

Par Samuel Estefanous
Je ne veux pas manquer de respect au distingué groupe d’experts qui a travaillé sérieusement pour que le projet serve un objectif significatif. Mais à mon avis, il semble qu’ils maudiront le jour où ils se sont laissés entraîner dans cette aventure malheureuse. Il est dommage qu’ils se soient laissés emporter par l’euphorie de la « Transition », comme n’importe quel activiste impétueux des médias sociaux. Avant de se risquer à produire le projet de politique, ils auraient dû répondre sans équivoque à certaines questions difficiles et inconfortables, comme : existe-t-il vraiment une transition au sens juridique du terme ? Il n’y a même pas eu de changement de gouvernement pour crier haut et fort !
Je n’accepte pas la proposition de revenir en arrière et d’examiner trois décennies d’atrocités. Cette initiative particulière a été entreprise à la suite du mouvement qui a abouti au changement d’administration en 2018. Il serait irréaliste de s’attendre à ce que cela aille bien au-delà des années 2012 ou 2013, lorsque la protestation avait pris de l’ampleur.
La Constitution du FDRE de 1995 est pourtant la loi suprême incontestée du pays, le manifeste du PP stipule clairement qu’il s’agit d’une continuation et même pas d’une opposition à l’EPRDF, le Premier ministre en titre est arrivé au pouvoir en tant que président de l’EPRDF dûment élu par les 180 membres du Conseil. de l’EPRDF qui dirigent toujours le gouvernement à différents titres. Il est donc logique que la politique et le système qui ont donné lieu aux protestations soient validés, sauf pour des cas isolés qui sont toujours susceptibles d’être poursuivis par le système judiciaire ordinaire.
De quelle transition parlons-nous exactement ici ? Le groupe d’experts avait échantillonné des alternatives remontant à 1991 et avait proposé 1995 ainsi que 2018 comme transitions possibles avec lesquelles il fallait compter. Le reste du pays et la communauté internationale ont vécu une période tout à fait différente, après 2018 !
Il n’est pas étonnant que les sponsors étrangers de l’Initiative disent ouvertement qu’elle n’aboutira à rien et que son sort ne sera pas différent de celui de la Commission fondée pour déterminer l’identité et les frontières interétatiques ainsi que de la Commission de réconciliation. En fait, il y a longtemps, certains d’entre nous avaient soumis un ordre du jour à la Commission de dialogue pour abroger et dissoudre l’Initiative de justice transitionnelle, car elle est pleine d’anachronisme, de désorientation, de manque de sincérité et n’aboutirait qu’à un gaspillage absolu et éhonté des maigres ressources.
En outre, je constate que les ferenjis donateurs commencent à poser des questions pointues et inconfortables, d’où le récent symposium destiné à apaiser leur esprit troublé. Intimidé par les Américains et par le dernier rapport de l’agence des Nations Unies, le ministère de la Justice a l’audace de déclarer que d’ici un mois, un bureau auxiliaire des poursuites spéciales sous les auspices du ministère de la Justice (mais responsable devant la HoPR) serait lancé et qu’un siège spécial correspondant serait créé. être constitué par le Tribunal fédéral pour connaître des affaires. J’en doute sincèrement. Le fait même que le Symposium coïncide avec la longue tournée africaine de la délégation américaine en dit long sur le propriétaire de l’Initiative.
En fait, c’est la délégation qui a été la moins impressionnée. Faisant preuve de finesse et de courtoisie diplomatiques, il a clairement déclaré au monde que le projet était un échec. Qui leur en voudrait ? Même les donateurs sont responsables et doivent produire des rapports de suivi destinés aux comités du Congrès. En outre, le fait même que la justice transitionnelle soit une initiative principalement initiée et soutenue par la communauté des donateurs la rend déracinée.
1-Prendre une date limite
C’est ce que les auditeurs écrivent dans le résumé d’un rapport d’audit. Ils définissent la date limite avec beaucoup de soin. Sans établir une telle étape, les conclusions de l’audit ne parviennent pas à déterminer la partie responsable de la violation du système, ne tiendront personne responsable de la perte financière subie et seraient incapables de suggérer des recommandations crédibles.
De la même manière, la première chose qu’une initiative de justice transitionnelle devrait faire est de déterminer quand et pourquoi fixer une date limite. Après tout, l’Initiative est censée annoncer l’avènement d’une nouvelle ère et servir de moyen pour « rompre avec les traditions passées d’atrocités et d’injustice », comme en témoigne effectivement le projet de document politique. Le Bureau ne peut pas se permettre d’aller et venir à sa guise et de patauger dans le bourbier de trois décennies d’atrocités qui pourraient éventuellement faire du parquet spécial de l’EPRDF un sujet d’intérêt parmi d’autres.
