Les forces cachées derrière le conflit soudanais

Maria

Caleb Ta. (Dr.)
Chercheur indépendant en affaires politiques africaines ; Défenseur des droits de l’homme

Abstrait

Cet article enquête sur la crise humanitaire et géopolitique au Soudan, une guerre qui a déplacé plus de 12 millions de personnes et poussé des millions de personnes vers la faim. Il interroge le silence des dirigeants africains, les intérêts économiques qui animent le conflit et les acteurs étrangers qui profitent de la désintégration du Soudan. S’appuyant sur des rapports sur les droits de l’homme et des analyses géopolitiques, la discussion révèle que le conflit soudanais n’est pas simplement une lutte interne entre deux généraux mais une entreprise commerciale transnationale impliquant la contrebande d’or, des milices mandataires et une complicité régionale.

Introduction

Le Soudan connaît actuellement l’une des guerres les plus dévastatrices et les moins signalées de l’Afrique moderne. Alors que l’attention mondiale reste concentrée sur les conflits à Gaza et en Ukraine, l’effondrement humanitaire au Soudan continue de s’aggraver (Amnesty International, 2023). Plus de 12 millions de personnes ont été déplacées et 14 millions risquent de mourir de faim. Pourtant, les présidents africains restent silencieux.

Ce silence soulève de profondes questions : pourquoi les dirigeants africains restent-ils silencieux face aux souffrances du Soudan ? Quel rôle les Émirats arabes unis (EAU) jouent-ils dans cette crise – de l’or et des terres agricoles au pouvoir et à la politique de l’autre côté de la mer Rouge ? Cet article explore l’intersection du silence, de l’argent et de l’influence, en affirmant que la guerre au Soudan n’est pas une question de tribus ou de religion, mais plutôt de savoir qui contrôle l’avenir de l’Afrique.

Pouvoir, cupidité et trahison derrière l’effondrement du Soudan

La destruction du Soudan ne s’est pas produite du jour au lendemain. Il a été démantelé pièce par pièce par des dirigeants qui ont appris qu’en Afrique, le pouvoir est souvent pris par les armes et vendu par une poignée de main. Les deux figures centrales sont le général Abdel Fattah al-Burhan, chef des Forces armées soudanaises (SAF), et Mohammed Hamdan Dagalo, dit Héméticommandant des Forces de soutien rapide (RSF). Autrefois alliés dans le renversement du dictateur de longue date Omar al-Bashir, les deux hommes mènent désormais des armées opposées dans une lutte pour la domination (International Crisis Group, 2023).

Le conflit est passé d’une rivalité politique à une guerre économique alimentée par l’immense richesse naturelle du Soudan, en particulier l’or. Selon certaines informations, le Soudan possède certaines des plus grandes réserves d’or inexploitées d’Afrique. Chaque jour, de l’or transite clandestinement à travers les déserts et les pistes d’atterrissage vers des destinations telles que les Émirats arabes unis, qui sont devenus à la fois un acheteur et un catalyseur de la violence au Soudan (Reuters, 2023).

De l’or, des armes et du silence

Le financement de RSF est étroitement lié aux exportations illicites d’or. Amnesty International (2023) a documenté que des armes de fabrication chinoise, fournies par des intermédiaires liés aux Émirats arabes unis, étaient parvenues aux combattants de RSF. Ces mêmes Émirats arabes unis, tout en niant toute implication, restent le plus grand importateur d’or soudanais.

Par conséquent, ce qui est présenté comme une guerre civile est en réalité une transaction commerciale – un système organisé de guerre par procuration où les vies des Africains soutiennent les marchés mondiaux. Les bénéfices du conflit sont versés sur des comptes à l’étranger, tandis que les coûts sont supportés par les civils déplacés et les communautés détruites.

