

Par l’ingénieur Abdi Ali Barkhad
Ethiopie : le partenaire stratégique du Somaliland à ne pas négliger
Le gouvernement de la République du Somaliland doit réaligner de toute urgence ses priorités en matière de politique étrangère. L’histoire, la géographie et l’intérêt national pointent tous dans la même direction, vers l’Éthiopie. Tout retard ou silence diplomatique entraîne des conséquences que le Somaliland ne peut se permettre.
Pendant des décennies, la force du Somaliland a résulté d’une compréhension claire de ses alliances régionales. Même si le Kenya est une nation amie avec laquelle nous partageons des liens historiques, l’Éthiopie reste notre partenaire stratégique le plus important. Pourtant, aujourd’hui, la population du Somaliland est témoin d’un changement inquiétant dans les priorités diplomatiques, qui marginalise notre voisin le plus proche au profit d’acteurs plus éloignés. C’est non seulement déroutant mais dangereux.
Le Kenya est un ami historique, pas un point d’ancrage stratégique
Le Kenya est un pays avec lequel le Somaliland partage un lien historique important. Avant 1963, les deux nations étaient sous domination britannique. De nombreux Somalilandais ont émigré au Kenya à cette époque, s’intégrant dans la société et contribuant de manière significative au développement économique et politique du Kenya. Certains ont même pris part à la lutte contre le colonialisme, aux côtés des Kenyans lors du mouvement de libération.
Ces liens doivent être respectés et entretenus. Mais la géographie ne ment pas. Le Kenya est loin, séparé par d’autres nations, sans frontière commune ni intérêt stratégique immédiat directement lié à notre survie en tant que nation. Notre relation avec le Kenya doit se poursuivre dans les domaines de l’éducation, du commerce, de la culture et de la diplomatie – mais elle ne peut pas remplacer ni éclipser notre relation vitale avec l’Éthiopie.
L’Éthiopie : notre partenaire stratégique naturel
L’Éthiopie n’est pas simplement un pays voisin ; c’est un pilier stratégique de la politique étrangère et de sécurité du Somaliland. Nos nations partagent plus qu’une frontière, nous partageons des intérêts en matière de sécurité, des bouées de sauvetage économiques, des liens culturels et une histoire de solidarité.
- L’Éthiopie a accueilli plus d’un million de réfugiés du Somaliland, leur offrant abri et dignité en ces temps difficiles.
- De 1981 à 1991, pendant notre lutte de libération, l’Éthiopie nous a fermement soutenu, en nous apportant un soutien logistique, politique et moral.
- Le corridor de Berbera constitue la route commerciale essentielle de l’Éthiopie vers la mer, tandis que le vaste marché éthiopien soutient l’économie du Somaliland grâce au commerce et aux transports.
- Notre coopération en matière de renseignement et de sécurité a contribué à maintenir la stabilité régionale, protégeant les deux pays des menaces communes.
- Socialement et culturellement, nos communautés sont étroitement liées par les réseaux pastoraux, les liens claniques et les familles transfrontalières.
Pour ces raisons, le peuple du Somaliland a longtemps considéré l’Éthiopie comme son « pays ».deuxième mère patrie. » Ce lien s’est construit grâce aux difficultés, aux sacrifices et au destin partagé, et non par la commodité.
Il est donc profondément préoccupant que depuis l’élection du nouveau gouvernement, le président n’ait pas effectué une seule visite officielle en Éthiopie depuis près d’un an. Au lieu de cela, la priorité a été donnée aux visites au Kenya et à Djibouti.
Plus troublant encore est le manque de transparence entourant le protocole d’accord du 1er janvier 2024 signé entre le Somaliland et l’Éthiopie. Il s’agissait d’un accord historique, qui promettait d’élever les relations bilatérales à un nouveau niveau. Pourtant, près d’un an plus tard, c’est le silence. Pas de mises à jour claires, pas de feuille de route de mise en œuvre, pas de visibilité diplomatique.
Cela soulève de sérieuses questions :
- Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas donné la priorité à l’Éthiopie, notre allié le plus stratégique ?
- Que se passe-t-il exactement à huis clos concernant le MoU ?
- Y a-t-il une hésitation politique, une pression extérieure ou une division interne qui empêche un engagement décisif avec l’Éthiopie ?
Il ne s’agit pas de retards diplomatiques mineurs ; ce sont des faux pas stratégiques. Dans la Corne de l’Afrique, une région marquée par des alliances changeantes, des conflits maritimes et une concurrence entre grandes puissances, négliger l’Éthiopie constitue un pari dangereux.
Le gouvernement doit agir rapidement et de manière décisive pour corriger cette dérive diplomatique. L’Éthiopie doit revenir au centre de notre politique étrangère, non pas après coup, mais en tant que principal partenaire stratégique.
Des actions concrètes sont nécessaires :
- Établir un Conseil de coopération stratégique permanent entre les deux pays pour superviser la coordination en matière de sécurité, de commerce et d’infrastructures.
- Le gouvernement doit informer le public de l’état du protocole d’accord et fournir une feuille de route claire pour sa mise en œuvre.
- Élargir les relations bilatérales dans les domaines de l’éducation, de l’énergie, des soins de santé et des échanges culturels, en renforçant la résilience au-delà des changements de leadership politique.
Conclusion:
L’Éthiopie a soutenu le Somaliland tout au long de certains des chapitres les plus difficiles de notre histoire. Ignorer ou retarder l’engagement avec un tel partenaire, c’est ignorer les réalités géographiques, historiques et de l’intérêt national.
La diplomatie est une question de priorités. Aujourd’hui, le Somaliland doit se poser une question simple mais puissante : donnons-nous la priorité aux amitiés de convenance plutôt qu’aux partenariats de nécessité ?
La réponse doit être claire. L’Éthiopie n’est pas seulement un voisin parmi d’autres. C’est notre allié stratégique, notre partenaire naturel et une pierre angulaire de notre avenir. Tout nouveau retard ou tout silence diplomatique serait non seulement irresponsable mais stratégiquement coûteux.
L’ingénieur Abdi Ali Barkhad est consultant senior. Il a également étudié la diplomatie internationale et est un analyste politique et écrivain connu pour ses commentaires détaillés sur la politique de la Corne de l’Afrique et les relations internationales. Il a publié de nombreux articles analysant les politiques actuelles dans la région et est un fervent défenseur de la cause de la République du Somaliland. Il peut être contacté à : tra50526@gmail.com
Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.
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