Les ressources naturelles du Congo sont évaluées à la somme stupéfiante de 24 000 milliards de dollars américains. Elle détient les plus grands gisements de coltan au monde, est le plus grand producteur mondial de minerai de cobalt et possède de vastes réserves d’or, de cuivre, d’étain, de tungstène et de diamants industriels. Malgré cette richesse minière exceptionnelle, plus de 70 pour cent des Congolais vivent avec moins de 2,15 dollars américains par jour.
Ce n’est pas un paradoxe. C’est un système. Et il y a des architectes.
Les minéraux partent. Les gens restent.
Dans l’ensemble des réseaux miniers informels et illégaux de la République démocratique du Congo (RDC), le contrôle de l’extraction et du commerce est une activité lucrative. Les groupes armés profitent de la contrebande d’or, de coltan, d’étain et de tungstène, généralement via le commerce transfrontalier vers les pays voisins. Cette économie de guerre parallèle prive le gouvernement congolais des revenus indispensables pour gouverner, construire et entretenir les infrastructures.
Le sentier ne s’arrête pas à la frontière. Les experts des Nations Unies (ONU) rapportent que plus de 120 tonnes de coltan sont transportées chaque mois de la RDC vers le Rwanda, où il est blanchi et exporté comme produit rwandais vers la Chine, l’Europe et les États-Unis. Entre 2017 et 2024, les exportations de minerais du Rwanda ont augmenté de près de 500 %, passant de 373 millions de dollars à 1,75 milliard de dollars, l’or étant le principal produit d’exportation avec 1,5 milliard de dollars en 2024. Les réserves minérales nationales du Rwanda sont loin d’expliquer ces chiffres.
L’insurrection du M23 serait financée par l’exploitation du coltan et d’autres minerais, notamment des informations selon lesquelles le M23 aurait exporté frauduleusement au moins 150 tonnes de coltan vers le Rwanda en 2024, ce qui représente entre sept et dix pour cent de l’approvisionnement mondial annuel de la RDC.
Début 2025, le Trésor américain a agi. Washington a imposé des sanctions à James Kabarebe, ministre d’État rwandais chargé de l’intégration régionale, pour avoir orchestré le soutien des Forces de défense rwandaises (RDF) au M23, coordonné l’exportation de minéraux extraits de la RDC et géré les revenus générés par les mines illégalement occupées.
Les avions volent effectivement.
La question du maintien de la paix
Lorsque l’Afrique du Sud a déployé environ 2 900 soldats en RDC dans le cadre de la Mission de la Communauté de développement de l’Afrique australe en RDC (SAMIDRC) début 2024, le cadre officiel était la stabilité régionale. La réalité est devenue considérablement plus compliquée.
L’indignation du public en Afrique du Sud a atteint son paroxysme en janvier 2025 lorsque les rebelles du M23 et les forces rwandaises ont envahi la base du SAMIDRC à Sake et capturé Goma le lendemain, tuant 14 soldats de la Force de défense nationale sud-africaine (SANDF).
Dans la foulée, les questions se sont multipliées. La porte-parole du président rwandais Paul Kagame, Yolande Makolo, a écrit publiquement sur les réseaux sociaux, accusant le président Cyril Ramaphosa d’envoyer des troupes en RDC pour protéger ses intérêts personnels dans le secteur minier. Les Combattants de la liberté économique (EFF) d’Afrique du Sud ont formulé des allégations similaires lors d’une session parlementaire chargée.
La présidence a fermement rejeté ces affirmations. Le porte-parole présidentiel Vincent Magwenya a déclaré que cette affirmation était totalement dénuée de toute vérité, ajoutant que l’Afrique du Sud avait été impliquée dans plus de 20 initiatives de maintien de la paix sur le continent, un engagement remontant à plus de deux décennies.
Les deux choses peuvent être simultanément vraies : l’Afrique du Sud a une véritable histoire de maintien de la paix et la zone de conflit dans l’est de la RDC chevauche précisément un territoire contenant certains des minéraux les plus précieux au monde, dans lequel divers gouvernements et entreprises détiennent des intérêts extractifs. Les deux ne s’excluent pas mutuellement. C’est précisément ce qui rend la question si difficile et si nécessaire.
Le Kenya a envoyé des troupes dans un cadre similaire. On a dit au public kenyan qu’il s’agissait d’une mission de maintien de la paix. Les familles ont envoyé leurs fils et leurs filles dans un conflit dont la justification officielle et la dynamique réelle ont continué de diverger. Lorsque ces soldats débarquent sur un territoire où le coltan est extrait pour 800 000 dollars par mois pour des groupes armés, et où les minerais quittent le pays par des itinéraires qui ne sont pas pris en compte dans les registres, la définition du maintien de la paix mérite un examen minutieux.
La table de l’Union africaine
L’Union africaine (UA) continue de convoquer des sommets. Les dirigeants se serrent la main. Des communiqués sont publiés. Et dans l’est de la RDC, plus de 7,3 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, la violence sexuelle reste endémique et les infrastructures sont en ruines.
Les milices armées contrôlent les sites miniers et extorquent les exploitants miniers, utilisant leurs bénéfices pour acheter des armes, payer les combattants et financer des massacres et des déplacements forcés. Dans la seule province aurifère de l’Ituri, les milices armées ont gagné au moins 140 millions de dollars de revenus miniers en 2024.
Les hommes assis à la table de l’UA ne l’ignorent pas. Les routes commerciales ne sont pas secrètes. L’ONU les documente depuis des années. Le Trésor américain a sanctionné les personnes impliquées dans ces activités. La question de savoir pourquoi le pillage continue malgré toute cette documentation est, en fin de compte, une question de pouvoir : qui le détient, qui profite de son exercice et qui supporte le prix de son silence.
La question à 24 000 milliards de dollars
Le Congo est appelé pauvre. L’étiquette mérite d’être examinée attentivement. Un pays doté de 24 000 milliards de dollars de richesses minières n’est pas pauvre au sens où ce terme est habituellement compris. Ses habitants sont pauvres. Son gouvernement est chroniquement sous-financé. Son infrastructure est en ruine. Mais les minéraux sont en train d’être extraits. La richesse est générée. Il s’agit simplement d’aller ailleurs.
L’universitaire Siddharth Kara a décrit une économie du sang contre le cobalt en RDC qui continue de déshumaniser le peuple congolais, établissant des parallèles avec l’économie de l’esclavage contre le caoutchouc qui a défini la période coloniale brutale du Congo sous le roi belge Léopold II.
Les formes changent. La structure perdure.
La tragédie de l’Afrique en RDC n’est pas due à un manque de ressources. Il ne s’agit pas d’un échec géographique, culturel ou de capacité. Il s’agit d’un système d’extraction soutenu, documenté et largement impuni qui porte le langage de la stabilité, du maintien de la paix et de l’investissement tout en laissant les habitants de l’un des territoires les plus riches de la planète parmi les plus pauvres du monde.
Les avions volent. La question est de savoir ce qu’ils transportent et pour qui.





