Le tueur lent des conducteurs Trotro : un appel à l’IGP, au juge en chef et au GPRTU

Maria

IGP

Par : Muhammed Faisal Mustapha/Nii Okpoti Odamtten

Chaque matin, avant l’aube, des milliers de chauffeurs trotros à travers le Ghana quittent leur foyer à la recherche de pain quotidien. Ils passent de longues heures au volant, naviguent dans un trafic dense, font face à des conditions météorologiques difficiles et assument la responsabilité de transporter des millions de Ghanéens en toute sécurité vers leur destination.

Pourtant, malgré le rôle essentiel qu’ils jouent dans le maintien de l’économie du pays, de nombreux chauffeurs trotro continuent de souffrir en silence.

Les chauffeurs Trotro font partie des héros méconnus du système de transport du Ghana. On estime que plus de 75 pour cent des Ghanéens dépendent des bus commerciaux, communément appelés trotros, pour leurs besoins de transport quotidiens. Les commerçantes, les commerçants, les enseignants, les infirmières, les journalistes, les policiers, les militaires, les tribunaux, les fonctionnaires, les étudiants et bien d’autres dépendent quotidiennement de ces chauffeurs.

Sans trotros, de nombreux lieux de travail, écoles, hôpitaux et marchés auraient du mal à fonctionner efficacement. Leur contribution à la productivité nationale et à la croissance économique ne peut être surestimée.

Malheureusement, malgré cette énorme contribution, les pilotes trotro sont souvent méprisés. Beaucoup sont injustement étiquetés comme analphabètes et traités avec peu de respect simplement parce que la société suppose qu’ils ont peu ou pas d’éducation formelle. Cette perception ignore le fait que bon nombre de ces conducteurs sont des personnes responsables et travailleuses qui sacrifient quotidiennement leur confort pour servir le public.

En tant que journalistes communautaires, nous avons décidé d’enquêter sur certains des défis auxquels sont confrontés les conducteurs de trotro. Pour mieux comprendre leurs préoccupations, nous avons passé du temps sur les routes et nous sommes même fait passer pour des potes trotros. Ce que nous avons découvert était troublant et déchirant.

De nombreux conducteurs se plaignent du harcèlement constant de certains policiers sur les routes. Au-delà de leurs obligations légitimes de maintien de l’ordre, certains conducteurs affirment être victimes d’intimidations, de retards inutiles et, dans certains cas, de pertes financières résultant de confrontations avec les policiers.

Plusieurs conducteurs ont raconté comment les passagers sont parfois obligés de descendre de leur véhicule après des disputes avec les policiers, ce qui provoque des embarras pour les conducteurs et des désagréments pour les navetteurs. Dans de nombreux cas, ces incidents entraînent des pertes financières importantes car les conducteurs perdent à la fois du temps et des revenus potentiels.

Plus inquiétant encore sont les affirmations de certains conducteurs selon lesquelles des désaccords personnels, des malentendus ou même des expressions faciales ont parfois été interprétés négativement par certains agents, conduisant à des confrontations qui autrement auraient pu être évitées.

La peur de la salle d’audience

Pour de nombreux conducteurs de trotro, la plus grande peur commence lorsqu’une confrontation routière se termine au tribunal.

Certains conducteurs affirment qu’après des désaccords avec des policiers, ils sont arrêtés et poursuivis pour diverses infractions. Qu’ils soient coupables ou innocents, nombre d’entre eux entrent dans la salle d’audience effrayés et confus.

Selon plusieurs sources, de nombreux conducteurs affirment vivre dans la peur constante de rencontrer des policiers non professionnels qui les accuseraient d’infractions qu’ils n’ont pas commises. D’autres affirment également que certains agents les traitent comme s’ils leur avaient personnellement fait du tort, plutôt que de simplement appliquer la loi.

L’environnement d’une salle d’audience lui-même peut être intimidant. Se présenter devant un juge sous les armoiries nationales suffit à rendre nerveux même les individus les plus instruits. Pour les conducteurs ayant peu d’éducation formelle et aucune formation juridique, l’expérience peut être bouleversante.

Beaucoup comparaissent devant le tribunal sans représentation légale. Certains ont du mal à comprendre les procédures juridiques, tandis que d’autres ont du mal à expliquer efficacement leur version des faits. Par peur et par panique, ils gardent souvent le silence ou omettent de communiquer des faits importants qui pourraient aider leur défense.

Il en résulte un sentiment croissant chez de nombreux conducteurs d’être vulnérables et seuls face au système judiciaire.

Un appel à l’équité et à la protection

Cet article n’a pas pour but de protéger les conducteurs qui enfreignent délibérément la loi. Les règles de sécurité routière existent pour une raison et doivent être respectées par tous les usagers de la route.

Cependant, il est également nécessaire de garantir que chaque conducteur soit traité avec dignité, équité et respect. Les forces de l’ordre doivent toujours être professionnelles, impartiales et guidées par la justice.

Nous appelons donc respectueusement l’Inspecteur général de la police (IGP) à renforcer les mécanismes de contrôle et à garantir que les agents qui interagissent avec les chauffeurs commerciaux se conduisent de manière professionnelle à tout moment.

Nous appelons également le juge en chef à explorer des mesures susceptibles d’améliorer l’accès à la justice pour les usagers de la route vulnérables, y compris les conducteurs commerciaux qui ne comprennent peut-être pas pleinement les procédures judiciaires ou n’ont pas les moyens de se faire représenter par un avocat.

Un rôle plus fort pour le GPRTU

Le Syndicat des transports routiers privés du Ghana (GPRTU) doit également se montrer à la hauteur.

Le syndicat devrait intensifier les programmes d’éducation et d’orientation destinés aux conducteurs sur leurs droits, responsabilités et obligations en vertu de la loi. Les conducteurs doivent posséder les connaissances nécessaires pour gérer leurs interactions avec les agents chargés de l’application des lois de manière respectueuse et légale.

Au-delà de l’éducation, le syndicat devrait établir des systèmes de soutien juridique plus solides pour ses membres. Une assistance juridique d’urgence, des bureaux d’aide juridique et des lignes d’assistance téléphonique dédiées pourraient aider les conducteurs confrontés à des difficultés sur la route ou devant les tribunaux.

Un chauffeur qui passe toute sa journée à transporter des citoyens ne doit pas se sentir abandonné face à des difficultés juridiques ou administratives.

Le côté humain que nous ignorons souvent

Derrière chaque volant trotro se cache un être humain.

Un père qui peine à payer les frais de scolarité.

Un mari qui essaie de subvenir aux besoins de sa famille.

Un jeune homme qui travaille sans relâche pour survivre dans une économie difficile.

Lorsqu’un chauffeur trotro perd une journée entière de revenus en raison d’un harcèlement évitable ou de retards inutiles, ce n’est pas seulement lui qui en souffre. Sa femme souffre. Ses enfants souffrent. Ses dépendants souffrent.

En tant que nation, nous devons commencer à considérer les chauffeurs trotro non seulement comme des conducteurs de véhicules commerciaux, mais aussi comme des citoyens travailleurs dont la contribution mérite reconnaissance, protection et respect.

Les roues du Ghana bougent parce qu’elles bougent.

Il est temps que leurs voix soient entendues.

Comme le dit le proverbe, jusqu’à ce que le lion raconte sa propre histoire, le chasseur sera toujours célébré comme le héros tandis que le lion est dépeint comme le méchant. Il est temps que le discours change en veillant à ce que chaque version de l’histoire soit entendue.