L’augmentation des dettes énergétiques du Ghana et le changement de politique étrangère mettent à rude épreuve les relations avec les États-Unis

Maria

Jean Mahama

Les dettes croissantes du Ghana dans le secteur énergétique et l’engagement croissant de l’administration Mahama avec la Russie et la Chine créent de nouvelles tensions avec les États-Unis, alors que les développements politiques et juridiques dans le pays attirent l’attention des observateurs internationaux.

Les entreprises américaines impayées alors que les dettes augmentent

Le Ghana doit environ 251 millions de dollars à plusieurs sociétés américaines opérant dans ses secteurs de l’énergie et des télécommunications, notamment Kosmos Energy, Chubb Insurance et American Tower Corporation (ATC). Les entreprises européennes seraient également confrontées à des factures impayées.

La question a attiré l’attention internationale plus tôt cette année lorsque le sénateur américain Jim Risch, membre éminent de la commission sénatoriale des relations étrangères, a critiqué le Ghana pour le service de ses dettes plus importantes envers la Chine tout en prenant du retard dans les paiements aux entreprises américaines.

« Le ministre des Affaires étrangères du Ghana devrait se concentrer sur le respect des engagements de son gouvernement à rembourser les entreprises américaines et les contribuables américains », a écrit Risch sur les réseaux sociaux. « Nous ne pouvons pas continuer à subventionner le Ghana pendant qu’il continue de payer des dettes bien plus importantes à la Chine. »

Les responsables ghanéens ont rejeté ces critiques, qualifiant les dettes américaines de mineures par rapport aux réparations historiques qui, selon eux, sont dues à cause de l’esclavage.

Le réalignement géopolitique du gouvernement soulève des questions

Depuis son retour au pouvoir, le président John Mahama a adopté une position de politique étrangère qui semble plus alignée sur celle de la Chine et de la Russie. Mahama a publiquement fait l’éloge du bloc BRICS et a précédemment lancé l’édition en russe de ses mémoires à Moscou. Les analystes affirment que ce changement marque une rupture avec les liens historiquement étroits du Ghana avec les gouvernements occidentaux.

Le Ghana est devenu producteur de pétrole et de gaz en 2010, et les sociétés occidentales ont joué un rôle clé dans le développement de ses gisements offshore. Les États-Unis ont également soutenu des projets d’énergie renouvelable dans le pays, notamment la première installation hybride hydro-solaire d’Afrique de l’Ouest.

Des personnalités de l’opposition ciblées dans la campagne anti-corruption

Au niveau national, l’administration Mahama a lancé une initiative anti-corruption connue sous le nom de Opération Récupérer tout le butin (ORAL). Les critiques affirment que ces efforts ont ciblé de manière disproportionnée les responsables du Nouveau Parti patriotique (NPP), un parti d’opposition.

Le cas le plus marquant concerne l’ancien ministre des Finances Ken Ofori-Attaqui a supervisé le programme budgétaire post-pandémique du Ghana. Le domicile d’Ofori-Atta a été perquisitionné l’année dernière alors qu’il se trouvait à l’étranger pour recevoir des soins médicaux. Les autorités l’ont ensuite décrit comme un « fugitif de la justice » et ont obtenu une notice rouge d’Interpol, bien qu’aucune accusation n’ait été rendue publique.

Près d’un an après le début de l’enquête, le procureur général du Ghana a déclaré que le procureur spécial n’avait pas soumis de dossier permettant au gouvernement de demander officiellement l’extradition d’Ofori-Atta des États-Unis.

Des questions ont depuis été soulevées sur les circonstances dans lesquelles la notification d’Interpol a été émise, car l’organisation exige généralement des accusations formelles avant que de telles notifications puissent être accordées.

Le juge en chef démis de ses fonctions et de nouveaux juges nommés

Les inquiétudes concernant l’indépendance judiciaire se sont intensifiées après que le président Mahama a suspendu puis démis le juge en chef du Ghana à la suite de pétitions qui n’ont pas été rendues publiques. Il s’agit de la première suppression de ce type depuis que le Ghana a rétabli l’ordre constitutionnel en 1992.

Mahama a depuis nommé sept nouveaux juges à la Cour suprêmeaugmentant ainsi l’influence de son administration sur le plus haut tribunal du pays.

Dans le même temps, plusieurs affaires impliquant des hauts responsables du National Democratic Congress (NDC) de Mahama ont été classées. Accusations contre l’ancien ministre des Finances Kwabena Duffuorliées à l’effondrement d’Unibank, ont été abandonnées au motif que l’affaire manquait d’intérêt public.

Les pressions dans le secteur de l’énergie s’ajoutent aux tensions diplomatiques

Le Ghana doit plus que 2,6 milliards de dollars d’arriérés accumulés dans le secteur de l’énergie, selon les estimations du gouvernement. Les analystes affirment que donner la priorité au remboursement des créanciers chinois tout en retardant les paiements aux entreprises américaines et européennes risque de nuire à la réputation du Ghana auprès des investisseurs occidentaux.

Le Ghana était autrefois considéré comme l’une des démocraties les plus stables et l’une des réussites énergétiques les plus stables d’Afrique de l’Ouest. Mais les observateurs affirment que la combinaison du réalignement géopolitique, de l’augmentation des dettes et des tensions politiques crée une nouvelle incertitude pour la trajectoire économique et démocratique du pays.

L’écrivain, Joseph Hammond est journaliste et ancien boursier Fulbright Public Policy auprès du gouvernement du Malawi. Il a réalisé des reportages sur quatre continents sur des sujets allant du printemps arabe à la rébellion du M23 dans l’est du Congo, avec des articles dans Newsweek, The Washington Post, Forbes.com, etc. Il contribue à l’intérêt national depuis 2016. Hammond a reçu des bourses organisées par plusieurs groupes de réflexion, dont le National Endowment for Democracy, le Conseil atlantique des États-Unis, la Heinrich Boll Stiftung North America Foundation et le Policy Center for the New South’s Atlantic Dialogue.