Contours de la contestation : la rue comme texte politique

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Abiy Ahmed _ Émirats arabes unis Abiy Ahmed _ Émirats arabes unis

Par : Mohammed Hassen Mohamed (Xareed)

De récentes manifestations organisées en soutien à Abiy Ahmed se sont déroulées parallèlement à des contre-manifestations dans plusieurs régions d’Éthiopie, notamment dans la région d’Amhara. L’une des caractéristiques les plus frappantes de ces rassemblements a été l’émergence de messages explicitement géopolitiques. Des manifestants ont été vus brandissant des pancartes déclarant : « Les Émirats arabes unis doivent s’abstenir de s’immiscer dans les affaires intérieures de l’Éthiopie. »

Cette convergence de l’expression politique intérieure et de la critique extérieure révèle une transformation plus profonde du discours public éthiopien. Les rues ne sont plus simplement des lieux d’alignement politique interne ; ils sont devenus des plateformes où les questions de souveraineté, d’influence étrangère et d’orientation nationale sont ouvertement négociées.

De la voix singulière au chœur régional.

Dans les périodes antérieures, les acteurs politiques somaliens étaient parmi les rares à exprimer avec persistance leurs préoccupations concernant l’ingérence étrangère dans la Corne de l’Afrique. Ces préoccupations, souvent centrées sur l’engagement dans le Golfe, ont souvent été rejetées comme étant isolées ou liées au contexte.

Toutefois, les évolutions contemporaines suggèrent un changement significatif. Des griefs similaires sont désormais exprimés dans un spectre géographique plus large – du Soudan à l’Éthiopie – indiquant l’émergence d’une conscience régionale partagée. Cette évolution reflète une reconnaissance croissante du fait que l’implication extérieure ne se limite pas à une localité ou à un groupe politique, mais constitue un phénomène structurel plus large affectant les économies politiques de la Corne.

La géopolitique sous le développement : une perspective d’investigation

Le rôle croissant des Émirats arabes unis en Afrique de l’Est appelle à la fois un examen minutieux et une analyse nuancée. Officiellement, les Émirats arabes unis se positionnent comme un partenaire de développement, investissant dans les ports, les infrastructures et la coopération économique. Pourtant, d’un point de vue enquêteur et universitaire, de tels engagements comportent souvent des dimensions stratégiques qui vont au-delà de la collaboration économique.

Dans les régions marquées par une fragilité institutionnelle et une contestation politique, les investissements extérieurs peuvent se transformer en levier politique. Les analystes affirment que l’implication des Émirats arabes unis – que ce soit par le biais de flux financiers, de partenariats de sécurité ou d’un alignement diplomatique – peut façonner les configurations de pouvoir internes de manière subtile mais conséquente.

Il ne s’agit pas nécessairement d’une intervention manifeste ; elle reflète plutôt la capacité des acteurs externes à influencer les trajectoires en s’engageant de manière sélective avec les acteurs étatiques et non étatiques. En Éthiopie comme au Soudan, de telles dynamiques sont de plus en plus débattues, en particulier là où les partenariats externes semblent se croiser avec des conflits internes en cours.

Fragilités internes, accélérateurs externes.

Le paysage politique de la Corne de l’Afrique est défini par plusieurs niveaux de complexité : pluralisme ethnique, griefs historiques et structures de gouvernance en évolution. Dans un tel environnement, l’engagement extérieur peut fonctionner comme un accélérateur, intensifiant les tensions existantes plutôt que de les résoudre.

De manière critique, la préoccupation exprimée par une partie de l’opinion publique éthiopienne est que des acteurs étrangers pourraient, intentionnellement ou non, contribuer à l’escalade des conflits internes. En s’alignant sur des politiques, des cadres de sécurité ou des acteurs politiques particuliers, les puissances extérieures risquent d’approfondir la polarisation.

Du point de vue de l’économie politique, cette interaction entre fragilité interne et influence externe crée une boucle de rétroaction dans laquelle l’instabilité attire l’intervention, et l’intervention, à son tour, renforce l’instabilité. Cette tendance est particulièrement évidente dans les zones de la Corne de l’Afrique sujettes aux conflits, où les intérêts nationaux et internationaux se chevauchent de plus en plus.