Le réseau de contrebande d’or du Soudan sert à la fois à financer la guerre et à renforcer la dépendance. Chaque convoi d’or quittant le Darfour ou traversant la Libye alimente la machine de guerre des RSF et réapprovisionne les raffineries de Dubaï, où l’or est « nettoyé », reconditionné et vendu sous forme de lingots émiratis. Le même cycle—déstabiliser, diviser, extraire– définit l’exploitation africaine moderne.

La connexion émiratie : un nouvel empire économique

L’implication des Émirats arabes unis au Soudan reflète un programme régional plus large. Alors que leurs réserves de pétrole diminuent et que les terres arables disparaissent, les Émirats arabes unis se tournent vers l’Afrique pour survivre. Grâce à des acquisitions de terres et à des partenariats militaires, elle construit ce que les analystes décrivent comme un « corridor maritime » à travers la Corne de l’Afrique, de la Somalie et de Djibouti à l’Érythrée et au Soudan (Gallopin, 2024).

Les sociétés émiraties ont discrètement acheté de vastes étendues de terres agricoles soudanaises – des dizaines de milliers d’hectares – déplaçant les agriculteurs locaux et exportant leurs produits vers les marchés du Golfe. Ces accords, souvent opaques, privent les communautés soudanaises de nourriture et de revenus tout en enrichissant les investisseurs étrangers. Lorsque le gouvernement de transition soudanais a tenté de réglementer ou de bloquer de telles acquisitions, les investissements se sont transformés en ingérence politique et en ingérence dans le conflit armé.

Les RSF sont devenues un outil dans cette stratégie : une milice protégeant le flux d’or et gardant les intérêts étrangers en échange de financements et d’armes. Ainsi, le conflit soudanais n’est pas simplement politique : il constitue le visage militarisé de la colonisation économique.

La complicité de l’Afrique et le silence de ses dirigeants

De nombreux gouvernements africains ont choisi le silence plutôt que la solidarité. Certains sont eux-mêmes bénéficiaires d’investissements émiratis ou sont engagés dans des transactions similaires d’exploitation de terres et de ressources. Les mêmes dirigeants qui proclament panafricanisme Les pays signataires signent des mémorandums qui vendent l’avenir de leur pays, contrat après contrat (Commission de l’Union africaine, 2024).

Le Kenya, par exemple, a accueilli des représentants de RSF sous couvert de négociations de paix – des actions que de nombreux Soudanais interprètent comme une légitimation des chefs de guerre (The East African, 2024). Les réponses tardives et inefficaces de l’Union africaine – limitées à condamner les « atrocités » longtemps après l’escalade – reflètent la paralysie morale de l’organisation. Seule l’Afrique du Sud a condamné directement les attaques de RSF dans l’État d’Al-Jazira (Département des relations internationales et de la coopération [DIRCO]2024).

Ce silence n’est pas accidentel. Il s’agit d’une complicité enracinée dans des intérêts économiques partagés, des réseaux d’élites et la priorité donnée aux capitaux étrangers par rapport à la vie des Africains.

Coût humain et érosion de la solidarité africaine

Derrière cette politique se cache une tragédie humaine stupéfiante. Plus de 12 millions de Soudanais ont été déplacés, pour la plupart des femmes et des enfants. Quatorze millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire, et des communautés entières vivent sans école, sans hôpital ou sans moyens de subsistance (Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires). [OCHA]2024).

Les armes continuent de circuler par les mêmes routes autrefois utilisées pour la traite transsaharienne des esclaves – des routes désormais réactivées par les fournisseurs d’armes mondiaux. Cette tragique continuité de l’exploitation démontre comment les acteurs étrangers déstabilisent les nations, puis extraient les richesses du chaos qui s’ensuit.

Le récit de la « guerre civile » cache une vérité plus profonde : les souffrances du Soudan ne sont pas un accident de l’histoire mais une économie de conflit planifiée. La paix est délibérément sabotée parce qu’elle menacerait le profit.

