

Par – Habte H.
Ce soir (aux États-Unis et au Canada), Abiy Ahmed, flanquée de son cabinet et de ses cadres fidèles, inaugurera le grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD). Le gouvernement dépeint l’événement comme une réalisation historique, un moment de triomphe national. Les médias d’État et les blogueurs alignés par le régime ont déjà inondé les ondes de louanges émotionnelles, de poésie et de slogans orchestrés. Daniel Kibret, le propagandiste favorisé de l’administration, est même allée jusqu’à la salle de stylo glorifiant les «larmes» d’Abiy, transformant la cérémonie en un autre spectacle de personnalité culte plutôt que de la fierté nationale.
Et pourtant, sur le terrain – et sur les réseaux sociaux en dehors des chambres d’écho des loyalistes du parti au pouvoir – il y a un silence troublant. La plupart des Éthiopiens restent insensibles. Pour un projet qui a consommé des milliards de dollars, une propagande sans fin et une fois incarné un rêve national unificateur, le absence d’enthousiasme du public est frappant. Comment un barrage qui symbolisait le sacrifice collectif et la fierté a-t-il rencontré une indifférence? La réponse ne réside pas dans les murs en béton du RGO, mais dans les réalités politiques et sociales fracturées de l’Éthiopie d’aujourd’hui.
1. Le barrage entre les mains d’un distracteur, pas un constructeur
Le RGO était censé être un symbole de l’unité, de la dignité et de la fierté nationale. Mais pour la plupart des Éthiopiens, le projet ne se sent plus comme le leur. Il est éclipsé par l’homme qui est venu incarner la division et la destruction. Abiy Ahmed, une fois salué comme réformateur, est depuis longtemps transformé en autocrate présidant des guerres dévastatrices – de Tigray à Amhara et Oromia. Des communautés entières ont été déplacées, des milliers de personnes tuées et d’innombrables autres traumatisées.
Au lieu de se souvenir comme un leader qui fait partie de la construction intergénérationnelle du plus grand projet d’infrastructure de l’Éthiopie, Abiy est considérée comme quelqu’un qui a piloté la victoire du pays. Le RGO, dans ce contexte, ne devient qu’un autre trophée politique entre les mains d’un distracteur, pas un véritable constructeur. Pour beaucoup, célébrer le barrage sous sa direction ressemble à célébrer aux côtés de la personne même qui a démantelé le tissu social de la nation.
2. Éclipsé par une douleur plus profonde
Encore plus puissant que le symbolisme politique est le poids de la crise nationale actuelle. Les Ethiopiens saignent aujourd’hui, de deuil et affamés. Des millions de personnes sont déplacées, les familles pleurent pour les êtres chers perdus dans les conflits et la famine se profile dans plusieurs régions. Dans un tel contexte, qui a l’appétit pour danser lors de l’inauguration d’un barrage?
Les infrastructures, aussi massives, ne peuvent pas éclipser les souffrances immédiates. Pour les Éthiopiens ordinaires confrontés à la faim, à l’insécurité et au déplacement, l’inauguration du RGO est hors de propos. L’électricité du barrage peut éclairer les villes, mais elle ne peut pas éclairer le cœur de ceux qui sont écrasés par la guerre et les difficultés.
3. Scepticisme à propos de l’achèvement
Une autre raison de l’indifférence est le scepticisme. Pendant des années, le RGOD a été enveloppé dans la propagande politique. Les annonces officielles concernent souvent plus le spectacle que la substance, et de nombreux citoyens croient que le projet n’est pas vraiment terminé. Pour eux, l’inauguration concerne moins une véritable réussite et plus sur le théâtre politique – un événement mis en scène destiné à polir l’image d’Abiy au pays et à l’étranger.
Pourquoi célébrer quelque chose qui ne semble pas fini, incertain ou exagéré? De nombreux Éthiopiens préfèrent économiser leur énergie pour un moment futur – lorsque le barrage peut être véritablement célébré, sans propagande, sous un gouvernement en qui ils ont confiance.
4. Un symbole de légitimité perdue
L’absence d’enthousiasme met également en évidence l’écart d’élargissement entre le peuple éthiopien et leurs dirigeants. Le RGOD était autrefois un projet populaire, construit à partir des poches de citoyens qui ont acheté des obligations et ont contribué des dons. Mais aujourd’hui, il est conçu comme la réalisation d’un homme et de son cercle. En monopolisant le récit, Abiy a aliéné le public de ce qui était autrefois un rêve partagé. Le barrage est désormais non comme un symbole unificateur, mais comme un rappel de la mesure dans laquelle le gouvernement a dérivé de son peuple. Son inauguration est moins une fête nationale qu’une fête privée pour les personnes au pouvoir.
5. En attendant le bon moment
Enfin, de nombreux Éthiopiens croient qu’il viendra un moment pour vraiment célébrer le RGO – mais ce temps n’est pas maintenant. La célébration, à leurs yeux, nécessite un gouvernement légitime qui représente le peuple et un environnement politique où la joie est authentique plutôt qu’imposée. Le RGOR mérite un festival national, et non une cérémonie mise en scène présidée par un régime discrédité. Pour l’instant, les Éthiopiens retiennent leur fierté, le sauvant pour le jour où ils peuvent se réjouir librement – sans se sentir complices de propagande ou de célébration sous l’ombre de la dictature.
Conclusion: une cérémonie pour les rares
Alors qu’Abiy et ses loyalistes coupent des rubans et récitent des discours à l’inauguration du RGO, ils sembleront probablement triomphants. Pourtant, sous la cérémonie se trouve un profond silence. La journée ne restera pas dans les mémoires comme une célébration nationale unificatrice, mais comme un autre exemple de l’isolement du régime des personnes qu’elle prétend servir.
Pour de nombreux Éthiopiens, le RGO ne appartient pas à Abiy et à son cercle intérieur. Il appartient aux citoyens qui ont sacrifié, qui ont payé et qui rêvait d’un avenir meilleur. Jusqu’à ce qu’il y ait un gouvernement qui reflète cet esprit collectif, le barrage restera un symbole inachevé – puissant, mais éloigné des personnes mêmes qu’elle était censée autonomiser.
Note de l’éditeur: les vues dans l’article ne reflètent pas nécessairement les vues de Togolais.info
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