La sortie du Ghana de la crise de la dette est confrontée à une autre épreuve alors que le pays se prépare à rembourser d’importantes obligations en euro-obligations au cours des deux prochaines années, selon le dernier rapport Africa’s Pulse de la Banque mondiale publié en octobre 2025.
Ce pays d’Afrique de l’Ouest doit régler environ 500 millions de dollars en paiements d’euro-obligations en 2025, ce qui représente 0,7 % du produit intérieur brut (PIB), avec des exigences de remboursement grimpant à 1,2 % du PIB en 2026. Ces obligations arrivent quelques mois seulement après que le Ghana a conclu son douloureux programme de restructuration de la dette qui a permis au pays de sortir d’un défaut de paiement de 13 milliards de dollars.
Le timing ne pourrait pas être plus délicat. Le Ghana n’a repris le service des euro-obligations que récemment, début 2025, après des négociations de restructuration réussies avec les détenteurs d’obligations, et le gouvernement continue de mettre en œuvre des réformes dans le cadre du plan de sauvetage de 3 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI) obtenu en 2023. Alors que les indicateurs économiques montrent une reprise, avec une inflation chutant à 12,1 % en juillet 2025 contre 23,8 % en décembre 2024, les pressions sur les remboursements posent de nouveaux risques pour la stabilité budgétaire.
Le Ghana n’est pas seul dans cette situation difficile. La Banque mondiale prévient que plusieurs pays d’Afrique subsaharienne sont confrontés à d’importantes pressions de refinancement alors que les euro-obligations émises précédemment approchent de leur échéance, ce qui pose des défis considérables en matière de viabilité de la dette. Le rapport identifie 2026 comme l’année de pointe pour les pressions régionales en matière de remboursement de la dette, créant ce qui pourrait devenir une tension financière synchronisée dans plusieurs économies africaines.
L’Afrique du Sud sera confrontée aux rachats d’obligations les plus importants entre 2025 et 2027, équivalant à 3 % du PIB sur la période. Pendant ce temps, le Sénégal doit régler des rachats d’obligations totalisant 1,1 milliard de dollars entre 2026 et 2028, dont environ un tiers venant à échéance en 2026. Le Kenya a réussi à atténuer certaines pressions grâce à des rachats stratégiques d’obligations arrivant à échéance, même si les nouveaux prêts ont été acquis à des coûts relativement plus élevés, avec des rendements de 10,375 pour cent et 9,95 pour cent, nettement supérieurs aux rendements payés précédemment.
Le calendrier de remboursement régional révèle des vulnérabilités plus larges dans la gestion de la dette souveraine africaine. Depuis 2010, 16 pays d’Afrique subsaharienne ont émis des euro-obligations, avec un accès au marché s’est considérablement élargi entre 2016 et 2019. Bon nombre de ces obligations approchent désormais de leur échéance simultanément, créant des besoins de refinancement groupés qui pourraient amplifier les primes de risque dans la région.
La Banque mondiale a mis en garde les États africains contre l’émission de nouvelles euro-obligations uniquement pour refinancer des obligations arrivant à échéance et des prêts commerciaux au lieu d’investir dans des projets d’infrastructure. Ce conseil revêt une importance particulière pour le Ghana, qui dispose d’un espace budgétaire limité et d’un accès restreint aux nouveaux financements internationaux à la suite de sa crise de la dette.
Pour le Ghana en particulier, les obligations de remboursement s’accompagnent de signaux économiques positifs. L’économie du pays a connu une croissance de 6,3 pour cent au deuxième trimestre 2025, principalement grâce au secteur des services qui a enregistré une croissance de 9,9 pour cent. La confiance des entreprises s’est améliorée, l’inflation poursuit sa trajectoire descendante et le cedi s’est renforcé par rapport aux principales devises.
Ces acquis restent toutefois fragiles. Les coûts de financement restent élevés et l’incertitude politique aux États-Unis pèse lourdement sur les taux de référence de nombreux pays, tandis que les risques mondiaux élevés et le resserrement des conditions financières ont fait augmenter les coûts d’emprunt. La capacité du Ghana à remplir ses obligations de remboursement sans déclencher un nouveau surendettement dépendra dans une large mesure du maintien de la discipline budgétaire, de la maximisation de la mobilisation des recettes intérieures et de l’obtention de financements concessionnels auprès des partenaires multilatéraux.
Les options du gouvernement sont limitées. Les marchés de capitaux internationaux, bien que théoriquement accessibles après la restructuration de la dette, restent prohibitifs pour un pays encore en train de restaurer la confiance de ses créanciers. Le service de la dette extérieure en Afrique subsaharienne a plus que doublé au cours de la dernière décennie, pour atteindre 2 % du PIB en 2024, illustrant ainsi le resserrement régional plus large.
L’expérience du Ghana offre des leçons qui donnent à réfléchir sur le cycle de vie du financement des euro-obligations. Le pays a émis sa première euro-obligation en 2007 et est revenu sur les marchés internationaux à plusieurs reprises au cours des années suivantes, accumulant des obligations qui sont finalement devenues insoutenables en raison de la hausse mondiale des taux d’intérêt et des pressions économiques intérieures. Le calendrier de remboursement actuel représente la fin de ce cycle d’emprunt.
La Banque mondiale prévoit que l’économie de l’Afrique subsaharienne connaîtra une croissance de 3,8 % en 2025, contre 3,5 % en 2024, ce qui apportera un vent favorable à la région. Mais pour le Ghana et d’autres pays confrontés à des pressions de rachat maximales en 2026, la question n’est pas de savoir si les économies sont en croissance. Il s’agit de savoir si leur croissance est suffisamment rapide pour gérer le fardeau de la dette accumulé pendant des périodes plus optimistes.
Les 18 prochains mois permettront de déterminer si la restructuration de la dette du Ghana a fourni une véritable marge de manœuvre ou si elle a simplement reporté les inévitables difficultés. Avec 500 millions de dollars dus cette année et des obligations plus importantes imminentes en 2026, le gouvernement est confronté à un délicat exercice d’équilibre entre répondre aux attentes des créanciers extérieurs et maintenir la stabilité économique intérieure.