La géopolitique du contrôle des ressources

Toutes les grandes guerres africaines partagent un dénominateur commun : les ressources. Au Soudan, c’est de l’or ; au Soudan du Sud, le pétrole ; au Congo, le cobalt ; au Niger, l’uranium ; et au Kenya, la terre. L’abondance des richesses est devenue une malédiction car elle attire l’exploitation et alimente la concurrence.

Celui qui contrôle le Soudan contrôle l’une des portes d’entrée les plus stratégiques de l’Afrique : le corridor de la mer Rouge reliant l’Afrique au Moyen-Orient et à l’Asie. Un Soudan en paix signifierait l’autonomie de l’Afrique : fixer ses propres prix de l’or, gérer ses propres ports et industrialiser ses propres ressources. Pour les puissances mondiales, cela serait inacceptable.

Ainsi, à chaque fois que les négociations de paix avancent, de nouvelles armes apparaissent mystérieusement et la violence reprend. Les mains derrière ces armes sont des sociétés multinationales et des gouvernements étrangers qui profitent de l’instabilité.

Le reflet de l’Afrique : un continent à la croisée des chemins

La tragédie du Soudan est le miroir de la décadence politique de l’Afrique. Il révèle comment les forces extérieures exploitent la cupidité locale et comment les élites africaines permettent cette exploitation. Des condamnations symboliques de l’Union africaine aux présidents serrant la main des chefs de guerre, l’échec moral du continent est total.

Si le Soudan s’effondre, l’Afrique en souffrira, non seulement à travers les flux de réfugiés, mais aussi à travers la normalisation des guerres par procuration financées par les économies extractives. Comme le plaide l’intervenant dans le document source, « la douleur du Soudan est le reflet de l’Afrique… un continent suffisamment riche pour nourrir le monde mais affamé de paix. »

Conclusion : un appel à la conscience

L’hémorragie au Soudan n’est pas une tragédie lointaine : c’est un avertissement pour l’Afrique. Jusqu’à ce que les nations africaines cessent de vendre leur souveraineté pour des gains à court terme, jusqu’à ce qu’elles définissent la valeur de leurs propres terres, de leur or et de leur travail, la paix restera une illusion vendue au prix du sang.

Le silence des présidents n’est pas la neutralité ; c’est de la complicité. Les voix des journalistes, des artistes et des citoyens doivent s’élever pour combler le vide moral laissé par la lâcheté politique. Comme le souligne le narrateur original, « S’il vous plaît, soyez aux côtés du Soudan. Parce que si le monde peut éclairer les monuments pour Gaza, nous pouvons sûrement élever notre voix pour le Soudan. »

Références

Commission de l’Union africaine. (2024). Déclaration sur la crise humanitaire au Soudan. Addis-Abeba : Presse de l’Union africaine.

Amnistie internationale. (2023). Soudan : preuves d’armes fournies par les Émirats arabes unis atteignant les forces de soutien rapide. Extrait de https://www.amnesty.org

Département des Relations Internationales et de la Coopération (DIRCO). (2024). L’Afrique du Sud condamne les attaques de RSF au Soudan. Pretoria : Gouvernement d’Afrique du Sud.

Gallopin, J. (2024). La stratégie du Golfe pour la mer Rouge : corridors maritimes et dépendance africaine. Maison Chatham.

Groupe de crise international. (2023). Mettre fin à l’impasse meurtrière dans laquelle se trouve le Soudan. Récupéré de https://www.crisisgroup.org

OCHA. (2024). Le point sur la situation humanitaire au Soudan : plus de 12 millions de personnes déplacées. Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires.

Reuters. (2023). Exclusif : les importations d’or des Émirats arabes unis liées au conflit soudanais. Récupéré de https://www.reuters.com

L’Afrique de l’Est. (2024). Le rôle délicat du Kenya dans la médiation pour la paix au Soudan est remis en question. Nairobi.

Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info.

__

À soumettre Communiqué de presseenvoyez la soumission à info@Togolais.info