Luttes de pouvoir et alliances changeantes en Somalie

Maria

Les lignes de bataille redessinées : le bastion politique de Madobe contre la nouvelle offensive de Villa Somalia

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Madobe et Hassan Shiek Mohamud (Source photo : Wardheernnews)

Par Mohamud A. Ahmed – Cagaweyne

L’auteur

La nouvelle confrontation entre le président Hassan Sheikh Mohamud et le président Ahmed Mohamed Madobe marque un nouveau chapitre dans la saga politique tumultueuse de la Somalie. Leur histoire de rivalité remonte au premier mandat de Hassan Sheikh, lorsque Madobe, un formidable leader régional, a réussi à contrer les pressions fédérales et à établir son emprise sur le Jubaland. Cette victoire, âprement disputée et âprement disputée, a ouvert la voie à une ère définie par des alliances provisoires et des réalignements complexes. La défaite finale de Hassan Sheikh face au président Mohamed Farmajo a encore remodelé le paysage, Madobe et Hassan Sheikh naviguant dans des allégeances changeantes qui les ont finalement amenés à une trêve difficile. Mais avec le retour au pouvoir de Hassan Sheikh et Farmajo désormais un allié potentiel de Madobe, le décor est planté pour une confrontation qui pourrait redéfinir l’avenir politique de la Somalie.

Anciens rivaux, nouvelles stratégies : la vendetta de Fahad Yasin et le jeu de pouvoir à la Villa Somalia

L’intrigue politique s’intensifie avec le retour de Fahad Yasin, l’ancien chef du renseignement (NISA), sur le devant de la scène. Connu pour son rôle central dans la politique somalienne et son inimitié persistante envers Madobe, les récents conseils de Fahad au Premier ministre Hamze – qui, bien qu’il soit originaire du Jubaland, ne dispose pas d’une base régionale solide – soulignent l’animosité profondément enracinée en jeu. La caractérisation de Madobe par Fahad comme le « cancer de la politique somalienne » révèle les enjeux personnels impliqués, attisant les soupçons selon lesquels cette lutte pour le pouvoir est plus que politique – elle est profondément personnelle.

L’agressivité renouvelée du gouvernement fédéral se reflète dans ses récentes mesures, comme le remaniement militaire qui a vu le général Odowa, l’ancien chef de l’armée chevronné et aguerri, réintégrer le giron. Cette reconduction stratégique marque la volonté de Villa Somalia de renforcer sa position militaire. La nomination du colonel Khalid comme nouveau chef des forces terrestres renforce encore la volonté de l’administration d’intensifier son approche, déplaçant potentiellement l’accent de la lutte contre Al-Shabab vers l’exercice d’un contrôle sur les administrations régionales dissidentes.

Les manœuvres électorales du Jubaland : défi et détermination

Dans ce contexte, la machine politique du Jubaland est en surchauffe. Les nominations aux comités électoraux de la région, approuvées par le Parlement du Jubaland, ont été rejetées par le gouvernement fédéral, signalant une profonde division. Cette décision de Villa Somalia souligne sa détermination à freiner l’influence de Madobe et à contester son contrôle. Cependant, le courage politique de Madobe, bâti au cours d’une décennie de leadership inébranlable, garantit qu’une telle résistance fédérale ne fait que galvaniser sa détermination et son soutien régional.

Le défi du parlement du Jubaland, qui soutient fermement sa commission électorale approuvée, indique la réticence de la région à se plier à la volonté de Villa Somalia. Ce soutien législatif place l’administration de Hassan Sheikh dans une position difficile ; elle doit choisir entre l’escalade et la négociation, qui comportent toutes deux des risques importants. Tout faux pas pourrait enhardir l’opposition et briser des alliances qui sont restées fragiles depuis son retour au pouvoir.

