

Ing. Abdi Ali Barkad
Le statut territorial du Somaliland est ancré dans un régime de frontières coloniales particulièrement clair et bien documenté établi par la Grande-Bretagne pendant le protectorat britannique du Somaliland (1884-1960). Contrairement à de nombreux territoires africains dont les frontières ont émergé d’arrangements coloniaux ambigus ou appliqués de manière incohérente, les frontières du Somaliland ont été définies par une série de traités formels anglo-éthiopiens, anglo-français et anglo-italiens qui précisaient les limites du protectorat avec une précision remarquable.
Ces accords plaçaient le Somaliland approximativement entre la latitude 8° Nord et 11°30′ Nord et la longitude 42°45′ Est et 49° Est, créant une unité territoriale clairement identifiable que la Grande-Bretagne administra comme une entité politique distincte pendant soixante-seize ans. Il ne s’agissait pas de descriptions géographiques abstraites ou rétrospectives ; il s’agissait de frontières opérationnelles reflétées dans la correspondance diplomatique, la cartographie officielle et les efforts de démarcation physique, en particulier les commissions de frontière anglo-éthiopiennes du début du XXe siècle.
Par conséquent, lorsque le Somaliland a accédé à l’indépendance le 26 juin 1960, il est entré dans le système international avec des frontières définies et internationalement reconnues correspondant directement à ces limites conventionnelles.
Cette clarté historique est au cœur des revendications contemporaines du Somaliland. La doctrine de uti possidetis jurisaffirmée par l’Organisation de l’unité africaine dans la résolution du Caire de 1964, établit que les États postcoloniaux héritent des frontières administratives existant au moment de l’indépendance. L’application de ce principe soutient systématiquement la continuité juridique des frontières du Somaliland et souligne la distinction entre le Somaliland et l’ancienne Somalie italienne.
La Grande-Bretagne a établi le protectorat du Somaliland par le biais de traités avec les autorités du clan somalien à partir de 1884. Au fil du temps, ses frontières ont été formalisées par des accords avec la France, l’Italie et l’Éthiopie, produisant ainsi une unité territoriale clairement délimitée et reconnue internationalement.
Le protectorat fonctionnait comme une entité politique distincte, avec ses propres institutions administratives, son cadre juridique et ses structures de gouvernance distinctes de celles des colonies voisines.
La Somalie italienne s’est développée de manière indépendante sous la domination coloniale italienne. Il fonctionnait selon un système juridique, un modèle administratif et un cadre politique colonial différents. Ses limites territoriales ont été définies par des traités et accords distincts impliquant l’Italie, la Grande-Bretagne et l’Éthiopie.
Les trajectoires coloniales des deux territoires étaient donc non seulement administrativement séparées mais structurellement différentes en termes de gouvernance et d’évolution juridique.
À aucun moment la Grande-Bretagne et l’Italie n’ont administré le Somaliland et la Somalie italienne comme un territoire unifié. Ils sont restés des entités coloniales distinctes avec des identités internationales, des frontières et des systèmes administratifs distincts.
Grâce à une proclamation royale émise sous Elizabeth II, l’État du Somaliland a obtenu sa pleine indépendance le 26 juin 1960. Il a été reconnu par plus de 30 États, dont plusieurs membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.
À l’indépendance, le Somaliland possédait des frontières clairement définies héritées de l’administration coloniale britannique, conformes aux normes juridiques internationales.
Cinq jours plus tard, la Somalie italienne accédait à son indépendance en tant qu’État souverain distinct. Elle est entrée dans le système international avec ses propres frontières territoriales et ses propres institutions politiques.
Même si les populations des deux territoires partageaient des liens ethniques et culturels, les différences en matière de gouvernance coloniale, de systèmes juridiques et de structures administratives restaient significatives.
Après l’indépendance, le Somaliland et la Somalie ont volontairement conclu une union. Cependant, le fondement juridique de cette union était défectueux. Les Actes d’Union adoptés à Hargeisa et à Mogadiscio n’étaient pas identiques et n’ont jamais été correctement harmonisés ni ratifiés conjointement, créant une incohérence constitutionnelle fondamentale.
L’union représentait une fusion politique plutôt qu’une dissolution juridique de la souveraineté. Les frontières coloniales d’origine de chaque État sont restées en principe intactes, même lorsqu’un gouvernement unifié a été établi.
Des exemples historiques comparables incluent la Confédération Sénégambie et la République Arabe Unie, où des entités souveraines sont entrées dans des unions sans éteindre définitivement leur État ou leur identité territoriale d’origine.
L’effondrement de la République démocratique somalienne en 1991 a marqué la fin de l’union. Avec la désintégration de l’autorité centrale et des institutions étatiques, la base juridique de l’union a effectivement cessé d’exister.
Conformément aux principes de continuité de l’État et aux pratiques de dissolution post-union, le Somaliland a réaffirmé sa souveraineté à l’intérieur des frontières qu’il détenait lors de son indépendance en 1960.
Conclusion
Le statut territorial du Somaliland repose sur un cadre juridique et historique cohérent et bien documenté. Ses frontières étaient clairement définies par des traités internationaux, administrées séparément pendant la période coloniale et reconnues au moment de l’indépendance.
L’union avec la Somalie n’a pas effacé ce fondement juridique ; il s’agissait plutôt d’un arrangement politique entre deux États souverains qui a finalement échoué. La réaffirmation de l’indépendance du Somaliland en 1991 reflète un retour à l’ordre juridique initial établi lors de la décolonisation.
La reconnaissance du statut du Somaliland serait donc conforme aux principes établis du droit international, notamment uti possidetis juriset renforcerait les engagements de l’Union africaine à respecter les frontières héritées. Cela contribuerait également à la stabilité régionale à long terme en reconnaissant les réalités historiques plutôt que de les subordonner à des interprétations incomplètes ou incohérentes de l’État postcolonial.
Abdi Ali Barkhad est un consultant senior, un analyste des relations internationales et un éminent écrivain politique, largement reconnu pour ses commentaires perspicaces sur la Corne de l’Afrique. Il est joignable par email à: [email protected]
Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.
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