Afrocritique
A l’heure où le cinéma zimbabwéen a soif de visibilité mondiale, Augmenter fait plus que tenir bon ; cela annonce un avenir cinématographique qui mérite d’être regardé.
Il existe un type particulier de film qui ne s’annonce pas par le spectacle mais s’installe tranquillement en vous, dépassant la résistance jusqu’à ce que vous réalisiez que vous retenez votre souffle. Jessica J. Rowlands Augmenter C’est ce genre de film, une œuvre qui comprend que la force émotionnelle ne vient pas de la taille mais de la clarté du but.
Ce qu’elle propose ici n’est pas seulement le portrait d’un garçon nommé Rise (joué avec un instinct étonnant par Sikhanyiso Ngwenya) et d’un entraîneur de boxe renfermé, Tobias (Tongayi Chirisa), mais une méditation sur la façon dont les jeunes se frayent un chemin vers la dignité dans des environnements qui leur refusent souvent la possibilité d’imaginer leur avenir.
Se déroulant aux Chutes Victoria et entièrement filmée au Zimbabwe, l’histoire s’inspire de la vie du véritable entraîneur de boxe Tobias Mupfuti, qui utilise depuis longtemps le sport comme bouée de sauvetage pour les enfants vulnérables. Mais Rowlands ne se contente pas de l’imitation du docu-drame ; elle élabore un récit qui se situe entre réalisme et fable, où chaque meurtrissure et chaque moment d’hésitation porte le poids d’une réalité plus vaste et vécue.

Son Zimbabwe n’est ni exotisé ni aplati. C’est un lieu de contradictions : des rues poussiéreuses de townships s’ouvrant sous un soleil implacable, mais débordantes de couleurs, de rythmes et d’un sentiment de communauté qui s’affirme même dans la lutte. C’est cette représentation en couches qui donne à l’histoire sa colonne vertébrale culturelle : une reconnaissance de la façon dont les enfants zimbabwéens, en particulier ceux issus de racines abandonnées ou pauvres, sont portés non seulement par des individus mais aussi par la force fragile des communautés qui les remarquent.
Rise, introduit dans la scène d’ouverture brutale du film où la caméra reste près de son corps meurtri et pieds nus alors qu’il est entouré de violence, est un enfant qui a appris à s’attendre à peu. Pourtant, la performance de Ngwenya est étonnamment intuitive – si présente, si pure sur le plan émotionnel – que sa douleur ne semble jamais symbolique. Cela semble personnel. Et c’est peut-être ce qui rend sa transformation, et le mentorat improbable qu’il trouve chez Tobias, si profondément ressentis. Tobias insiste sur le fait qu’il ne connaît pas le garçon, mais Rise insiste pour le nommer « Coach ». Ce petit acte de défi – un enfant choisissant l’adulte en qui il veut croire – ouvre le terrain émotionnel du film.
Rowlands met en scène leur dynamique avec une sorte de retenue narrative. Elle n’est pas intéressée par les sentiments bruyants ou les monologues sur les systèmes défectueux ; elle laisse parler les silences. Tobias, joué par Chirisa dans un conflit interne discret, porte la contradiction d’un homme qui a appris à survivre en se retirant, mais qui est ramené à sa raison d’être par un garçon qui refuse simplement d’arrêter de demander des soins. C’est une alchimie délicate, fracturée, inégale, mais sincère. Augmenter ne comprend pas le mentorat comme un trope facile, mais comme une négociation entre deux personnes blessées essayant de construire quelque chose qui ressemble à de la confiance.

Si Augmenter semble si convaincant sur le plan émotionnel, c’est en grande partie grâce à sa précision technique. La cinématographie de Jacques Naudé donne au film son langage caractéristique : gros plans intimes lors des moments de vulnérabilité, plans larges patients qui laissent respirer le paysage zimbabwéen et mouvements de caméra cinétiques lors des séquences de combat.
La façon dont la caméra de Naudé suit le corps – d’abord lorsque Rise est battu, puis lorsqu’il trouve son rythme sur le ring – est plus qu’une chorégraphie ; c’est une expression physique de la façon dont un enfant réapprend à occuper l’espace. Les scènes de boxe sont magnifiquement construites, capturant à la fois la brutalité et l’élégance de ce sport. Les couleurs du Zimbabwe – rouges rouille, verts profonds, jaunes gorgés de soleil – ne sont pas seulement des choix esthétiques ; ce sont des accents émotionnels dans une histoire qui est, à la base, sur la reconquête du pouvoir d’agir.
La conception sonore de Max Uldahl et l’utilisation de la musique locale dans le film ajoutent une autre couche de résonance culturelle. Le score n’est jamais accablant ; il palpite, scintille et recule, permettant aux textures ambiantes de l’environnement de dominer. C’est un rappel que le son, comme l’espace, peut agir comme un souvenir. Même la seule séquence onirique du film, où Rise imagine ce que pourrait être la force, est traitée avec une grâce discrète qui résiste à la tentation de transformer l’espoir en spectacle.
Mais le film n’est pas parfait. La performance de Chirisa – par ailleurs solide et émotionnellement cohérente – est parfois minée par un accent qui penche davantage vers la cadence panafricaine générique façonnée par des années dans l’écosystème cinématographique américain. Ce n’est pas assez choquant pour casser le film, mais cela vous sort momentanément d’un environnement culturel par ailleurs immersif. Pourtant, la force des performances autour de lui, en particulier l’éclat brut de Ngwenya, maintient le noyau émotionnel intact.

Thématiquement, Augmenter parle de quelque chose de plus grand que le mentorat ou la boxe. Il demande ce qu’il advient des enfants qui grandissent sans aucun système conçu pour les attraper. Il s’interroge sur le rôle des interventions communautaires dans les sociétés africaines postcoloniales où les institutions ont échoué, mais où les individus – enseignants, entraîneurs, voisins – deviennent discrètement l’échafaudage qui empêche les jeunes de passer entre les mailles du filet. Et cela suggère, avec une conviction douce mais ferme, que faire face aux choses que nous craignons – qu’il s’agisse de l’abandon, de l’échec ou de notre propre histoire – est le premier pas vers la liberté.
Qu’est-ce qui fait Augmenter s’attarder n’est pas un triomphe sur le ring, même si le match final se déroule sur un rythme triomphal et presque poétique. C’est la vérité la plus discrète que le film garde à l’esprit : parfois, la survie ressemble à un garçon qui insiste pour être vu, et à un homme qui choisit finalement de le voir. A l’heure où le cinéma zimbabwéen a soif de visibilité mondiale, Augmenter fait plus que tenir le coup, il annonce un avenir cinématographique qui mérite d’être regardé. Si c’est ce dont est capable la prochaine génération de cinéastes zimbabwéens, alors la porte que Rowlands et son équipe ont ouverte n’est pas seulement une opportunité ; c’est un début.
Note : 4/5
*Augmenter est entré dans l’histoire en tant que premier film zimbabwéen présenté en première au Tribeca Film Festival (2025) et projeté au Eastern Nigeria International Film Festival (ENIFF) 2025, où il a remporté le prix du meilleur court métrage narratif.
Joseph Jonathan est un historien qui cherche à comprendre comment le cinéma façonne notre identité culturelle en tant que peuple. Il pense que l’histoire concerne davantage l’avenir que le passé. Lorsqu’il n’écrit pas sur le cinéma, vous pouvez le surprendre en train d’écouter de la musique ou de discuter de politique. Il tweete @Chukwu2big.