Les actions calculées de Villa Somalia et le coût de la confrontation

La quête de contrôle de Villa Somalia a suscité des inquiétudes au sein du soi-disant « club des 15 pays », une coalition d’acteurs internationaux investis dans la stabilisation et le développement de la Somalie. Ces pays ont consacré des ressources à la lutte contre le terrorisme, à la promotion de la gouvernance et au soutien de la paix fragile bâtie au cours de la dernière décennie. Les conséquences potentielles d’une escalade du conflit entre le gouvernement fédéral et le Jubaland risquent de détourner l’attention et les ressources de la lutte cruciale contre Al-Shabab. Le groupe terroriste, qui a longtemps prospéré grâce à l’instabilité politique, pourrait trouver de nouvelles opportunités pour renforcer son implantation si l’attention de Villa Somalia se tourne vers les batailles politiques internes.

Les récentes décisions rapides du président Hassan Sheikh Mohamud suggèrent une trajectoire qui risque d’entraîner la Somalie sur une voie précaire. Son refus de s’engager dans des résolutions pacifiques avec les régions opposées à sa décision unilatérale a suscité l’inquiétude des analystes régionaux et des partenaires internationaux, faisant allusion à une approche de leadership qui donne la priorité au pouvoir unilatéral plutôt qu’à l’équilibre diplomatique. Des rumeurs se font de plus en plus entendre selon lesquelles la stratégie de Hassan Sheikh pourrait inclure l’utilisation d’une déclaration d’urgence comme prétexte pour retarder les prochaines élections nationales, une décision qui pourrait saper les processus démocratiques et polariser davantage la nation. Si l’administration continue sur cette voie, elle risque de pousser la Somalie plus près du désarroi politique et de l’isolement international.

Les implications d’un gouvernement fracturé résonnent au-delà des frontières de la Somalie. Le Kenya, par exemple, considère le Jubaland comme un tampon de sécurité crucial. La position coopérative du président Madobe au cours de la dernière décennie a fait partie intégrante du maintien de la sécurité régionale. Une perturbation de ces relations pourrait forcer le Kenya à recalibrer sa stratégie, en équilibrant les ouvertures diplomatiques et ses intérêts sécuritaires. De même, l’Éthiopie observe la situation avec un intérêt prudent. Même si le soutien historique à Madobe pourrait refaire surface, l’influence actuelle de l’Éthiopie est moins décisive, d’autant plus que les appels au retrait de ses forces de Somalie prennent de l’ampleur. L’émergence de nouveaux alignements impliquant l’Érythrée et l’Égypte complique encore davantage les calculs de l’Éthiopie, rendant difficile la prévision de l’impact de ces alliances changeantes sur l’équilibre des pouvoirs régional.

L’effet domino des manœuvres militaires

La reconduction du général Odowa et l’élévation du colonel Khalid marquent un changement dans l’approche militaire du gouvernement fédéral somalien. Si ces nominations peuvent renforcer la confiance de Villa Somalia, elles suscitent également des inquiétudes au sein de l’establishment politique et militaire. Ce remaniement implique que Hassan Sheikh se prépare à plus que de simples escarmouches politiques : une véritable confrontation militaire pourrait se profiler à l’horizon. Ce pivot risque de détourner l’attention d’Al-Shabab qui, malgré des combats incessants, reste résilient et capable d’exploiter les distractions gouvernementales.

Si Villa Somalia s’engage dans des offensives politiques et militaires simultanées contre des régions dissidentes, elle risque de fragmenter les alliances fragiles qui ont joué un rôle crucial dans la lutte contre le terrorisme. Le spectre d’un conflit plus vaste se profile, dans lequel la puissance militaire du Jubaland, perfectionnée pendant douze ans sous la direction de Madobe, pourrait entrer en conflit avec les forces fédérales. Un tel scénario affaiblirait non seulement la capacité de l’État à faire face à la menace d’Al-Shabab, mais pourrait également inviter des acteurs extérieurs à intervenir sous prétexte de rétablir l’ordre ou de soutenir leurs influents régionaux préférés.

