La crise du chômage des jeunes en Afrique exige un nouveau contrat social

Maria

La crise du chômage des jeunes en Afrique exige un nouveau contrat social

Partout en Afrique, un débat discret mais urgent se déroule, qui va bien au-delà des statistiques de l’emploi ou des prévisions économiques. Il s’agit d’un débat sur la dignité, les opportunités et l’avenir d’un continent dont la trajectoire démographique ne ressemble à aucune autre. Alors que plus de 60 pour cent des Africains ont moins de 25 ans, la question de savoir comment créer un travail significatif pour les jeunes est devenue l’un des défis politiques déterminants du 21e siècle.

Un projet multisectoriel récemment publié cherche à relever ce défi de front. Plutôt que de proposer une autre liste d’engagements ambitieux, il présente un programme pratique et interconnecté pour remodeler l’éducation, l’industrie, l’agriculture et la gouvernance. Son argument central est simple : le boom démographique de l’Afrique peut constituer un avantage historique, mais seulement si les dirigeants alignent les institutions et les investissements sur les réalités des marchés du travail d’aujourd’hui.

Au cœur du document se trouve une revendication morale autant qu’économique. Réduire le chômage des jeunes, affirme-t-il, est « une question de dignité ». Lorsque les jeunes peuvent accéder à un travail stable et valorisant, ils bâtissent des familles, des entreprises et des communautés durables. Lorsqu’ils ne le peuvent pas, les conséquences se répercutent sur toutes les sociétés, alimentant les troubles, les pressions migratoires et les cycles de pauvreté.

Réinventer l’éducation pour une économie en évolution

L’une des critiques les plus virulentes du projet concerne les systèmes d’éducation et de formation africains, qui préparent souvent les étudiants à des emplois qui n’existent plus. Le rapport appelle à une évolution à l’échelle du continent vers des programmes d’études conçus avec les employeurs, et non en dehors d’eux.

Cela comprend la modernisation des programmes secondaires et tertiaires pour refléter les besoins des secteurs à forte croissance tels que l’agroalimentaire (transformation agroalimentaire), la construction, la logistique, la santé et les services numériques. Il exhorte également les gouvernements à développer l’enseignement technique et professionnel, l’apprentissage et les modèles de formation en alternance – des approches qui se sont révélées efficaces dans les pays où les transitions de l’école au travail sont plus fluides.

Les compétences fondamentales restent une priorité. Un grand nombre de jeunes quittent encore l’école sans avoir de solides capacités en matière d’alphabétisation, de calcul ou de résolution de problèmes. Pour ceux qui sont déjà en dehors du système formel, le modèle recommande des diplômes courts et cumulables qui peuvent être obtenus de manière flexible et directement liés aux opportunités d’emploi.

Libérer le pouvoir des PME et de l’économie informelle

Les petites et moyennes entreprises (PME) constituent l’épine dorsale des économies africaines, absorbant la majorité des nouveaux arrivants sur le marché du travail. Pourtant, ils restent limités par la bureaucratie, un accès limité au financement et des environnements réglementaires imprévisibles.

Les réformes proposées visent à changer cette situation en simplifiant l’enregistrement des entreprises, en numérisant les systèmes fiscaux et en introduisant des microprélèvements prévisibles qui rendent la formalisation moins lourde. L’accès au financement – ​​longtemps un obstacle pour les entreprises dirigées par des jeunes – serait élargi grâce aux garanties de crédit, aux micro-fonds propres et à l’affacturage de factures.

Les gouvernements eux-mêmes sont encouragés à devenir des partenaires plus fiables. Les objectifs en matière de marchés publics et les règles de paiement à 30 jours pourraient canaliser une activité importante vers des entreprises dirigées par des jeunes, stimulant ainsi la création d’emplois de bas en haut.

L’agriculture comme plateforme pour la prospérité des jeunes

Malgré une urbanisation rapide, l’agriculture reste le principal moyen de subsistance de millions de ménages africains. Le plan soutient que la transformation du secteur est essentielle, non seulement pour la sécurité alimentaire mais aussi pour l’emploi des jeunes.

