La Commission nationale des médias envisagée : promesses et pièges – Le point de vue d’un praticien

Maria

Image Whatsapp à MP

Par Richard Quashigah – Praticien des médias depuis 1995, législateur pendant 8 ans et membre du NMC pour trois mandats

Introduction

Ayant travaillé dans l’espace médiatique ghanéen depuis 1995, ayant été législateur pendant huit ans et ayant contribué pendant trois mandats à la Commission nationale des médias (NMC), j’ai vu à la fois les forces et les faiblesses de notre cadre constitutionnel actuel. Les propositions de réforme du Comité de révision de la Constitution présentent une réinvention audacieuse du NMC – ce que j’appelle le Commission nationale des médias envisagée. Cette vision est ambitieuse, mais elle n’est pas sans risques. S’il promet un régulateur moderne et habilité, il soulève également des questions sur l’inclusivité, l’indépendance et l’équilibre.

Du protecteur au régulateur

Le NMC existant a fonctionné en grande partie comme un protecteur de la liberté des médias et un médiateur dans les litiges. Toutefois, la Commission envisagée est conçue pour être un régulateur proactif- accréditer les journalistes, faire respecter les normes et empêcher la monopolisation. Cette transformation est nécessaire à une époque de perturbation numérique et de désinformation. Pourtant, il faut l’aborder avec prudence pour éviter de porter atteinte aux libertés mêmes qu’il cherche à protéger.

Gouvernance rationalisée – Moins de représentation

La proposition réduit le nombre de membres de la Commission de 18 à 7, en introduisant un secrétaire exécutif en tant que directeur général. Même si cela promet de l’efficacité, cela risque exclure les voix diverses — la société civile, le monde universitaire et d’autres associations professionnelles qui ont historiquement enrichi les délibérations de la Commission. Une Commission plus réduite serait peut-être plus rapide, mais elle pourrait aussi être moins représentative de la société pluraliste du Ghana.

Mandat élargi – Risques de portée excessive

Le NMC envisagé :

  • Accréditer les journalistes et les médias.
  • Délivrer et révoquer les autorisations de diffusion.
  • Sanctionner les manquements éthiques.
  • Empêcher la monopolisation et la domination cross-média.
  • Définir les médias au sens large pour inclure les plateformes numériques.

Ces pouvoirs sont impressionnants, mais ils suscitent des inquiétudes :

  • Accréditation pourrait être perçu comme un moyen d’accorder des licences aux journalistes, ce qui pourrait restreindre la liberté d’expression.
  • Sanctions et application peut politiser la Commission si elle n’est pas soigneusement protégée.
  • Pouvoirs antimonopoles sont louables, mais les seuils et les mécanismes d’application restent vagues, ce qui risque d’être appliqué de manière incohérente.
  • Chevauchement avec d’autres régulateurs comme la National Communications Authority pourrait créer de la confusion et des guerres de territoire.

Le Secrétaire Exécutif – Pouvoir et Responsabilité

La création d’un poste puissant de secrétaire exécutif professionnalise le leadership, mais concentre également l’autorité. Avec des commissaires à temps partiel et un PDG à temps plein, la Commission risque de devenir Piloté par le Secrétaire exécutif plutôt que par la Commission.

Le processus de nomination, impliquant le Président et le Parlement, peut exposer ce rôle à des influences politiques. Sans un contrôle strict, les vastes pouvoirs du Secrétaire exécutif pourraient affaiblir le contrôle des membres de la Commission.

Indépendance financière – Risques de dépendance

Pendant des décennies, un financement inadéquat et irrégulier a affaibli l’efficacité de la Commission nationale des médias. Les réformes envisagées visent à résoudre ce problème en garantissant des ressources et en rendant la Commission éligible aux subventions du Fonds pour la démocratie. Une telle indépendance financière est essentielle pour garantir une réglementation impartiale et une résilience institutionnelle.

Pourtant, un financement garanti à lui seul n’élimine pas les risques. Étant donné que ces ressources restent contrôlées par le gouvernement, la Commission pourrait toujours être vulnérable aux retards, à la manipulation ou à l’influence politique. La véritable indépendance exige plus que des promesses constitutionnelles : elle doit être garantie dans la pratique grâce à des décaissements transparents, une budgétisation prévisible et de solides protections contre les ingérences.

L’importance du réalisme

Ayant vécu les réalités de l’évolution des médias au Ghana – depuis les premières années de libéralisation jusqu’aux perturbations numériques d’aujourd’hui – je crois que la Commission nationale des médias envisagée représente un pas en avant nécessaire. Il cherche à concilier liberté et responsabilité, diversité et réglementation, et indépendance et responsabilité. Cette vision ne consiste pas à restreindre la liberté des médias, mais à renforcer l’intégrité de l’espace médiatique afin qu’il continue de servir la démocratie, d’autonomiser les citoyens et de refléter les valeurs culturelles ghanéennes.

Pourtant, cette promesse ne se réalisera que si ses faiblesses sont corrigées. Sans garde-fous, la Commission risque de devenir un régulateur efficace mais moins représentatif, puissant mais politiquement vulnérable. Le défi consiste donc à construire une institution à la fois forte et juste, capable de réguler un environnement médiatique complexe tout en préservant le pluralisme et l’indépendance qui sont l’élément vital de notre démocratie.

Conclusion

Les propositions du Comité de révision de la Constitution devraient être adoptées comme un modèle de réforme, mais avec des garanties essentielles. La Commission nationale des médias envisagée doit être à la fois fort et juste: suffisamment fort pour réguler un environnement médiatique complexe, mais suffisamment juste pour protéger la liberté, la diversité et l’indépendance des médias.

En tant que praticien, législateur et membre de la Commission, je crois que cette vision est réalisable – mais seulement si nous affrontons de front ses faiblesses et construisons une institution qui sert véritablement la démocratie du Ghana.