Dans l’arène tumultueuse de la politique éthiopienne, les cinq dernières années ont vu des changements spectaculaires, des développements imprévus et des défis à l’unité centrale de la nation. L’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abey Ahmed a été accueillie avec un enthousiasme généralisé au départ. Beaucoup, y compris des personnalités éminentes, pensaient qu’il annonçait une nouvelle ère d’unité et de justice pour le pays. Cependant, les années suivantes ont vu cet espoir remplacé par la désillusion et la colère.
Le soutien politique est une épée à double tranchant. Lorsqu’il est utilisé sans précaution ou accordé sans condition, il laisse souvent de profondes blessures. De nombreux anciens partisans d’Abiy, qui pensaient autrefois qu’il serait une force unificatrice pour l’Éthiopie, doivent maintenant faire face à la réalité qui se déroule. Le fait de reconnaître qu’on a été induit en erreur ou trompé dans son jugement n’est ni un signe de faiblesse ni un aveu de naïveté politique. Au contraire, c’est une facette essentielle de la maturité politique et de la conscience de soi.
La dérive indéniable de la nation vers crise après crise sous la surveillance d’Abiy est alarmante. Il a, à plusieurs reprises, choisi la voie du conflit plutôt que de la conciliation, sapant l’unité même qu’il s’était jadis juré de défendre. Les griefs du peuple, ses appels à la paix et à la justice, sont tombés dans l’oreille d’un sourd. Le courage encourageant dont a fait preuve M. Gedu Andargachew lorsqu’il a exprimé sa dissidence au Parlement, entouré d’un bourbier de flagorneurs, témoigne du mécontentement qui couve. Son discours audacieux évoque l’image de l’enfant courageux dénonçant le manque de vêtements de l’Empereur. Son acte est non seulement louable mais essentiel. Des parallèles historiques comme la position courageuse de M. Hailu Arya contre le colonel Mengistu rappellent que les voix de la dissidence, bien qu’étouffées, trouveront toujours un moyen d’émerger. Des dirigeants comme M. Gedu ne représentent pas seulement une voix dissidente ; ils symbolisent l’essence même de la démocratie – le droit de contester, de questionner et de rechercher la vérité.
La loyauté politique, bien qu’elle soit la pierre angulaire de toute démocratie qui fonctionne, ne devrait jamais être aveugle. Les premiers partisans d’Abiy, initialement influencés par ses promesses d’unité et de justice, doivent affronter les tactiques de division « diviser pour mieux régner » qui sont devenues emblématiques de son mandat. Nulle part cette stratégie n’est plus évidente que dans le traitement des Amharas. Alors que cette communauté demande justice, élève la voix contre le déplacement et aspire à son droit de vivre en paix, elle se heurte aux étiquettes d’« anti-paix » et d’« anti-gouvernement central ». Un tel étiquetage n’est pas seulement trompeur ; c’est une déformation délibérée destinée à réprimer la dissidence et à faire taire les demandes de justice.
Les Amharas ne sont pas des adversaires de la vision du gouvernement central, comme pourrait le suggérer le récit d’Abiy. Au lieu de cela, ils forment une communauté cherchant à faire valoir leurs droits dans une nation qu’ils appellent chez eux. En les présentant comme des opposants, le régime d’Abiy espère faire taire une voix importante de la nation. Mais la dissidence ne peut pas être noyée en la qualifiant simplement.
De plus, le déploiement tactique des personnalités Amhara dans son cabinet ajoute un vernis de représentation tout en masquant les injustices plus profondes en jeu. En utilisant des personnalités Amhara éminentes comme le visage de politiques qui affectent de manière disproportionnée leur communauté, Abiy masque la réalité de son programme. L’affectation de son ami proche de l’INSA, Tiruneh, à la tête de certaines commandes est révélatrice de la marionnette en jeu. C’est une tactique politique séculaire : employer des membres d’une communauté pour exécuter des politiques contre les leurs, fournissant ainsi un écran de fumée contre les accusations de parti pris ou de préjugés.
Un examen plus attentif du parlement révèle une image troublante. Certains représentants, élus pour exprimer les préoccupations des Amharas, semblent plus intéressés à s’aligner sur le récit du régime, peut-être pour des gains personnels. Ces personnes doivent se rendre compte que dîner et trinquer avec ceux qui sont au pouvoir, alors que leurs électeurs souffrent, est une trahison de leur mandat.
La situation dans la région d’Amhara est particulièrement préoccupante. Le récit, empreint de méfiance et d’antagonisme, menace de dresser Ethiopien contre Ethiopien, région contre région. L’histoire a toujours montré que de telles tactiques de division, si elles ne sont pas maîtrisées, peuvent éclater des nations, causant des dommages irréparables. En outre, les efforts militaristes défendus par Abiy, de ses nouvelles forces de guerre d’élite au déploiement de drones contre son propre peuple, rappellent brutalement le gouffre grandissant entre les intentions du dirigeant et les aspirations du peuple.
La position dédaigneuse d’Abiy envers les médias, illustrée par sa réponse audacieuse sur le fait d’éviter les conférences de presse, brosse le portrait d’un dirigeant de plus en plus distant de ses propres électeurs. Un tel détachement des normes démocratiques et de la responsabilité publique ne fait qu’aggraver la méfiance du peuple.
Ainsi, alors que le paysage politique poursuit son inexorable changement, ceux qui se sont autrefois alliés au régime d’Abiy doivent tenir compte des leçons de l’histoire et de l’introspection. L’allégeance aveugle, en particulier face à des faux pas flagrants, peut être catastrophique. Les histoires d’autres nations où l’autorité incontrôlée et la dissidence réprimée ont conduit au chaos devraient servir de rappel brutal.
En résumé, alors que le scénario politique en Éthiopie subit des changements sismiques, l’introspection devient critique. Il ne suffit pas de simplement défendre un leader ou une idéologie ; il faut aussi affronter les stratégies plus sombres en jeu. Les tactiques de division employées par le régime d’Abiy, bien qu’elles ne soient pas nouvelles dans les annales de l’histoire, doivent être reconnues, contestées et finalement déracinées pour que l’Éthiopie puisse véritablement embrasser son destin d’unité et de prospérité.






