommé, l’intervention garantit une couverture large et équitable sans nécessiter de changement de comportement supplémentaire ou de programmes de supplémentation.

Un récent essai randomisé au sein de la communauté, évalué par des pairs et publié dans The American Journal of Clinical Nutrition, incluant 360 femmes éthiopiennes non enceintes âgées de 18 à 49 ans, mené par Nutrition International en collaboration avec l’Institut éthiopien de santé publique et l’UC Davis, a confirmé l’effet biologique du DFS-IoFA. Pendant 26 semaines, les participants ont reçu du sel iodé enrichi de différentes doses d’acide folique, et l’étude a révélé que le DFS-IoFA améliorait de manière sûre et efficace les niveaux de folate sans nuire au statut en iode. Les résultats suggèrent que l’enrichissement de tout le sel iodé discrétionnaire avec la dose recommandée d’acide folique pourrait réduire l’insuffisance en folate chez les femmes en âge de procréer de 60 % à seulement 10 %, ce qui représente un grand pas en avant pour la santé publique en Éthiopie. L’extension de cette intervention à l’échelle nationale pourrait empêcher des milliers de naissances affectées par les MTN chaque année, réduire les coûts du système de santé, atténuer le besoin de soins spécialisés tout au long de la vie, éviter aux familles le fardeau de devoir s’occuper d’un enfant atteint et augmenter la productivité en aidant les enfants à atteindre leur plein potentiel.

Au-delà de son impact sur la santé, cette approche positionne l’Éthiopie comme un leader régional en matière d’enrichissement du sel. En s’appuyant sur l’infrastructure d’iodation existante et en effectuant des améliorations techniques minimes, le pays peut stimuler les investissements locaux dans les prémélanges d’acide folique, créer des opportunités de production et d’exportation et servir de modèle à d’autres pays confrontés à des défis similaires. Le gouvernement éthiopien et ses partenaires ont démontré un fort engagement envers cette initiative, soulignant le rôle essentiel du leadership national dans la traduction de la recherche en impact concret.

Nutrition International continue de soutenir la transition de l’Éthiopie de la recherche à l’intensification nationale, en travaillant aux côtés du gouvernement et des partenaires pour garantir que DFS-IoFA atteigne chaque foyer. L’initiative démontre comment l’innovation canadienne, l’expertise locale et la collaboration internationale peuvent s’unir pour transformer la recherche en avantages concrets pour la santé de millions de personnes.

Alors que l’Éthiopie se prépare à étendre le DFS-IoFA à l’échelle nationale, l’intervention représente plus qu’une simple réussite scientifique. Il s’agit d’une stratégie de santé publique transformatrice capable de sauver des vies, de prévenir les invalidités permanentes et d’alléger le fardeau social et économique associé aux MTN. Avec le potentiel d’atteindre pratiquement tous les ménages, DFS-IoFA constitue un exemple marquant de la manière dont des interventions fondées sur des données probantes, soutenues par une volonté politique et s’appuyant sur l’innovation technique, peuvent apporter des avantages durables pour la santé à grande échelle. L’Éthiopie ne se contente pas de préserver la santé de sa prochaine génération : elle crée un précédent pour le monde.

Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.

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