
La majorité des Africains soutiennent le rôle des médias dans la tenue des gouvernements responsables, même si beaucoup perçoivent la liberté de la presse en baisse à travers le continent, selon une nouvelle enquête afrobaromètre publiée avant la Journée mondiale de la liberté de la presse 2025.
L’étude, couvrant 30 pays, révèle un contraste frappant entre la demande publique de journalisme d’investigation et le scepticisme croissant à propos de l’autonomie des médias.
Dans les nations interrogées, 41% des citoyens pensent que leurs médias sont «pas très libres» ou «pas du tout libres» pour opérer sans interférence du gouvernement, tandis que 55% le considèrent comme «quelque peu» ou «complètement» libre. Les perceptions varient considérablement selon le pays: au Congo-Brazzaville, 83% signalent une liberté médiatique limitée, contre seulement 15% en Tanzanie. Au cours des trois dernières années, la Guinée a connu la baisse la plus forte de la liberté de la presse perçue (+21 points de pourcentage), suivi du Mali (+16) et de Madagascar (+14). Inversement, le Gabon (-32 points), le Maroc (-13) et la Côte d’Ivoire (-9) ont enregistré des améliorations notables.
Malgré ces défis, 64% des Africains affirment que les médias devraient publier librement sans contrôle de l’État, rejetant la censure du gouvernement. Un écrasant 72% approuve l’obligation des médias «d’étudier constamment et de faire rapport sur les erreurs et la corruption du gouvernement», ne craignant que 25% que les rapports critiques nuisent aux intérêts nationaux.
Les résultats soulignent un paradoxe: même si les citoyens apprécient la transparence, la confiance dans les institutions des médias est testée par des pressions politiques et des lois restrictives. Dans des pays comme le Nigéria (59%) et le Cameroun (69%), où la plupart considèrent les médias comme contraints, les journalistes sont souvent confrontés à des menaces et à une violence juridiques. Pendant ce temps, des nations comme la Namibie (22%) et la Tunisie (23%) reflètent une confiance plus élevée dans l’indépendance de la presse.
Les données d’Afrobaromètre, tirées de 41 200 interviews en face à face, met en évidence le rôle central des médias dans les démocraties africaines. Pourtant, l’érosion de la liberté de la presse dans plus d’un tiers des pays interrogés stimulent les alarmes pour les défenseurs. «Ces tendances signalent la nécessité de protéger les journalistes et de réformer les lois qui étouffent la liberté d’expression», a noté Daniel Iberi, coordinateur des communications de l’Afrique de l’Est d’Afrobaromètre.
Le rapport arrive au milieu des débats mondiaux sur la censure numérique et la désinformation. Alors que les médias sociaux élargissent l’accès à l’information, sa crédibilité est en retard: seulement 26% des Ghanéens ont fait confiance aux plateformes en ligne dans une enquête connexe en 2024. Les médias traditionnels conservent une confiance modérée, mais la baisse des chiffres (41% pour les débouchés privés et étatiques) suggèrent que les publics recherchent une plus grande responsabilité.
Alors que l’Afrique navigue sur les changements politiques et les défis économiques, la tension entre la gouvernance et la liberté de la presse reste critique. Les données préconisent des politiques qui protègent les journalistes tout en favorisant l’engagement du public, garantissant que les médias peuvent remplir son rôle de surveillance sans crainte.






