La crise du Niger domine l’actualité africaine depuis le coup d’État du 26 juillet. Mais elle révèle de jour en jour qu’une dure bataille de positionnement est en cours au Sahel.
Au-delà des positions divergentes au sein même de la CEDEAO et en Afrique, et malgré l’apparence d’un certain alignement dans les discours de principe, les puissances étrangères sont engagées dans une lutte d’influence qui, à l’issue de cette crise, va redessiner les contours d’un nouveau équilibre des pouvoirs dans la région.
Dans la chronique hebdomadaire de l’Institut Tombouctou en partenariat avec Medi1Tv, le Dr Bakary Sambe revient sur ce qu’il considère comme un nouveau « grand jeu » sahélien et analyse les enjeux qui en découlent pour la région.
Dr Bakary Sambe, malgré l’actualité brûlante centrée sur la crise actuelle au Niger, vous soutenez qu’en même temps un nouveau « grand jeu » se dessine au Sahel. Que pense tu que cela soit?
Les États-Unis semblent avoir adopté une position de principe ferme dans la crise actuelle au Niger et se montrent très prudents quant à l’option militaire, qui semble avoir le soutien de la France par exemple. Mais, compte tenu de sa démarche, il semble que Washington souhaite éviter que son image ne soit durablement impactée par une association avec la France dans cette phase cruciale de la crise.
Un autre élément important dans la préférence américaine pour l’approche diplomatique plutôt que pour la solution militaire est qu’elle ne la place pas en première option. A bien y regarder, il s’agit pour les Etats-Unis d’éviter absolument d’être associés à une puissance de plus en plus rejetée par la rue ouest-africaine et une certaine élite panafricaniste et souverainiste, du fait de son passé colonial et de son passé interventionniste et « canonnière ». » diplomatie.
Les États-Unis jouissent cependant d’une certaine « virginité » dans la région, ce qui profite à leur image et à leur soft power proactif en Afrique de l’Ouest. De plus, même une intervention militaire réussie – encore hypothétique – porterait un coup dur à cette image plus ou moins positive, qui permet aux États-Unis de servir de partenaire « alternatif » à la France, avec laquelle ils sont, après tout, en relation. concurrence en Afrique francophone, malgré les apparences et les nuances.
Avant cette crise, il y avait déjà cette âpre lutte d’influence entre les pays occidentaux et la Russie qui, je vous cite, « cherche un meilleur ancrage au Sahel malgré son éloignement géographique ». Cette lutte d’influence va-t-elle prendre une nouvelle tournure avec la crise actuelle ?
Le Niger se trouve dans une position extrêmement stratégique que les États-Unis n’abandonneront jamais. Washington est bien conscient que son départ des bases installées dans ce pays signifierait un ancrage russe plus fort au Sahel central. Et il n’est pas sûr que la France ne connaisse pas le même sort que le Mali.
D’où la prudence visible à l’égard d’une intervention militaire, qui aurait un impact sur l’acceptation de la présence de ses forces et de ses moyens de renseignement et opérationnels au Niger (d’une valeur de 100 millions de dollars, avec un investissement cumulé de 500 millions de dollars), qui, grâce à leur faible de profil, font toujours l’objet d’une acceptation bienveillante de la part de la rue nigérienne, malgré les timides manifestations récentes à Agadez.
Comme on l’a vu, depuis le début de la crise, la Russie a su manœuvrer pour exprimer subtilement son désaccord avec l’intervention militaire, tout en prenant soin stratégiquement de ne pas s’aliéner la CEDEAO, partenaire important dans une région où elle est déjà bien implantée au Mali et même le Burkina Faso.
Mais en réalité, Dr Bakary Sambe, le soi-disant bloc occidental, représenté par les pays membres de l’OTAN, est-il toujours aussi compact qu’on pourrait le penser ? Autrement dit, comment cette crise, à l’issue incertaine, va-t-elle reconfigurer les rapports de force dans la région ?
Dans le contexte de cette crise, tous les acteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Il y a d’abord la situation de l’Europe, qui semble chercher sa place au Sahel, depuis l’affaiblissement progressif de son « champion » français dans la région.
Il faut dire que l’Allemagne n’est pas dénuée d’intérêt pour un nouveau rôle de leadership dans la région après tant d’années d’alignement sur les grandes orientations européennes sous l’égide de la France. Depuis le début de la crise, la presse allemande a beaucoup insisté sur le sentiment anti-français dans la région du Sahel.
Pour les Américains, considérés en Amérique latine, en Asie, au Moyen-Orient et même dans certaines régions d’Europe comme la puissance hégémonique par excellence, les États-Unis conservent encore en Afrique l’image d’une puissance sans antécédents coloniaux comme les puissances européennes, mais avec un un certain capital sympathique cultivé par un soft power proactif.
Il s’agit pour Washington d’un avantage diplomatique comparatif qu’il ne veut sacrifier à aucun prix sur l’autel d’objectifs secondaires de sa stratégie globale, notamment antiterroriste, dont le Niger reste un élément clé à sauvegarder, si besoin est. frais.






