

Réflexions sur les poursuites démocratiques et les ramifications régionales
Par Mohamud A. Ahmed – Cagaweyne


Le 13 novembre 2024, le Somaliland a organisé son élection présidentielle, un événement qui a attiré l’attention de toute l’Afrique. Bien que le paysage politique soit dominé par les affiliations claniques, le processus électoral pacifique et le niveau louable de liberté des médias se sont révélés être des réalisations notables. Pourtant, même si cette démonstration démocratique reflète les aspirations à un avenir meilleur, les résultats officiels n’ont pas encore été publiés, jetant une ombre d’anticipation sur la région. Derrière ce vernis de progrès, des complexités plus profondes se profilent, menaçant de modifier le délicat équilibre des pouvoirs dans la Corne de l’Afrique et dans le corridor de la mer Rouge.
Un héritage d’autodétermination rencontre les conflits modernes
Depuis plus de trois décennies, le Somaliland projette un récit de paix et d’autonomie politique depuis sa déclaration d’indépendance du gouvernement fédéral somalien. Cependant, le chemin vers la reconnaissance internationale est resté insaisissable, encore compliqué par les défis récents. En 2023, l’ancien président Muse Bihi, confronté à une pression politique croissante, a pris la décision drastique de lancer une offensive militaire contre la ville de Las Anod. Cet acte, visant à consolider le pouvoir dans un contexte de résistance croissante, a rencontré une opposition farouche et a abouti à une défaite face aux milices de la CSS. L’échec de l’offensive a non seulement érodé la crédibilité de Bihi, mais a également aggravé la détresse politique et économique.
Cette erreur militaire a mis à rude épreuve le réseau d’alliances de Bihi, notamment le soutien d’acteurs régionaux clés tels que Djibouti. Les conséquences ont laissé le Somaliland aux prises avec une paix fragile et des perspectives incertaines de reconnaissance tant souhaitée. Économiquement affaiblie et politiquement isolée, la république séparatiste est confrontée à des questions sur sa capacité à maintenir la stabilité dans un paysage géopolitique de plus en plus complexe.
Le facteur Ciro : un catalyseur de changement ou de continuité ?
Si Abdirahman Mohamed Abdullahi, largement connu sous le nom de Ciro, remporte la victoire, la dynamique régionale pourrait changer radicalement. La réputation de Ciro en matière de diplomatie suggère une tendance à rouvrir les négociations bloquées avec le gouvernement fédéral somalien – une décision audacieuse qui pourrait ouvrir un nouveau chapitre dans les relations entre le Somaliland et la Somalie. Cependant, un tel changement a des implications pour les poids lourds régionaux comme l’Éthiopie. Pendant le mandat de Bihi, le Somaliland et l’Éthiopie ont signé un protocole d’accord crucial, renforçant les liens mais créant des tensions avec Mogadiscio. L’administration de Ciro pourrait diminuer la priorité de ce protocole d’accord et se concentrer sur les questions intérieures urgentes, même s’il est peu probable qu’il l’abandonne complètement.
Ce changement d’orientation potentiel pourrait déclencher des recalibrages diplomatiques, non seulement avec l’Éthiopie mais dans toute la Corne de l’Afrique. L’ampleur de ces changements dépend de la capacité du Ciro à équilibrer les efforts de stabilisation interne avec les engagements régionaux, tout en maintenant la quête de reconnaissance du Somaliland sur la scène internationale.
Président Hassan Sheikh Mohamud : naviguer dans la stratégie au milieu de la survie
Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud se trouve à la croisée des chemins. Le contrôle territorial du gouvernement fédéral s’est affaibli par rapport à l’administration Farmaajo précédente, suscitant des inquiétudes quant à la trajectoire de la Somalie. Les critiques soutiennent que la stratégie de Mohamud manque de cohérence pour gérer les défis internes tout en s’engageant efficacement sur la scène régionale. Sa récente alliance avec l’Érythrée et l’Égypte à Asmara – destinée à contrebalancer l’influence éthiopienne – ajoute un autre niveau de complexité. Cette coalition risque d’empêtrer la Somalie dans des jeux de pouvoir extérieurs qui donnent la priorité aux intérêts stratégiques plutôt qu’à la stabilité nationale.
Les observateurs préviennent que sans un pivot stratégique, Mogadiscio pourrait se retrouver prise au piège de rivalités géopolitiques qui saperaient sa souveraineté et fragmenteraient davantage l’État.
La voie prospective de Ciro : la réconciliation avant les représailles
Si Ciro prend la tête du pays, le Somaliland pourrait s’orienter vers une réconciliation pragmatique. Les analystes pensent que son objectif initial sera de résoudre les conflits internes, en particulier avec la CSS, et de favoriser l’harmonie entre les clans. Une telle stratégie pourrait créer un terrain fertile pour un engagement renouvelé avec le gouvernement fédéral somalien. Cependant, le véritable test sera de savoir si les efforts de Ciro peuvent concilier les aspirations locales et le contexte régional plus large.
