John Dramani Mahama serait confronté à des pressions croissantes de la part de son parti, le National Democratic Congress (NDC), pour ouvrir une enquête formelle sur les opérations du Bureau du procureur spécial (OSP). Selon des sources, des personnalités influentes du parti sont mécontentes de ce qu’elles considèrent comme une sous-performance du Bureau et une possible mauvaise gestion, et exhortent le président à agir éventuellement en limogeant l’actuel procureur spécial et en nommant quelqu’un perçu comme plus compétent.
Une pétition citoyenne a déjà été remise au Président, alléguant que l’OSP s’est engagé dans des dépenses extravagantes et une mauvaise utilisation des fonds publics, justifiant ainsi un examen externe. Les critiques affirment que l’institution même chargée de lutter contre la corruption doit elle-même rendre des comptes.
Dans ce contexte, une question cruciale se pose : le président Mahama peut-il légitimement enquêter et peut-être destituer un procureur spécial qui est à la fois un ami personnel proche et responsable de son exonération dans le scandale Airbus en 2024 ?
Contexte historique de l’OSP
Le Bureau du procureur spécial a été créé en vertu de la loi de 2017 sur le bureau du procureur spécial (loi n° 959 de 2017), qui a été adoptée par le Parlement et est entrée en vigueur début 2018.
L’objet de la loi est d’enquêter et de poursuivre des cas spécifiques de corruption et d’infractions liées à la corruption impliquant des agents publics, des personnes politiquement exposées et des acteurs du secteur privé ; récupérer les produits de la corruption ; et prendre des mesures pour prévenir la corruption.
L’OSP a officiellement commencé ses activités en 2018.
Son mandat comprend les enquêtes, les poursuites, le recouvrement/la gestion des avoirs et la prévention de la corruption.
En raison du statut indépendant de l’OSP et de ses pouvoirs uniques (y compris des pouvoirs d’enquête de type policier et un pouvoir de poursuite sous la supervision du procureur général), il a été conçu pour combler les lacunes du cadre anti-corruption du Ghana.
Selon les propres documents de l’OSP, en 2023, le Bureau traitait plus de 70 enquêtes actives et avait récupéré des produits dépassant un million de cédis ghanéens (GHS).
La loi prévoit également un mécanisme de révocation du procureur spécial : si une requête est reçue, le président doit la renvoyer au juge en chef, qui crée ensuite un comité pour évaluer s’il existe une preuve prima facie ; ce comité fait ensuite des recommandations au président. Mais avant même que le président ne procède, la nomination d’un nouveau juge en chef n’a pas été approuvée par le Parlement après que le juge en chef actuel ait été destitué de force par le président.
La pétition et la dynamique politique
Le 28 octobre 2025, la Coalition pour l’intégrité de la gouvernance au Ghana (COFIIG) a officiellement demandé au président Mahama de révoquer l’actuel procureur spécial, Kissi Agyebeng, arguant que le Bureau manquait de transparence, de responsabilité et d’optimisation des ressources.
La pétition faisait référence à une prétendue mauvaise utilisation des ressources et exigeait une enquête sur les dépenses et les opérations de l’OSP. (La note résumée de la pétition, accessible au public, ne répertorie pas tous les détails, de sorte que des détails supplémentaires peuvent être contenus dans le document soumis à la présidence.)
La nuance politique est importante : Agyebeng est considéré comme un allié de l’actuel procureur général, le Dr Dominic Ayine. Le fait qu’il ait déjà disculpé Mahama dans le scandale Airbus (en le déclarant « fonctionnaire du gouvernement » mais en l’exonérant de toute responsabilité pénale) ajoute à la complexité de toute enquête proposée par le président.
La dynamique interne au sein du NDC suggère que certains membres seniors estiment que l’OSP n’a pas répondu aux attentes et affirment que le remplacement de sa direction renforcerait sa crédibilité et son efficacité.
Considérations juridiques et constitutionnelles clés
En vertu de la loi 959, le procureur spécial ne peut être révoqué que pour mauvaise conduite, incompétence, incapacité, violation délibérée du serment d’office ou conduite préjudiciable à l’économie ou à la sécurité de l’État. Le processus de révocation exige le respect de la procédure légale (pétition → Juge en chef → comité → recommandation → Président).
Même si le président a le pouvoir formel d’agir sur la recommandation du comité, il ne peut pas limoger unilatéralement le procureur spécial en dehors de ce processus sans soulever de graves problèmes d’intégrité constitutionnelle et institutionnelle.
Le fait que le Bureau traite des personnes politiquement exposées et des fonctionnaires de haut rang renforce le besoin de transparence, d’équité et de régularité procédurale.
Implications et options stratégiques pour le président Mahama
Si Mahama procède à une enquête sur l’OSP, le processus doit être entièrement conforme à la loi 959 – où toute révocation doit être précédée de la procédure prescrite de pétition/comité – pour éviter les accusations d’ingérence politique.
Compte tenu des liens personnels et politiques étroits entre Mahama, Ayine et Agyebeng, il existe un risque accru de perceptions de conflit d’intérêts, de parti pris, voire de représailles. Dans un cas comme dans l’autre, la confiance du public pourrait être considérablement affectée.
Mahama pourrait également opter pour un audit médico-légal ou une enquête indépendante sur les dépenses de l’OSP plutôt que de destituer immédiatement le procureur spécial. Cela pourrait témoigner de la responsabilité sans paraître outrepasser l’indépendance de l’institution.
La pression interne au sein du NDC suggère que Mahama doit équilibrer la loyauté et les alliances politiques avec les exigences de réforme et de performance du parti. La façon dont il s’y retrouvera dépendra de son leadership en matière de gouvernance, de responsabilité et de discipline interne au parti.
La pétition déposée contre l’OSP ajoute un véritable élan aux appels à un examen minutieux. Historiquement, l’OSP a été créée comme pierre angulaire de l’architecture anti-corruption du Ghana et dotée de solides protections juridiques pour préserver son indépendance.






