Mahama déclare que l’Afrique reste sous le nouvel esclavage colonial

Maria

Président John Mahama

Le président John Dramani Mahama a lancé un avertissement sévère concernant la subjugation économique continue de l’Afrique, déclarant que malgré l’indépendance politique, le continent reste piégé dans des systèmes qui fonctionnent comme un « nouvel esclavage colonial ».

Dans sa récente interview avec YouTuber Wode Maya, le président Mahama a offert une critique incisive de l’ordre économique mondial, soulignant comment les systèmes commerciaux nés à l’époque coloniale continuent de freiner le développement de l’Afrique. Les commentaires du président interviennent à un moment où les nations africaines se demandent comment exercer un plus grand contrôle sur leurs ressources naturelles et leur destin économique.

Mahama a averti que l’ordre mondial actuel est « truqué contre l’Afrique », en soulignant les structures commerciales qui obligent le continent à exporter des matières premières et à importer des produits finis. Il s’agit d’un schéma familier, mais qui persiste des décennies après que les drapeaux indépendantistes ont été hissés sur tout le continent. Le président n’a pas mâché ses mots sur qui contrôle les mécanismes de fixation des prix qui déterminent le sort économique de l’Afrique.

« C’est tout ce genre de choses que nous devons examiner », a déclaré Mahama, décrivant la manière dont les importateurs européens déterminent les prix du cacao et de l’or, même si ces ressources sont cultivées et extraites en Afrique. L’ironie ne lui a pas échappé : les nations riches en richesses naturelles restent pauvres parce qu’elles ne peuvent pas fixer la valeur de leurs propres produits.

L’évaluation du président révèle une réalité qui donne à réfléchir sur la souveraineté à l’ère moderne. Mahama a fait valoir qu’en dépit de leur indépendance politique, de nombreux pays africains restent de « nouveaux esclaves coloniaux » dans des systèmes qui nient la souveraineté sur les prix, les normes et les routes commerciales. Ce manque de contrôle s’étend au-delà de l’économie et s’étend aux questions d’autorité réglementaire et d’accès au marché.

Cependant, Mahama voit des voies potentielles à suivre. Il a évoqué la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) comme un cadre prometteur, même s’il n’a pas tardé à ajouter d’importantes mises en garde sur les défis à venir. La ZLECAf, dont les négociations ont officiellement commencé en janvier 2021, vise à créer un marché unique pour 1,3 milliard de personnes et représente l’un des accords commerciaux les plus ambitieux au monde.

Pourtant, les promesses sur papier ne se traduisent pas automatiquement en transformation économique. « Si nous n’harmonisons pas nos normes, nous ne pourrons pas utiliser pleinement le potentiel que nous offre la ZLECAf », a averti le président. Il ne s’agit pas seulement de supprimer les barrières tarifaires ; le succès nécessite un alignement sur les normes de produits, les contrôles de qualité et les cadres réglementaires qui varient actuellement considérablement entre les 54 États membres de l’Union africaine.

Les déficits d’infrastructures constituent un autre obstacle majeur. Mahama a souligné la nécessité d’infrastructures, notamment de chemins de fer, de ports et de routes, pour permettre le commerce intra-africain. Ses questions étaient pointues et pratiques : « Où sont les chemins de fer pour acheminer ces marchandises ? Où sont les ports pour acheminer ces marchandises ? »

Ce ne sont pas des fioritures rhétoriques. Actuellement, il est souvent plus facile et moins cher d’expédier des marchandises d’Accra vers l’Europe que d’Accra vers Abidjan voisin, ce qui met en évidence l’absurdité des réseaux commerciaux encore orientés vers les anciennes puissances coloniales plutôt que vers l’intégration régionale.

Le message du président était clair : tant que les systèmes logistiques et normatifs ne seront pas réglés, l’Afrique ne pourra pas prendre la place qui lui revient sur les marchés mondiaux. Il ne s’agit pas de demander des cadeaux ou un traitement spécial, mais plutôt de créer les conditions d’une concurrence loyale et d’une véritable souveraineté économique.

La critique de Mahama fait écho aux conversations plus larges qui se déroulent à travers le continent sur l’indépendance économique et l’autodétermination. Alors que l’Afrique détient une part importante des richesses minières, du potentiel agricole et de la population la plus jeune du monde, transformer ces atouts en prospérité nécessite une restructuration fondamentale des systèmes économiques hérités.

L’entretien souligne une tension persistante dans le développement de l’Afrique : comment se libérer des relations économiques extractives tout en construisant les infrastructures et les institutions nécessaires à une véritable intégration et industrialisation. Il s’agit d’un défi qui nécessite à la fois une coopération régionale à travers des initiatives telles que la ZLECAf et des réformes nationales individuelles pour développer des capacités à valeur ajoutée.

La question de savoir si les pays africains réussiront à passer de l’extraction de ressources à l’industrie manufacturière et aux services, et de marchés fragmentés à l’intégration continentale, reste l’une des questions déterminantes pour l’avenir du continent. L’évaluation franche du président Mahama suggère que la voie à suivre nécessite plus que de bonnes intentions ; cela exige des investissements concrets dans les infrastructures, des normes harmonisées et, plus fondamentalement, la volonté politique de remettre en question et de changer un ordre mondial hérité.