Medemer et le contre-argument de l’intégration.

Malgré ces critiques, une majorité importante continue de soutenir la politique d’Abiy Ahmed et du Parti de la prospérité au pouvoir. Au cœur de ce soutien se trouve la philosophie de Medemer, qui met l’accent sur l’unité, la synergie et le progrès collectif.

De ce point de vue, l’engagement international – y compris les partenariats avec les Émirats arabes unis – est présenté comme une nécessité pragmatique. Les partisans soutiennent que les ambitions de développement de l’Éthiopie nécessitent des investissements extérieurs, un transfert technologique et une intégration mondiale. De ce point de vue, les partenariats étrangers ne sont pas des instruments d’ingérence mais des véhicules de modernisation et de transformation économique.

Cette divergence met en évidence un clivage idéologique fondamental : la meilleure manière de préserver la souveraineté est-elle par un désengagement prudent ou par une participation stratégique aux réseaux mondiaux.

Proximité électorale et politique du récit.

Le moment choisi pour ces manifestations est particulièrement important étant donné l’approche des processus électoraux dans les régions éthiopiennes, y compris la région Somali. À mesure que les préparatifs de campagne s’intensifient, les récits politiques sont de plus en plus contestés et déployés stratégiquement.

Dans ce climat préélectoral, les allégations d’ingérence étrangère gagnent en importance. Les acteurs de l’opposition peuvent exploiter ces discours pour remettre en question la légitimité des dirigeants en place, tandis que les élites dirigeantes peuvent présenter les partenariats internationaux comme une preuve de leur force diplomatique et de leur clairvoyance en matière de développement.

Les manifestations ne peuvent donc pas être considérées indépendamment du contexte électoral plus large. Ils s’inscrivent dans un moment politique dynamique où convergent l’opinion publique, la stratégie des élites et le discours géopolitique. L’invocation d’une influence extérieure devient non seulement une expression d’inquiétude mais aussi un outil de mobilisation politique.

Conclusion : Naviguer dans les vents contraires du pouvoir et de la souveraineté.

Le discours en évolution en Éthiopie reflète une tension plus large à laquelle est confrontée la Corne de l’Afrique : comment concilier les impératifs de souveraineté avec les réalités de l’interdépendance géopolitique. La visibilité des sentiments anti-ingérence témoigne d’une demande croissante d’action, de transparence et de responsabilité dans la gestion des partenariats externes.

Dans le même temps, les conditions structurelles de la mondialisation rendent un désengagement complet ni réalisable ni souhaitable. Les acteurs externes tels que les Émirats arabes unis apportent des ressources, des opportunités et des partenariats stratégiques qui peuvent contribuer au développement. Pourtant, sans un calibrage minutieux, une telle implication risque de fausser la dynamique interne et d’exacerber les vulnérabilités existantes.

Alors que l’Éthiopie approche d’un moment électoral critique, l’interaction entre la politique intérieure et l’influence extérieure va probablement s’intensifier. Le défi pour les décideurs politiques et la société réside dans la construction d’un cadre d’engagement qui protège les intérêts nationaux tout en exploitant les avantages de la coopération internationale.

En dernière analyse, la stabilité et l’économie politique futures de la Corne de l’Afrique dépendront de la capacité de ses États à affirmer leur autonomie stratégique au sein d’un système interconnecté. C’est au sein de ces « vents latéraux voilés » – où se croisent les aspirations internes et les forces externes – que la véritable trajectoire de la région sera déterminée.

Mohamed Hassan Mohamed (Xareed), titulaire d’un MBA avec mérite distingué, est un universitaire et conférencier chevronné dont l’expertise couvre la gestion économique scientifique, les systèmes d’information d’entreprise, le développement humain et une gamme de domaines interdisciplinaires. Ses contributions intellectuelles, marquées par une fusion de recherches scientifiques avancées et d’analyse stratégique, explorent principalement la dynamique complexe de la concurrence géoéconomique et des conflits régionaux dans la Corne de l’Afrique.

NDLR : L’article est paru en premier sur la page SM de Kebour Ghenna

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