

Nama Nekemto
Toute analyse économique solide et significative d’une nation doit être fondamentalement ancrée dans un examen approfondi de sa stabilité politique et de son paysage sécuritaire. Tenter une évaluation économique indépendamment de ces piliers fondamentaux conduirait inévitablement à une représentation déformée et non représentative de la véritable situation économique du pays. Une telle analyse aurait une utilité pratique limitée et serait incapable de fournir des informations exploitables ou des solutions viables.
Compte tenu de la situation contemporaine en Éthiopie, il est évident que le pays est aux prises avec un conflit généralisé et de profonds problèmes de sécurité dans diverses régions. Dans cet environnement tumultueux, une part importante des ressources limitées du pays, y compris les prêts internationaux, est malheureusement détournée vers le maintien de conflits internes et l’acquisition de matériel militaire. Dans un contexte où les citoyens sont déplacés de chez eux, perdent la vie et sont confrontés à de graves perturbations des services essentiels en raison de la guerre en cours, tout discours sur la croissance économique semble détaché des dures réalités du terrain.
L’impact dévastateur du conflit s’étend au-delà des victimes immédiates ; elle érode systématiquement le capital humain, décime les infrastructures critiques, entrave gravement les investissements étrangers et nationaux et fragilise fondamentalement le tissu social et psychologique de la société. Dans de telles conditions, la perspective d’un développement économique soutenu et à long terme devient pratiquement intenable.
Dans cette optique, la récente analyse économique présentée par le Dr Yonas Birru semble s’écarter considérablement des réalités dominantes de l’Éthiopie. Une omission critique dans l’analyse est son incapacité à intégrer de manière adéquate la crise sécuritaire pressante du pays et ses répercussions profondes et omniprésentes sur l’économie. Cet oubli diminue la robustesse analytique du travail, suggérant une sous-estimation potentielle de la situation sécuritaire en tant que simple facteur périphérique. Une telle approche limite intrinsèquement la compréhension de l’interaction complexe entre les causes profondes et les effets observables des difficultés économiques du pays. Par conséquent, l’analyse peine à identifier avec précision les problèmes fondamentaux ou à proposer des voies crédibles vers des solutions durables.
Faire un parallèle entre les « tigres asiatiques » et la situation économique actuelle de l’Éthiopie, c’est comme comparer des pommes et des oranges.
L’analyse du Dr Yonas Birru établit des parallèles entre la situation contemporaine de l’Éthiopie et les premières trajectoires de croissance de la Chine, du Vietnam et de la Corée du Sud. Bien que les études comparatives enrichissent sans aucun doute le discours universitaire, je soutiens que les comparaisons susmentionnées négligent les disparités fondamentales lorsqu’elles sont comparées aux réalités complexes actuelles de l’Éthiopie.
L’une des pierres angulaires de l’ascension économique rapide qu’ont connue ces nations asiatiques a été leur profonde stabilité politique interne et leur cohésion sociétale. Au cours de leurs phases cruciales de développement, leurs gouvernements respectifs ont largement maintenu des relations harmonieuses avec leurs populations, favorisant une vision nationale collective et un leadership politique largement accepté. Ce socle de stabilité interne constituait une base indispensable à un développement économique durable. À l’opposé, l’Éthiopie contemporaine est aux prises avec des conflits internes profonds et omniprésents. Les affrontements fréquents entre les forces de l’État et divers groupes armés ont précipité de graves crises humanitaires et exacerbé la fragmentation sociétale, marquant une trajectoire nettement divergente des points de départ du développement des économies asiatiques.
En outre, les triomphes économiques de ces pays asiatiques ont été soutenus par des environnements de sécurité solides. Cette stabilité a joué un rôle déterminant pour attirer et soutenir les investissements nationaux et étrangers, tout en favorisant un secteur touristique florissant. Ils n’ont pas été confrontés à des failles de sécurité omniprésentes qui pourraient dissuader les investisseurs potentiels ou mettre en danger des secteurs économiques critiques. La réalité éthiopienne présente cependant une profonde divergence. Au cours des six dernières années seulement, l’insécurité persistante a contraint des centaines d’investisseurs locaux et internationaux à fermer leurs opérations et à déplacer leurs projets vers d’autres pays africains. Les flux touristiques au cours de ces six années sont également devenus inexistants. Cette instabilité généralisée a effectivement étouffé les aspirations économiques et réduit considérablement le potentiel de développement du pays.
Enfin, un facteur crucial mais sous-estimé dans l’article du Dr Yonas Birru est le degré d’acceptation publique et de légitimité dont jouissent ces gouvernements asiatiques. À des degrés divers, ces trois gouvernements asiatiques bénéficiaient d’un large soutien et d’une confiance populaire, ce qui était fondamental pour la mise en œuvre réussie de politiques économiques à long terme et pour garantir une large participation nationale. L’administration actuelle en Éthiopie, dirigée par le Premier ministre Abiy Ahmed, est cependant confrontée à un déficit important de confiance du public et d’acceptation par une partie importante de la population éthiopienne. Cette érosion généralisée de la confiance du public remodèle invariablement le caractère de toute initiative économique. Beaucoup perçoivent les « investissements » actuels moins comme des éléments de véritables stratégies de développement approuvées au niveau national, mais plutôt comme des efforts visant à consolider le pouvoir gouvernemental et à perpétuer le système existant.
Par conséquent, la tentative du Dr Yonas Birru de contextualiser les défis contemporains de l’Éthiopie dans les récits historiques des « Tigres asiatiques » risque non seulement de donner une évaluation inadéquate des difficultés intrinsèques de la nation, mais pourrait également orienter les discussions politiques sur une voie improductive, offrant un optimisme déplacé. La formulation de toute solution véritablement efficace et durable nécessite une évaluation rigoureuse et fondée sur la réalité de la situation interne unique et complexe de l’Éthiopie.
Conclusion
L’évaluation économique d’un individu qui prétend être un économiste et qui néglige ces variables fondamentales risque de servir des objectifs accessoires, qu’ils soient politiques ou personnels, plutôt que de contribuer véritablement à la quête essentielle d’une paix et d’un développement durables en Éthiopie. L’élaboration d’études qui favorisent véritablement la prospérité économique à long terme exige une profonde maturité et un courage inébranlable pour affronter de front les réalités complexes et souvent difficiles d’un pays.
Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.
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