Ses recommandations incluent le regroupement d’intrants améliorés, de services de mécanisation, de soutien à la vulgarisation et de contrats avec les acheteurs pour réduire les risques et augmenter la productivité. Les registres fonciers numérisés et les modèles de location flexibles pourraient aider les jeunes à accéder à la terre sans attendre l’héritage. Parallèlement, les investissements dans les technologies agricoles, les pratiques intelligentes face au climat, les pôles d’agrégation et les chaînes du froid moderniseraient les économies rurales et créeraient de nouvelles opportunités à valeur ajoutée.

Politique industrielle, infrastructures et promesses de la ZLECAf

Le boom démographique de l’Afrique ne peut se traduire par une croissance économique que si le continent construit les infrastructures et les capacités industrielles nécessaires pour absorber des millions de nouveaux travailleurs. Le projet appelle à une politique industrielle ciblée ancrée dans des zones économiques spéciales dotées d’une énergie fiable, d’une logistique efficace et de douanes rationalisées.

Des pactes de contenu local et de compétences garantiraient que les investisseurs étrangers et nationaux contribuent au développement de la main-d’œuvre. Et en tirant parti de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), les pays pourraient se positionner au sein des chaînes de valeur régionales, en se spécialisant dans les niches où ils détiennent des avantages concurrentiels.

Une économie numérique conçue pour l’inclusion

La connectivité numérique n’est pas présentée comme un luxe mais comme une condition préalable à l’emploi moderne. Un Internet universel et abordable, fourni via des réseaux de fibre étendus et une couverture 4G/5G, ouvrirait la voie au travail à distance, à l’apprentissage en ligne et à l’entrepreneuriat numérique.

Le plan souligne également l’importance de l’infrastructure publique numérique : des systèmes d’identification nationaux, des paiements électroniques interopérables et des registres qui réduisent les frictions pour les demandeurs d’emploi et les micro-entreprises. Des programmes de compétences numériques courts et adaptés à l’industrie aideraient les jeunes à accéder à des postes dans les domaines des données, des services cloud, de la cybersécurité et des ventes numériques.

Protéger les revenus tout en permettant les transitions

Reconnaissant que de nombreux jeunes sont confrontés à des difficultés économiques immédiates, le plan comprend des mesures visant à protéger les revenus tout en facilitant l’accès au travail. Il s’agit notamment de transferts monétaires ciblés et limités dans le temps liés à la formation et à la recherche d’emploi, ainsi que de programmes de travaux publics modernisés axés sur les infrastructures résilientes au climat et la modernisation urbaine.

L’économie des soins – développement de la petite enfance, soins aux personnes âgées et santé communautaire – est présentée comme un secteur à forte intensité de main-d’œuvre avec un potentiel important de création d’emplois et d’impact social.

Gouvernance, responsabilité et voix des jeunes

Les propositions les plus transformatrices concernent peut-être la gouvernance. Le modèle soutient que sans transparence et coordination, même les politiques les mieux conçues échoueront.

Il recommande des tableaux de bord publics sur l’emploi des jeunes pour suivre les résultats au niveau des districts, un financement basé sur les résultats pour les prestataires de formation et un « One Youth Compact » unifié pour aligner les ministères et les gouvernements locaux autour d’un plan national unique.

Fondamentalement, il appelle les jeunes eux-mêmes à participer à la prise de décision, grâce à une représentation dans les conseils économiques, à des bacs à sable réglementaires pour les nouveaux modèles économiques et à une mobilité transfrontalière plus facile pour les apprentissages et les emplois.

Un appel à la cohérence et au courage

La caractéristique qui distingue ce projet de nombreux efforts antérieurs est son insistance sur la cohérence. La création d’emplois ne peut être résolue par la seule réforme de l’éducation, ni par une politique industrielle isolée. Cela nécessite une approche coordonnée et fondée sur des données qui couvre tous les secteurs et place les jeunes au centre de la conception des politiques.

Le message est clair : la jeunesse africaine n’est pas un fardeau à gérer mais une génération de bâtisseurs, d’innovateurs et d’entrepreneurs qui attendent des systèmes qui reconnaissent leur potentiel. Que les gouvernements agissent avec l’urgence et l’ambition requises déterminera la trajectoire du continent pour les décennies à venir.