L’Éthiopie, désireuse de maintenir son ancrage stratégique, pourrait faire pression sur Ciro pour qu’elle respecte les engagements pris. Pendant ce temps, le président djiboutien Ismail Omar Guelleh pourrait adopter une position prudente, évaluant la manière dont Ciro gère la dynamique politique complexe de la Corne avant de réaligner ses intérêts stratégiques.
Mission de maintien de la paix : l’exclusion de l’Éthiopie et le pari sécuritaire de la Somalie
Au milieu de ces changements politiques, la prochaine mission de maintien de la paix en Somalie suscite à la fois espoir et scepticisme. On s’attend largement à ce que l’Éthiopie soit exclue de cette mission, une décision qui a suscité un débat sur la question de savoir si elle correspond aux meilleurs intérêts de sécurité de la Somalie. L’Éthiopie a toujours joué un rôle important dans les efforts régionaux de maintien de la paix, contribuant aux opérations antiterroristes et à la stabilisation des zones en proie aux insurrections. Son exclusion pourrait remettre en cause l’efficacité de la mission, notamment pour contenir les menaces terroristes telles qu’Al-Shabaab, alors que la Somalie continue de construire une armée nationale capable d’affirmer son contrôle sur l’ensemble de son territoire.
Les critiques affirment que mettre l’Éthiopie sur la touche risque de compromettre les objectifs de la mission. La principale raison derrière cette exclusion semble être le protocole d’accord controversé entre le Somaliland et l’Éthiopie, qui a tendu les relations entre l’Éthiopie et le gouvernement fédéral somalien. Cependant, pour que la Somalie puisse poursuivre une stratégie plus large et plus sûre, elle doit regarder au-delà du mémorandum d’accord. Le désaccord, bien qu’important, pourrait être atténué si les deux nations s’engageaient dans un dialogue significatif visant à résoudre les tensions. Des discussions constructives pourraient ouvrir la voie à une solution mutuellement acceptable, garantissant que le protocole d’accord ne devienne pas une pierre d’achoppement compromettant la mission de sécurité dans son ensemble.
S’appuyer uniquement sur le protocole d’accord pour justifier l’exclusion de l’Éthiopie risque de compromettre le succès de la mission. La Somalie doit reconnaître que la cohésion régionale et les efforts collaboratifs de maintien de la paix sont essentiels pour parvenir à une stabilité à long terme. Aborder le protocole d’accord par la voie diplomatique pourrait contribuer à réduire les divisions, à renforcer la coopération régionale en matière de sécurité et à garantir que la mission atteint ses objectifs sans laisser la Somalie vulnérable aux menaces insurrectionnelles ou à une instabilité prolongée.
Un équilibre diplomatique : les liens locaux contre les échos lointains
La perspective de réunifier le Somaliland et la Somalie repose sur le sens diplomatique des dirigeants de Mogadiscio. Pour tracer une voie constructive, le président Hassan Sheikh Mohamud doit renforcer ses partenariats avec les principaux acteurs régionaux – le Kenya, l’Éthiopie et Djibouti – afin de consolider des alliances fondées sur le respect mutuel et des objectifs partagés. La constitution d’un réseau d’alliés régionaux pourrait constituer une base plus solide que le recours à des puissances lointaines dont les intérêts entrent souvent en conflit avec les besoins régionaux. Instaurer un dialogue qui résonne dans les capitales de Nairobi, Addis-Abeba et Djibouti – plutôt que de s’appuyer sur les échos des couloirs étrangers – pourrait redéfinir l’influence régionale et la position stratégique de la Somalie.
Une nouvelle aube pour la négociation et l’unité
Cette période de transition politique présente une opportunité cruciale pour la Somalie : une chance de relancer des négociations fondées sur le respect mutuel, l’unité et la coopération régionale. Le recalibrage des liens entre le Somaliland et la Somalie, sous un leadership qui donne la priorité à une diplomatie ancrée dans des partenariats locaux, pourrait devenir un modèle de paix durable. En intégrant la politique étrangère dans des partenariats authentiques à travers la Corne de l’Afrique, la Somalie pourrait non seulement protéger ses progrès durement acquis, mais aussi susciter l’espoir d’un avenir qui transcende les divisions historiques.
Cependant, de nombreux experts restent sceptiques quant au leadership du président Hassan Sheikh Mohamud. Au cours des deux dernières années, son mandat a été marqué par ce que les critiques qualifient de gouvernance incompétente, mettant en péril les acquis laborieusement obtenus au cours des sept dernières années. Un nouveau leadership au Somaliland, s’il est dirigé par Ciro, pourrait offrir à Mogadiscio l’occasion de relancer les négociations au point mort et de rétablir les relations diplomatiques. Pour tirer parti de ce moment, Mohamud doit désamorcer les tensions avec l’Éthiopie et donner la priorité à la diplomatie plutôt qu’aux alliances fondées sur l’illusion. Autrement, la Somalie risque d’exacerber ses vulnérabilités et de saper ses aspirations à l’unité et à la résilience régionales.
L’écrivain est joignable au numéro de téléphone suivant : +251900644648
Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info
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