Enjeux internationaux et risque de régression

Les enjeux pour la coalition de 15 pays soutenant la Somalie sont immenses. Les investissements réalisés dans la reconstruction des infrastructures, la promotion de la croissance économique et la garantie de la paix pourraient être compromis si la quête d’un pouvoir centralisé par Villa Somalia se transforme en conflit ouvert. Ces partenaires internationaux, déjà méfiants face à la nature cyclique de la politique somalienne, pourraient voir leur confiance dans l’administration actuelle vaciller. La crainte d’une régression vers les jours anarchiques du passé grandit à mesure que la rhétorique et les actions de la Villa Somalia reflètent de plus en plus d’anciens conflits non résolus.

L’approche du président Hassan Sheikh face à l’opposition régionale semble s’éloigner de la diplomatie pour se tourner vers la force. Même si cela peut ressembler à une démonstration de force, cela risque de l’isoler des alliés et parties prenantes régionaux qui privilégient les partenariats stratégiques et les intérêts communs plutôt que la domination unilatérale. Les signes avant-coureurs sont clairs : les leçons de l’histoire sont négligées et la nature cyclique de la politique somalienne menace de se répéter, avec des conséquences dévastatrices.

Les yeux vigilants du Kenya et de l’Éthiopie

L’engagement du Kenya en faveur de la désescalade et son partenariat économique et sécuritaire avec Madobe pourraient être mis à rude épreuve si la position de Villa Somalia devenait plus conflictuelle. En tant qu’acteur régional essentiel ayant d’importants investissements dans la stabilité, le Kenya est confronté à la tâche délicate d’équilibrer ses relations avec le gouvernement fédéral somalien et sa stratégie de sécurité établie au Jubaland. La possibilité d’un réalignement stratégique se profile, surtout si les conflits internes en Somalie conduisent à une déstabilisation régionale.

L’Éthiopie, déjà aux prises avec un processus de paix délicat avec l’Érythrée et surveillant les manœuvres égyptiennes dans la Corne de l’Afrique, pourrait être ramenée dans la politique somalienne. Des liens de longue date avec Madobe et des préoccupations de sécurité qui se chevauchent pourraient inciter l’Éthiopie à se réengager, même si son influence actuelle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Si la trajectoire politique de Villa Somalia oblige l’Éthiopie à reconsidérer son rôle, son influence pourrait s’éroder, créant un vide propice à une intervention extérieure. Alternativement, l’Éthiopie pourrait renforcer de manière préventive son soutien à Madobe, en tirant parti du vaste réseau qu’elle a cultivé au fil des décennies pour s’aligner sur les dirigeants qui protègent ses intérêts stratégiques. Ce recalibrage pourrait avoir lieu si la réconciliation entre l’Ethiopie et la Villa Somalia ne se concrétise pas d’ici la fin de l’année.

La voie à suivre : unité ou fragmentation ?

La politique somalienne est à la croisée des chemins. La voie choisie par Villa Somalia soit renforcera son emprise sur le pouvoir, soit divisera davantage la nation. La question reste de savoir si l’administration de Hassan Sheikh pourra naviguer dans ces eaux avec la sagesse nécessaire pour éviter de répéter les erreurs du passé. La diplomatie, les alliances stratégiques et une concentration claire sur la lutte contre le terrorisme doivent rester au premier plan pour empêcher la Somalie de sombrer à nouveau dans le chaos.

Alors que les manœuvres militaires et politiques du gouvernement se déroulent, le monde regarde avec haleine. Les conséquences de ces actions, si elles sont mal gérées, se répercuteront au-delà des frontières somaliennes, affectant la stabilité régionale et les intérêts mondiaux dans la Corne de l’Afrique. Les enjeux n’ont jamais été aussi élevés, et les prochaines étapes pourraient déterminer si la Somalie émergera comme une nation plus forte et unifiée ou si elle succombera aux mêmes divisions qui la hantent depuis des décennies.

Mohamud A. Ahmed – Cagaweyne est joignable avec le numéro : +251900644648

Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info

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