

Elena Bantiwa
Introduction: une autopsie d’une idée nationale
Les acteurs clés du drame politique contemporain de l’Éthiopie – du Premier ministre Abiy Ahmed, un produit de l’appareil de sécurité et de politique de l’EPRDF, à des personnalités d’opposition influentes comme Jawar Mohammed, dont l’activisme a été façonné par un discours ethno-nationaliste, à des critiques civiques comme le lidetu ayalew, qui exploite ce système dominant. Leur conscience politique s’est formée dans une tradition académique qui a elle-même subi une métamorphose tragique. Ce qui a commencé comme un projet pour forger une nation moderne est devenue un processus qui a fourni les plans idéologiques pour sa fracture.
Cette descente n’était pas un accident mais l’issue d’une tradition scolaire où l’enquête était souvent subordonnée à l’utilité politique et l’université est devenue un instrument de projets de construction de l’État. Cet article retrace comment une théorie révolutionnaire, amplifiée par une enquête académique et instrumentalisée par les élites politiques, a façonné la trajectoire de la nation. La question centrale et angoissante n’est pas simplement comment l’Éthiopie est arrivée à ce précipice, mais si une classe politique si profondément imprégnée de cette tradition peut transcender les cadres très intellectuels et moraux qui ont défini leur monde politique.
I. Le creuset révolutionnaire: un pivot fatidique dans la pensée
La genèse intellectuelle de l’Éthiopie moderne réside dans le mouvement étudiant éthiopien (ESM). À son apogée, l’Université Haile Selassie I était un centre d’excellence dynamique, un creuset où une nouvelle élite imaginait une nation moderne. Le cri initial de l’ESM, «Land to the Tull», était un appel puissant et unificateur à la justice sociale qui a résonné à travers les lignes ethniques. Comme le soutient l’historien Bahru Zewde, le radicalisme du mouvement a été une réponse organique aux griefs domestiques, le marxisme servant d’outil pour articuler une réalité distinctement éthiopienne.
Cependant, un pivot fatidique s’est produit en 1969 avec l’essai de Wallelign Mekonnen, «sur la question des nationalités en Éthiopie». Sa thèse a introduit un cadre alternatif puissant, recadrer l’Éthiopie non pas en tant que nation de citoyens avec des griefs de classe, mais comme une «prison des nations» construite sur une subjugation ethnique. Cet acte unique de production de connaissances a déplacé le centre de gravité du projet révolutionnaire de la lutte de classe vers une lutte ethnique qui divise. Il a établi un binaire convaincant et finalement catastrophique: l’oppresseur contre les opprimés, définis principalement par l’ethnicité. Ce cadre intellectuel est devenu le logiciel politique du TPLF, de l’OLF, et finalement de toute la coalition EPRDF, créant l’environnement idéologique qui produirait la génération actuelle de leaders. La «question nationale» n’était plus un sujet de débat; Il est devenu le système d’exploitation fondamental de la politique éthiopienne.
Ii Le rôle de la bourse dans le forgeage de la conscience ethnique
Au fur et à mesure que l’OSM se déplaçait, les disciplines académiques de la sociologie, de l’histoire et de l’anthropologie fournissaient simultanément l’architecture intellectuelle pour le conflit à venir. Cette bourse n’a pas inventé les griefs, mais il a codifié, amplifié et leur a donné une structure théorique.
Le travail du sociologue Donald Levine sur une cohésion Grande Éthiopiebien que destiné à démontrer l’unité, a été ironiquement coopté. Ses descriptions essentielles des groupes ethniques en tant que systèmes distinctes ont été réutilisés par des ethno-nationalistes comme des justifications de séparation politique. En revanche, la bourse de l’anthropologue Asmarom Legese sur le système Oromo Gadaa était un acte d’une profonde autonomisation intellectuelle. En récupérant une démocratie indigène sophistiquée, son travail est devenu une pierre angulaire du nationalisme oromo moderne («Oromummaa»), fournissant des mouvements comme l’OLF et des militants comme Jawar Mohammed avec un récit d’une civilisation unique supprimée par un État impérial.
Simultanément, un récit Tigrayan distinct du grief historique a été intellectuellement fortifié, centrant l’idée que Tigray, le berceau de la civilisation axumite, a été marginalisé après que le centre du pouvoir s’est déplacé vers le sud. Cette réinterprétation de l’histoire a fourni au TPLF une justification idéologique puissante pour sa rébellion. Pour d’autres groupes, en particulier dans le Sud, la bourse mettant en évidence l’histoire de la conquête sous l’empereur Menelik II a fourni la base des mouvements exigeant l’autodétermination. L’université est ainsi devenue un site crucial où les fondations intellectuelles pour les nationalismes concurrentes ont été posées, garantissant que chaque partie était armée de sa propre justification académiquement validée.
