L’Éthiopie d’Abiy : un commentaire politique intense

Maria

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Teshome Abebe

Dans un téléchargement (aujourd’hui 2 avril 2026) de la chaîne « Ethio Forum », intitulé à peu près en amharique : « ቴሌእንደብርሃኑ፤ባንክእንደአበባው፤ሰውማቃጠልያስተማሩትዐቢይ » qui se traduit par quelque chose comme « Tele comme Birhanu ; Bank comme Abebaw ; Abiy qui a appris aux gens à brûler les autres vifs | ETHIO FORUM. »

La vidéo est un long monologue très critique accusant le Premier ministre éthiopien « Abiy Ahmed » d’avoir transformé le pays en un lieu d’atrocités généralisées depuis qu’il a pris le pouvoir (faisant référence au 24 mars 2010 dans le calendrier éthiopien, ce qui correspond à environ 2018 dans le calendrier grégorien).

Points clés du contenu :

– Il affirme que son leadership a conduit à des massacres, à des violences ethniques, à des millions de déplacés (par exemple, citant six millions en un an), à des tactiques de famine (y compris de longs sièges comparés à des événements historiques comme Leningrad), à des viols utilisés comme armes de guerre et même à des personnes brûlées vives lors d’incidents comme à Guba Woreda (région du Tigré).


– Les accusations incluent la militarisation d’institutions comme les banques et les médias, l’invitation à une participation étrangère (Érythrée, etc.), la trahison de la souveraineté au profit de puissances extérieures comme les États-Unis et le FMI et la création de conditions de type « camp de concentration ».


– Il décrit cette période comme sans précédent dans l’histoire éthiopienne, avec des comparaisons avec des personnages comme Hitler, et présente le 24 mars comme le début d’une ère « sombre » de mort et de division plutôt que de progrès.

– Le ton est fortement oppositionnel, appelant à la réflexion sur les « fruits » de son règne et invitant au débat.

La vidéo a déjà accumulé plus de 100 000 vues et plus de 5 000 likes en peu de temps, ce qui montre qu’elle trouve un écho auprès d’un certain public.

Il s’agit d’un commentaire politique intense. Et j’en ai présenté une version traduite (anglaise) ci-dessous :

Le documentaire vidéo d’Ethio Forum, intitulé en amharique comme un réquisitoire cinglant – « Tele comme Birhanu ; Bank comme Abebaw ; Ils ont enseigné à brûler les gens vivants : Abiy » – dresse un portrait implacable et impitoyable de la descente de l’Éthiopie dans le chaos machiné sous le Premier ministre Abiy Ahmed. Publié le 2 avril 2026, l’exposé en amharique capture l’essence brute d’un leadership défini non pas par la réforme ou l’unité, mais par un narcissisme sans limites qui a utilisé tous les leviers du pouvoir de l’État pour fracturer, appauvrir et humilier une nation autrefois résiliente. Alors que le narrateur catalogue méthodiquement les horreurs « uniques » déclenchées depuis l’accession au pouvoir d’Abiy, la vidéo se présente comme un registre factuel de trahison institutionnelle, d’ingénierie ethnique et de reddition souveraine, transformant l’Éthiopie en un théâtre de souffrances massives où la mort a été normalisée comme politique nationale.

Le documentaire s’ouvre en repérant le moment précis de la rupture : le 24 mars 2010 (calendrier éthiopien, correspondant à la consolidation de l’autorité d’Abiy), lorsque l’élévation d’un homme aurait inauguré une ère d’effusion de sang sans précédent. Contrairement aux précédents dirigeants éthiopiens qui, malgré tous leurs défauts, ont préservé leur souveraineté fondamentale et se sont abstenus de cibler des groupes ethniques comme doctrine d’État, Abiy est accusé d’avoir adopté des proclamations pionnières qui ont explicitement permis la sélection et l’extermination des citoyens en fonction de leur identité. Tigréens arrêtés comme des victimes historiques de pogroms, Amharas de Wollega traqués nommément, groupes entiers criminalisés, depuis les nettoyeurs de rue jusqu’aux investisseurs : la vidéo présente cela comme une inversion délibérée du pluralisme éthiopien dans une hiérarchie de vies jetables. Les camps de concentration, les campagnes de famine qui ont déplacé des millions de personnes en une seule année et les sièges du Tigré qui ont duré 720 jours (plus longs que celui de Leningrad, avec une aide délibérément refusée pour « affaiblir les extrémistes ») illustrent comment les services de base – banques, transports, électricité, télévision – ont été transformés en instruments de punition collective.

