

Par Kebour Ghenna
L’Éthiopie est en train de se moderniser, du moins sur le papier.
La dernière étape se présente sous la forme des réformes des changes de la Banque nationale d’Éthiopie, notamment la directive n° FXD/04/2026 et les mesures connexes, qui visent à libéraliser le régime des changes. Le message est clair : moins de contrôles, plus de flexibilité, une circulation des capitaux plus facile et un système qui ressemble enfin à ceux des économies avancées.
La réaction a été extrêmement positive.
Les investisseurs applaudissent. Les analystes approuvent. Les institutions approuvent. Il y a eu remarquablement peu de critiques. Et c’est peut-être la première chose qui mérite d’être remarquée.
Pourquoi si peu de contestations ?
Parce que les réformes parlent le langage que le système mondial comprend : libéralisation, efficacité, ouverture. Ce ne sont pas seulement des politiques, ce sont des signaux. Cela indique que l’Éthiopie est « prête », « à se réformer » et « ouverte aux affaires ». Dans un monde où le capital récompense la familiarité, l’adoption du scénario standard suscite des éloges immédiats.
Mais l’éloge n’est pas une preuve.
L’idée derrière les réformes est élégante. Laissez le marché déterminer le prix des devises. Permettre aux capitaux de circuler plus librement. Ayez confiance que l’efficacité suivra.
Mais les économies ne se construisent pas sur l’élégance. Ils sont construits sur une structure.
Le défi de l’Éthiopie n’est pas principalement réglementaire, il est productif. Le pays ne manque pas de devises parce que les règles sont mauvaises. Elle manque de devises parce qu’elle n’en produit pas encore suffisamment pour que le monde veuille en acheter.
Libéraliser l’accès aux devises ne crée pas d’exportations. Il redistribue la rareté.
Et lorsque la rareté est redistribuée sur les marchés, elle a tendance à se diriger vers ceux qui sont déjà en mesure d’y accéder, les importateurs, les intermédiaires et ceux qui disposent de capitaux. Pendant ce temps, les producteurs nationaux, qui continuent de renforcer leurs capacités, sont confrontés à une hausse des coûts et à une concurrence plus vive.
Le résultat peut être une sorte de progrès étrange : un système qui a l’air moderne, se comporte efficacement et pourtant a du mal à produire.
Alors, quand saurons-nous si cela ne fonctionne pas ?
Pas immédiatement. De telles réformes échouent rarement du jour au lendemain. Ils dérivent.
Mais les signes seront là :
** Pénurie de devises persistante ou aggravée malgré la libéralisation
** Un écart croissant entre importations et exportations
** Pression accrue sur la monnaie sans croissance correspondante de la capacité productive
** Les capitaux sortent plus vite qu’ils n’entrent
** Les industries nationales perdent du terrain plutôt que de gagner en force
À ce stade, la question ne sera plus de savoir si la politique est moderne.
Il s’agira de savoir si c’est approprié.
Et si ce n’est pas le cas ?
La réponse ne devrait alors pas être un déni, ni un redoublement de théorie. Ce devrait être un ajustement. Réintroduire des contrôles ciblés si nécessaire. Soutenir plus délibérément la production nationale. Ralentir le rythme de la libéralisation pour suivre le rythme de la transformation structurelle.
En développement, le timing compte plus que l’idéologie.
Il n’y a rien de mal en soi à devenir moderne. Mais il existe un danger discret à arriver trop tôt, avant que les fondations ne soient prêtes à en supporter le poids. La modernité, imposée avant la capacité, risque de devenir un vernis plutôt qu’une transformation. En fin de compte, le développement n’est pas jugé par la mesure dans laquelle une personne ressemble aux autres, mais par la fermeté avec laquelle elle est autonome. Et dans ce voyage, le timing n’est pas un détail, c’est tout.
Note de l’éditeur : L’article est apparu en premier sur la page SM personnelle de l’auteur.
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