Aujourd’hui, lorsque le Dergue a suspendu la Constitution révisée de 1955 et déposé la mystique « dynastie salomonienne vieille de 3 000 ans », il y avait une date limite claire. À sa manière, il avait tenté d’aborder les questions de justice transitionnelle dont aucun gouvernement révolutionnaire ne pouvait se passer. Le Conseil consultatif national créé par la Proclamation 2/75 aurait pu jouer le rôle d’un Bureau de justice transitionnelle compte tenu de la composition idyllique des membres constituant le Conseil.
De la même manière, lors de son arrivée au pouvoir en 1991, l’EPRDF a suspendu la Constitution du PDRE de 1987 et a ensuite créé le Bureau des poursuites spéciales dirigé par Girma Wakjira par la proclamation numéro 22/92.
Dans les deux cas, les fondements juridiques n’étaient pas seulement nombreux, mais exigeaient une justice transitionnelle à part entière, même si elle était appliquée d’une manière qui avait semé un autre cycle de culture aiguë d’atrocités grossières et systémiques.
On pourrait naturellement s’attendre à ce qu’un changement fondamental marquant justifie l’introduction valable de la justice transitionnelle en 2018. Le projet de politique « ancre » la nécessité dans une brève déclaration fragile qui dit « une réforme politique dévoilée en 2018 ». Pouvez-vous croire cela ? Au cours de son long mandat de 27 ans, l’EPRDF a « dévoilé » sept réformes politiques majeures de nature similaire, pourquoi en est-il différent ?
D’une manière boiteuse qui trahit son manque de sincérité, le projet de document préparé par le Groupe emprunte ensuite la légitimité de ses efforts au fait que le gouvernement a accordé une amnistie, qu’il a créé une Commission de réconciliation et une Commission sur l’identité et les frontières interétatiques. . Pour mémoire, les deux Commissions n’existent plus et leur dissolution involontaire signifie abondamment la mort à cause de la mort état de l’Initiative de justice transitionnelle. Même s’ils existaient et fonctionnaient, ils donneraient l’impression infaillible que les impératifs définitifs de justice transitionnelle sont déjà en cours et que le Bureau est suspendu en l’air en tant que parti non pertinent.
Le document politique soumis au gouvernement par le groupe d’experts ne définirait même pas une portée temporelle préférable et convaincante. Dans un contexte aussi flou, je me demande quelle sera la procédure de travail du Parquet spécial et quand il sera dissous. Mais les rapports suggèrent que le Bureau est en réalité un bureau permanent et qu’une série de nouvelles infractions exclues du Code pénal révisé de 2004 sont définies en fonction de son mandat et de sa compétence. Avec le recul, il semble tout à fait injuste d’avoir diabolisé le Dergue pour avoir promulgué un Code pénal spécial sans tenir compte des circonstances existantes.
En tout cas, il semble que nous soyons condamnés à vivre dans un état éternel de justice transitionnelle à l’infini !
2-Quelle transition, si je peux me permettre ?
Alors que le bureau du projet Justice Transitionnelle traîne les pieds dans un état de procrastination totale, une autre vague de « Transition » l’a ironiquement rattrapé. Je jure devant Dieu que j’ai presque éclaté de rire lorsque j’ai entendu la récente délégation américaine exiger que le gouvernement tienne les officiers de l’EDF responsables des torts commis lors de la guerre du Tigré par le biais du mécanisme de justice transitionnelle à l’étude.
Je comprends que lorsque les Américains sont arrivés ici, ils ont supposé qu’ils procédaient à un examen de l’état de la justice transitionnelle, conformément à l’accord de cessation des hostilités signé en 2022 ! Le ministère de la Justice et le gouvernement éthiopien avaient en tête une transition tout à fait différente. Ils voulaient laisser entendre l’approbation du projet de politique éclectique préparé par le groupe d’experts et soumis au gouvernement en 2023.
Bien que le projet de politique ait tenté de « s’adapter » aux développements récents dans lesquels le gouvernement au pouvoir est le commanditaire présumé des atrocités, il a été établi et mandaté pour couvrir les crimes commis avant 2018 pendant l’ère EPRDF. Ce n’était rien de moins qu’une malhonnêteté professionnelle méprisable que d’associer à la politique une inclusion tardive et peu sincère des atrocités commises après 2018 alors que l’auteur présumé est au pouvoir et prend les commandes.
Que Dieu bénisse.
L’écrivain peut être contacté à : estefanoussamuel@yahoo.com
Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info
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