Rapport sur la stabilité financière : stable, jusqu’à ce qu’il ne le soit plus

Maria

Stabilité financière de l’Éthiopie _ Kebour Ghenna Stabilité financière de l’Éthiopie _ Kebour Ghenna

Par Kebour Ghenna

Le dernier rapport sur la stabilité financière délivre un message rassurant : le système financier éthiopien est solide, résilient et en amélioration. Le capital est fort. La liquidité est abondante. La rentabilité augmente. La croissance a rebondi. L’inflation ralentit. La finance numérique est en plein essor.

Bref, tout va bien.

Mais les rapports de stabilité sont rédigés par temps calme. Ils mesurent les conditions d’hier et les projettent vers l’avant, en supposant que demain se comportera comme aujourd’hui. C’est leur force et leur angle mort.

La première question qui mérite d’être posée est simple : stable pour qui et dans quelles conditions ?

Le rapport met en évidence un système bancaire doté de capitaux bien supérieurs aux minimums réglementaires. Réconfortant, certainement. Pourtant, les ratios de fonds propres ne protègent pas contre l’incertitude ; ils constituent un instantané des bilans selon les hypothèses actuelles. Lorsque les conditions changent, lorsque le crédit se détériore, que la liquidité se resserre ou que la confiance vacille, ces réserves rassurantes peuvent diminuer plus rapidement que prévu. L’histoire financière est jonchée d’institutions qui étaient « bien capitalisées » jusqu’à ce qu’elles ne le soient plus.

Ensuite, il y a la question de la concentration. Une banque, LA Banque Commerciale d’Ethiopie, domine le système à tel point qu’elle est classée comme d’importance systémique. Le rapport note qu’il a réussi les tests de résistance, ce qui est bienvenu. Mais la nécessité même de cibler une institution particulière raconte sa propre histoire. Il ne s’agit pas d’un système de risque largement réparti ; c’est un système qui repose fortement sur un seul pilier. Lorsque la stabilité dépend d’un seul pilier, le système n’est pas diversifié, il est concentré.

Les moyennes peuvent également induire en erreur. La liquidité à l’échelle du secteur semble robuste. Pourtant, sous la surface, un certain nombre de banques ont échoué aux tests de crise de liquidité et ont été invitées à soumettre des plans de redressement. Ce détail compte plus que les gros titres. En finance, la moyenne est souvent l’endroit où le risque se cache. Quelques grandes institutions peuvent faire grimper la moyenne tandis que les plus petites sont déjà sous pression. Dans de tels cas, la stabilité est inégalement répartie.

Le contexte macroéconomique s’est indéniablement amélioré. La croissance s’est accélérée, l’inflation est en baisse et les réformes politiques gagnent du terrain. Ce sont de véritables réalisations. Mais ils peuvent aussi représenter la phase la plus facile de l’ajustement, les gains initiaux qui suivent la stabilisation. La question la plus difficile est de savoir si cette amélioration est auto-entretenue ou si elle dépend d’un soutien politique continu et de conditions favorables. La croissance pendant la reprise n’est pas la même chose que la résilience sous pression.

L’expansion rapide de la finance numérique est un autre point de fierté. Les valeurs des transactions ont augmenté, élargissant l’accès et l’efficacité. Mais l’échelle comporte ses propres risques. Les systèmes numériques n’éliminent pas la fragilité ; ils peuvent l’amplifier. Plus l’activité est acheminée via des plates-formes interconnectées, plus le risque de perturbations, qu’il s’agisse de pannes techniques, de fraudes ou de cybermenaces, de se propager à travers le système est grand.

Un changement plus discret est également en cours. Les institutions nationales, notamment les fonds de pension et de sécurité sociale, jouent un rôle croissant dans le financement des titres publics. Cela pourrait réduire les coûts d’emprunt et approfondir les marchés locaux. Cela peut également accroître l’interdépendance au sein du système. Lorsque les banques, les fonds publics et le financement public deviennent étroitement liés, la stabilité peut dépendre du bon fonctionnement continu de l’ensemble de ce réseau. Ce qui apparaît comme une force dans les bons moments peut se révéler comme un enchevêtrement dans les moments plus difficiles.

Rien de tout cela ne suggère que le système n’est pas solide. Au contraire, des progrès évidents ont été réalisés. Le capital est plus fort. La liquidité s’est améliorée. Les conditions macroéconomiques sont plus favorables. Ce sont des gains significatifs.

Mais la stabilité n’est pas une destination ; c’est une condition qui ne tient que tant que les hypothèses sous-jacentes restent intactes.

Et c’est là la tension discrète qui parcourt le rapport. Derrière ce langage rassurant se cache un système encore façonné par la concentration, une liquidité inégale, une complexité croissante et une dépendance à l’égard de la confiance qui ne peut pas être mesurée aussi facilement que les ratios de capital ou les taux de croissance.

C’est stable, oui.

Mais comme tous les systèmes financiers, il est stable, jusqu’à ce qu’il ne le soit plus.

Note de l’éditeur : L’article est apparu en premier sur la page SM personnelle de l’auteur.

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