Aucune institution n’a échappé à la cooptation. La vidéo détaille comment les forces fédérales, la police spéciale régionale (notamment les unités Oromia) et les milices importées ont transformé le viol en une guerre systématique, avec des estimations dépassant les 100 000 victimes, dont des enfants d’à peine cinq ans et même des hommes – une atrocité qui, selon le narrateur, était absente de la longue histoire de conflit de l’Éthiopie. Brûler vifs des civils dans des endroits comme Guba Woreda ou Shashemene, des charniers rasés au bulldozer à Benishangul-Gumuz, Axum et Mariam Dengelat : ce ne sont pas des excès isolés mais des spectacles normalisés, souvent filmés et diffusés, désensibilisant une population à l’horreur. Des acteurs étrangers – forces érythréennes Shabia, avions à réaction kenyans, éléments sud-soudanais – auraient été invités à piller, violer et tuer à travers l’Afar, l’Oromo et d’autres régions, transformant l’Éthiopie du fier défenseur de l’indépendance de l’Afrique (évoquant Adwa et les résistances historiques) en un « État esclave » vassal redevable à des clients extérieurs, notamment les intérêts des services de renseignement américains et des positions militaires arabes.

La rhétorique d’Abiy, telle que disséquée dans la vidéo, révèle le noyau narcissique : des insultes dédaigneuses qualifiant les Éthiopiens de « fourmis » ou de masses ignorantes, associées à des slogans orwelliens comme « Les Éthiopiens vivent et meurent comme des Éthiopiens » ou présentent la guerre perpétuelle comme la seule voie vers l’unité. Un million de civils morts, un palais de 10 milliards de dollars érigé au milieu de la famine et des déplacements, une souveraineté vendue aux enchères contre des prêts du FMI et des alliances étrangères tandis que des actifs historiques ont été liquidés – tout cela n’est pas présenté comme un échec politique mais comme le résultat logique d’un culte de la personnalité qui ne tolère aucune dissidence ni gouvernance partagée. La Commission d’enquête de l’ONU, les médias internationaux et même les comparaisons avec Hitler soulignent l’étiquette de criminel de guerre attachée à ce mandat, où la paix reste impossible tant que l’architecte reste enraciné.

Ce que le documentaire d’Ethio Forum capture avec une précision clinique, c’est Abiy Ahmed comme l’archétype d’un leader raté dont l’estime de soi éclipse le sort de 120 millions d’âmes. Le narcissisme ne se manifeste pas ici dans une simple vanité mais dans une conviction divine que les institutions, l’histoire, les religions et le tissu ethnique de la nation n’existent que pour servir sa vision – ou être brisés par la résistance. Chaque opportunité – un prix Nobel de la paix autrefois salué comme une rédemption, des réformes économiques, des médiations régionales – a été gaspillée ou transformée en outils de déstabilisation. Les ravages semés entre les nationalités (dynamique Amhara contre Oromo, isolement du Tigré, invasions périphériques), les religions et les régions ont laissé l’Éthiopie au bord de l’effondrement : chute libre économique, autorité fragmentée, jeunesse radicalisée en milices sans fin et un fier phare africain réduit aux gros titres des sièges, des viols et de l’exode.

Les critiques de tous horizons, y compris ceux qui dénoncent des erreurs de calcul stratégiques, des persécutions ethniques et des jeux de pouvoir unilatéraux, font écho à la vérité fondamentale de la vidéo : Abiy a hérité des défis mais les a accélérés vers une pourriture systémique grâce à des alliances transactionnelles, à la suppression de l’opposition et à un refus de construire des institutions inclusives. Le documentaire ne se contente pas d’énumérer des atrocités ; il expose la méthode : un dirigeant qui a appris à une nation à brûler les siens, à affamer ses enfants et à inviter les étrangers à se régaler de ses divisions, tout en dissimulant la mégalomanie sous des platitudes de « prospérité » et de « medemer » (unité). Fin de la traduction.

L’Éthiopie est au bord du gouffre, non pas malgré Abiy, mais à cause de lui. Le récit factuel inflexible de la vidéo, tiré d’événements documentés, de récits de survivants et de ruines visibles, exige un jugement. Un projet narcissique qui consume son hôte ne laisse que des cendres. Pour une nation dotée d’une endurance millénaire, la voie à suivre nécessite de rejeter catégoriquement ce chapitre infernal : la responsabilité pour les ravages provoqués, la restauration des institutions souveraines et un leadership qui sert le peuple plutôt que de le dévorer. En attendant, les flammes allumées sous la direction d’Abiy continuent de consumer ce qui reste de la promesse éthiopienne. Le documentaire n’est pas une hyperbole ; c’est le miroir que l’Éthiopie ne peut se permettre d’ignorer.

Teshome Abebe, PH.D., ancien doyen et vice-président des affaires académiques de deux institutions, est professeur d’économie et professeur lauréat.

Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.

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