Première Afrique
Amnesty International a accusé les autorités tanzaniennes d’avoir exécuté « violations systématiques des droits de l’homme » à l’approche de l’élection présidentielle du 29 octobre, qui a déjà été entachée par l’exclusion de candidats clés de l’opposition.
Dans un nouveau rapport publié lundi, Amnesty a détaillé une augmentation alarmante des abus entre janvier 2024 et octobre 2025, notamment « disparitions forcées, torture et exécutions extrajudiciaires de personnalités et de militants de l’opposition ».
Le rapport, examiné par l’AFP, s’appuie sur des entretiens avec 43 personnes – parmi lesquelles des victimes, des témoins, des membres de leurs familles, des travailleurs d’ONG et des avocats – ainsi que sur des images vérifiées et des publications sur les réseaux sociaux.
Initialement saluée pour avoir renversé l’héritage répressif de son prédécesseur, le défunt président John Magufuli, l’actuelle présidente Samia Suluhu Hassan fait désormais face à des critiques croissantes de la part des groupes de défense des droits humains et des personnalités de l’opposition alors qu’elle brigue un second mandat.
« Les autorités ont intensifié leurs mesures de répression contre l’espace civique et le droit de participer librement aux élections en adoptant une législation profondément imparfaite. »
— Tigere Chagutah, directeur régional d’Amnesty pour l’Afrique orientale et australe
L’un des cas les plus choquants documentés par Amnesty concerne Ali Mohamed Kibao, un haut responsable du principal parti d’opposition Chadema, qui a été enlevé en septembre 2024 puis retrouvé mort. Malgré une enquête officielle, aucun progrès n’a été signalé.
Lors d’un autre incident survenu ce mois-ci, Humphrey Hesron Polepole, ancien ambassadeur de Tanzanie à Cuba et critique virulent du gouvernement, a disparu dans des circonstances mystérieuses. On ignore où il se trouve.
Chadema a été barré de participer aux prochaines élections après avoir refusé de signer le Code de conduite électorale du gouvernement, qui, selon les partis d’opposition, restreint injustement leurs opérations.
Le chef du parti, Tundu Lissu, l’une des voix d’opposition les plus éminentes du pays, est toujours en détention pour trahison – un délit passible de la peine de mort en vertu de la loi tanzanienne.
Pendant ce temps, Luhaga Mpina, le candidat présidentiel de l’Alliance pour le changement et la transparence (ACT Wazalendo), a également été disqualifié de la course, laissant de fait le président Hassan avec peu de compétition organisée.
Les observateurs des droits de l’homme préviennent que le recul démocratique de la Tanzanie pourrait aggraver l’instabilité politique et éroder les libertés durement acquises dans l’une des plus grandes économies d’Afrique de l’Est.






