Élections sans énergie, réformes sans ancrage

Maria

Par Kebour Ghenna

L’Éthiopie aborde ses élections nationales de 2026 avec la forme extérieure de la démocratie, mais sans sa force motrice.

Il y a un processus, mais peu de croyance.

Il y a de la participation, mais peu d’attentes.

Il y a des élections, mais on ne sent pas vraiment que le pouvoir est réellement en jeu.

Le Parti de la prospérité au pouvoir devrait l’emporter. L’opposition, fragmentée et politiquement faible, n’a pas réussi à présenter une alternative crédible capable de mobiliser la population. Le débat public existe, mais il ne pénètre pas la vie quotidienne.

Ce n’est pas un accident.

Cela reflète une condition plus profonde : un système politique qui se reproduit tout en limitant la possibilité d’une contestation significative.

Dans un tel système, les élections servent à confirmer le pouvoir et non à le contester.

Pour un pays comme l’Éthiopie, cela a des conséquences qui dépassent le cadre politique.

Car lorsque les élections cessent de fonctionner comme instruments de choix, elles cessent également de fonctionner comme mécanismes d’intégration. La population est comptée mais pas mobilisée. Il est inclus procéduralement mais exclu matériellement.

Et dans une période de tensions économiques, cette distinction devient dangereuse.

Dans le même temps, l’Éthiopie connaît des réformes façonnées en grande partie par la logique de la discipline extérieure, notamment par le biais de son engagement auprès du Fonds monétaire international.

Ces réformes promettent la stabilité :

Baisse de l’inflation.

Des déficits maîtrisés.

Allocation des ressources basée sur le marché.

Mais la stabilité, dans ce cadre, est définie de manière étroite.

Cela stabilise les comptes, mais pas forcément la production.

Cela rassure les créanciers, mais pas forcément les citoyens.

Elle discipline l’État mais ne transforme pas la structure de l’économie.

Et c’est là que réside la contradiction.

Une économie qui reste dépendante des importations, d’une base d’exportation étroite et du financement extérieur ne peut pas être stabilisée vers le développement. Elle ne peut être stabilisée que dans une vulnérabilité gérée.

Cette vulnérabilité est désormais exposée.

La hausse des prix du carburant, la pénurie de devises et les conflits internes ne sont pas des pressions isolées. Ils sont l’expression d’une condition structurelle plus profonde : une économie qui consomme plus qu’elle ne produit et dépend de systèmes externes qu’elle ne contrôle pas.

Dans un tel contexte, les formes politiques comptent.

Une élection qui manque de crédibilité ne fait pas simplement échouer la démocratie.

Cela supprime l’un des rares mécanismes restants grâce auxquels les tensions peuvent être absorbées pacifiquement.

Les difficultés économiques trouvent alors d’autres expressions, régionales, sociales et éventuellement violentes.

Dans le même temps, l’Éthiopie est attirée vers l’extérieur.

Vers un alignement avec des acteurs comme les Émirats arabes unis. Vers une compétition stratégique pour l’accès à la mer, avec notamment des tensions avec l’Érythrée.

Ces mesures sont souvent présentées comme des affirmations d’intérêt national. Mais ils risquent de faire le contraire.

Parce qu’un pays qui n’a pas consolidé sa base économique interne ne peut pas projeter sa puissance à l’extérieur sans s’affaiblir davantage.

L’ambition externe, dans ce contexte, devient un substitut à la transformation interne.

L’alternative n’est pas le retrait.

C’est une réorientation.

La meilleure solution pour l’Éthiopie n’est pas de devenir l’élève modèle de l’austérité, ni le plus ardent demandeur d’accès à la mer, ni le suppliant des monarchies du Golfe en difficulté.

Il doit devenir, pour les 12 à 18 prochains mois, un état de production protégé.

Protéger le carburant, non pas en tant que marchandise, mais en tant que condition pour l’agriculture et les transports.

Protéger les devises, non pas pour la consommation, mais pour la nécessité et la production.

Protéger les routes et les marchés, non pas par la militarisation, mais par la désescalade.

Protéger la cohésion nationale, non pas par la rhétorique, mais par la retenue.

Et protéger la souveraineté, non pas en s’alignant sur une puissance extérieure, mais en négociant avec tous sans dépendre d’aucun.

Il ne s’agit pas d’un retrait de la réforme.

C’est une redéfinition de celui-ci. Car le développement ne commence pas par les bilans. Cela commence par la capacité de produire, de nourrir et de subvenir aux besoins d’une population sans dépendance extérieure permanente.

Dans cette optique, l’élection prend un sens différent.

Il ne s’agit pas simplement de savoir qui gouverne.

Il s’agit de savoir si le système peut se renouveler ou s’il continue à reproduire une structure dans laquelle contrôle politique et dépendance économique se renforcent mutuellement.

Si les élections ne sont pas considérées comme significatives, elles ne stabiliseront pas le système.

Il dévoilera ses limites.

La voie à suivre n’est ni idéologique ni dramatique.

Cela nécessite d’abandonner les illusions :

Cette austérité seule peut produire de la croissance.

Que les alliances externes peuvent remplacer la force interne.

Ce contrôle politique peut remplacer la légitimité.

Ce qu’il faut plutôt, c’est se concentrer sur les fondements matériels de la nation.

Production.

Distribution.

Cohésion.

Sans ces éléments, aucune élection, quelle que soit sa manière d’être organisée, ne peut garantir la stabilité.

Grâce à eux, même les systèmes imparfaits peuvent perdurer et évoluer.

L’Éthiopie se trouve à un point où l’ajustement ne suffit plus.

Ce qu’il faut, c’est une transformation.

Non proclamé.

Mais construit.

NDLR : L’article est paru en premier sur la page SM de Kebour Ghenna

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