Iii. La théorie a fait la chair: constitutionnalisation d’une politique divisée
Lorsque le TPLF / EPRDF a pris le pouvoir en 1991, ils ont apporté cette idéologie née sur le campus avec eux. Leur projet politique était la mise en œuvre directe de leur solution à la «question nationale», et cette théorie a été faite de la chair dans le Constitution 1995.
Sa disposition la plus consécutive, Article 39a consacré «le droit inconditionnel à l’autodétermination, y compris le droit à la sécession». Une théorie radicale des étudiants est devenue la loi suprême du pays. Ce document a créé l’architecture de la réalité politique pour tous les dirigeants d’aujourd’hui. Le Premier ministre Abiy régit par ses structures ethniques. La mobilisation politique de personnages comme Jawar Mohammed tire la légitimité de sa langue. Les alternatives civiques, comme celles proposées par Lidetu Ayalew, sont nécessairement définies en opposition à son cadre ethnique centré sur l’ethnique. La constitution, justifiée par un récit historique de «colonisation interne» qui a résonné avec la propagande coloniale italienne, a établi les règles juridiques du jeu, garantissant que tous les combats politiques futurs se dérouleraient en termes ethniques.
Ce projet représente une application interne unique de la tendance post-coloniale Adom Getachew Analyses dans Worldmaking After Empire. Getachew soutient que la grande vision panafricaniste de l’autodétermination était «Recrutre» d’un projet de fédération régionale à la création d’États-Nation souverains à l’intérieur des frontières coloniales. L’EPRDF a pris cette logique de souveraineté rétrécie et l’a tournée vers l’intérieur, déconstruisant une identité nationale en ses parties constituantes et appliquant un principe anticolonial mondial à un contexte national.
Iv. L’effondrement final: du champ de bataille à la mort
L’instrumentalisation de l’éducation par l’État a eu son impact le plus dévastateur sur les universités elles-mêmes. L’expansion de l’enseignement supérieur par l’EPRDF dans les États régionaux a créé des microcosmes institutionnels des défauts du système fédéral. À la fin des années 2010, le champ de bataille des idées était devenu physique. Les étudiants ont été assassinés sur des campus dans Debre Markos, Aksum et ailleurs non pas pour leurs idées, mais pour leur appartenance ethnique.
Le déclenchement de la guerre de Tigray en novembre 2020 a marqué la phase finale et horrible de cette dévolution. Les universités sont devenues des objectifs militaires, leurs bibliothèques ont brûlé et des campus utilisés comme caserne. Cette destruction physique reflétait un effondrement intellectuel complet. La guerre a révélé la reddition de l’intégrité académique à ce qui peut être appelé tribalisme intellectuelcomme les universités ont activement participé à la polarisation du conflit. Le système avait bouclé la boucle: l’institution qui produisait l’idéologie de la division ethnique était désormais consommée par la violence que l’idéologie a déclenché.
Conclusion: Le paradoxe désapprentissage – les produits d’un système le transcendent-ils?
Cela amène l’Éthiopie à son paradoxe aconisant actuel. Les même dirigeants chargés de naviguer dans le pays de sa crise sont les héritiers de cette tradition intellectuelle et éducative brisée. La philosophie «Medemer» d’Abiy peut être interprétée comme une tentative de créer une synthèse post-ethnique, mais il régit à travers les structures et ethniques dont il a hérité. La stratégie politique de Jawar opère efficacement dans le cadre ethno-nationaliste qui a été académiquement et politiquement légitime au fil des décennies. Lidetu plaide pour une alternative civique mais lutte pour la traction sur un marché politique où l’ethnicité reste la principale monnaie.
La question fondamentale est l’une des désapprentissage. Comment une classe politique peut-elle aller au-delà des cadres intellectuels et moraux qui ont façonné leurs visions du monde et sont la source de leur légitimité politique? Il leur obligerait à abandonner les récits opprimés par l’oppresseur qui mobilisent leurs bases, à remettre en question les griefs historiques qui justifient leurs projets politiques et à développer une nouvelle langue politique au-delà des limites de l’article 39.
C’est plus qu’un défi politique; C’est épistémologique. La reconstruction de l’Éthiopie nécessite un calcul intellectuel profond. Le défi pour les dirigeants actuels et futurs de l’Éthiopie est de faire face à cet héritage intellectuel et de forger un nouveau langage politique de citoyenneté et de destin partagée. Sans un changement aussi fondamental, la nation risque de rester piégée dans les paradigmes très intellectuels qui l’ont conduit de la tour d’ivoire aux tranchées.
Note de l’éditeur: les vues dans l’article ne reflètent pas nécessairement les vues de Togolais.info
Pour soumettre Communiqué de presseEnvoyer une soumission à info@Togolais.info





