L’ambiguïté juridique de la formule gazière 50/25/25 de l’Ogaden

Maria

Comment la promesse éthiopienne de prospérité partagée reste une loi en attente à la Chambre du pouvoir

Mohamud A. Ahmed

Peu de questions dans l’économie politique en pleine évolution de l’Éthiopie ont suscité autant de curiosité et d’incompréhension du public que la question de savoir à qui appartiennent légitimement les réserves de gaz de l’Ogaden. La désormais célèbre formule « 50/25/25 » – cinquante pour cent des recettes pour la région productrice, vingt-cinq pour cent pour le gouvernement fédéral et vingt-cinq pour cent pour le reste de l’Éthiopie – est devenue un point focal à la fois d’aspiration et de confusion. Pourtant, derrière le débat populaire se cache une réalité juridique, constitutionnelle et administrative plus complexe. Bien qu’articulée par la Chambre de la Fédération en 2019 comme principe de partage équitable, la formule n’a toujours pas été ratifiée par la Chambre des représentants du peuple et n’a donc pas d’application légale. Cet essai explore la dynamique constitutionnelle et fiscale derrière la controverse, tout en clarifiant les idées fausses amplifiées par les médias sociaux à la lumière des récentes remarques faites par le président de l’État régional somalien.

J’ai écouté attentivement la récente déclaration faite par le Président de l’État régional somalien lors de la présidence éthiopienne Jour du drapeauoù il a abordé la question du gaz de l’Ogaden et de la part régionale qui revient à ses habitants. Ses paroles ont résonné dans toute la région Somali et au-delà, déclenchant de nombreux commentaires, spéculations et parfois confusion. Près de quatre-vingt-dix pour cent des réactions sur les réseaux sociaux semblent avoir mal interprété ou simplifié à l’extrême son message, le traduisant soit en une déclaration populiste de propriété, soit en une revendication de souveraineté sur les ressources détachée du contexte constitutionnel.

C’est précisément cette interprétation erronée qui a attiré mon attention et renouvelé ma curiosité académique. En tant que personne profondément investie dans l’étude de la gouvernance et du fédéralisme fiscal en Éthiopie, j’ai jugé nécessaire de revisiter les fondements juridiques et institutionnels du débat. Je suis ce dossier depuis des années, examinant à la fois les proclamations fédérales et les aspirations régionales, et le discours public actuel risque d’induire la population en erreur s’il n’est pas clarifié. La déclaration du président, en vérité, s’aligne largement sur ce qui est connu au sein de la communauté politique et juridique, bien qu’elle ne soit pas encore codifiée dans le droit statutaire. Ce qu’il a exprimé représente une aspiration politique légitime, ancrée dans une vérité institutionnelle partielle mais en attente d’une pleine maturité juridique.

L’architecture constitutionnelle de l’Éthiopie a été conçue pour concilier le principe de propriété nationale partagée avec le droit de participation régionale. L’article 51 de la Constitution fédérale habilite le gouvernement fédéral à promulguer des lois sur l’utilisation des ressources naturelles, tandis que l’article 52 autorise les États régionaux à administrer les ressources dans le cadre du droit fédéral. La Constitution prévoit donc un système de souveraineté concurrenteoù le centre et les périphéries détiennent des parts dans la richesse nationale, mais où la suprématie législative appartient au gouvernement fédéral.

Dans le secteur pétrolier, ce principe se manifeste à travers Accords de partage de production (PSA) négocié par le ministère des Mines et le ministère des Finances au nom de l’État éthiopien. Ces accords définissent le régime fiscal qui régit l’exploration, l’extraction et la distribution. Les éléments clés comprennent redevance payé sous la forme d’un pourcentage fixe de la production brute, recouvrement des coûts des allocations qui remboursent l’investisseur, profit du gaz qui est partagé entre l’État et l’entrepreneur, et impôts sur les sociétés versé au Trésor fédéral. Chacune de ces composantes est régie par le droit national et mise en œuvre par l’autorité fédérale.

L’État régional somalien, bien qu’il abrite les vastes réserves de gaz du bassin de l’Ogaden, n’est pas directement signataire de ces contrats. Sa revendication fiscale découle d’un politique et non d’un contrat. Pendant des décennies, ce déséquilibre structurel a généré de la frustration : la région supporte les coûts sociaux et environnementaux de l’extraction sans récompense économique proportionnée. En réponse à cette tension, le Maison de la Fédération en 2019, il a proposé une nouvelle formule de partage des revenus pétroliers, recommandant que cinquante pour cent des revenus du gouvernement provenant du gaz soient alloués à la région productrice, vingt-cinq pour cent soient conservés par le gouvernement fédéral et vingt-cinq pour cent soient répartis entre les régions restantes.

Ce cadre a été célébré dans toute la région Somali comme un geste de reconnaissance très attendu – un remède partiel à la négligence historique. Pourtant, son statut constitutionnel reste précaire. Le Maison de la Fédération Il possède un pouvoir interprétatif sur les questions de recettes intergouvernementales, mais il ne promulgue pas de lois fiscales. Le pouvoir législatif de ratifier et de rendre opérationnelles ces formules appartient au Chambre des représentants du peuple. Aucun document public ni loi publiée ne confirme que cet organisme a ratifié la formule 50/25/25. Par conséquent, même si le principe existe en tant que résolution politique et directive administrative, il n’a pas encore force de loi contraignante.

Cette distinction entre déclaration de politique et texte légal est au cœur du système de fédéralisme fiscal éthiopien. Sans ratification formelle, la formule ne peut pas être mise en œuvre comme une obligation budgétaire. Le ministère des Finances continue de collecter des redevances, des parts de bénéfices et des taxes en vertu de la législation pétrolière en vigueur, tandis que les transferts fiscaux intergouvernementaux suivent le système budgétaire fédéral établi. Par conséquent, les revenus du gaz de l’Ogaden restent sous gestion fédérale jusqu’à ce que le processus législatif élève la formule en droit statutaire.

La question dépasse cependant la mécanique juridique : elle touche à la question philosophique de la justice des ressources. Pour la région Somali, la poursuite d’une part de cinquante pour cent n’est pas un plaidoyer en faveur d’un privilège mais une exigence d’équité. Il représente une vision de développement participatif, où ceux qui vivent sur les terres qui soutiennent l’économie nationale peuvent participer directement à ses fruits. Pour le gouvernement fédéral, le défi consiste à équilibrer ces droits régionaux avec la stabilité macroéconomique nationale et l’équité interrégionale.

L’incompréhension du public à l’égard de la déclaration du président reflète la lutte plus large visant à traduire une politique budgétaire complexe dans un langage public accessible. Dans son discours du Jour du drapeau, l’affirmation du président selon laquelle « cinquante pour cent du gaz nous appartient et cinquante pour cent au reste de l’Éthiopie » n’était pas une revendication unilatérale de propriété, mais une expression simplifiée d’un principe de partage des revenus longtemps débattu. Ses propos faisaient écho à l’essence de la proposition de la Chambre de la Fédération de 2019, qui reconnaissait effectivement un tel arrangement en principe. La confusion ne vient pas de la véracité de sa déclaration, mais de la ambiguïté juridique entourant sa mise en œuvre.

l’Ethiopie fédéralisme des ressources reste à la croisée des chemins. D’un côté se trouve l’aspiration à une prospérité décentralisée ; de l’autre, la nécessité d’une cohérence budgétaire. L’absence d’un cadre ratifié et transparent risque de perpétuer les disparités mêmes que la formule 50/25/25 était censée corriger. La clarté n’est donc pas seulement un impératif juridique mais aussi une nécessité politique. Pour maintenir la confiance du public, le gouvernement doit soit codifier la formule, soit clarifier publiquement sa position actuelle au sein du système fiscal national.

À l’heure actuelle, la question reste en suspension législative. Le Décision de la Chambre de la Fédération de 2019 n’a été ni rectifié ni ratifié par le Chambre des représentants du peuple. Il existe dans les limbes – un principe sans statut, une promesse sans mise en œuvre. En attendant la codification parlementaire, la formule 50/25/25 continuera à osciller entre aspiration et autorité, citée dans les discours et célébrée lors des rassemblements, mais inapplicable devant les tribunaux ou dans le budget.

Conclusion et clause de non-responsabilité concernant la recherche

En conclusion, l’affirmation selon laquelle cinquante pour cent du gaz de l’Ogaden appartiennent à l’État régional Somali est fausse. politiquement précis dans l’esprit mais forme juridiquement incomplète. Les remarques du président lors de la célébration du Jour du drapeau reflètent une aspiration légitime conforme à l’intention du cadre de la Chambre de la Fédération de 2019, bien que l’absence de ratification parlementaire en fasse une déclaration de principe non contraignante. La formule représente un équilibre moral – une vision de l’équité toujours en attente du caractère sacré procédural de la loi.

Cet article est le résultat d’une recherche personnelle et d’une réflexion analytique. J’ai abordé ce sujet en raison d’un profond intérêt intellectuel et en réponse aux nombreuses questions que j’ai reçues à ce sujet, notamment à la suite des récentes remarques du Président. Il ne constitue pas un avis juridique et ne reflète pas la position officielle du gouvernement fédéral éthiopien ou de l’État régional somalien. Le cadre 50/25/25 reste en suspens, non ratifié et en cours de délibération au sein de la structure législative éthiopienne.

Mohamud A. Ahmed – Cagaweyne est chroniqueur, analyste politique et chercheur
Groupe de conseillers Greenlight, région somalienne d’Éthiopie. Il est joignable au : +251 900 644 648

Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.

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