Ethiopie : Le mirage de la prospérité

Maria

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De l’auteur

Par Jean

Dans le berceau de l’Éthiopie, un nouvel évangile est chanté, non pas depuis le caractère sacré des chapelles mais depuis les salles où réside le pouvoir. Le Parti de la Prospérité au pouvoir a adopté un credo illusoire, selon lequel la pauvreté est dépeinte comme un simple spectre de l’esprit, une ombre spirituelle devant être bannie par la lumière de la foi. Cette doctrine, voilée dans les fils de soie des textes sacrés, est devenue le métier à tisser sur lequel les politiques sont tissées, privilégiant l’éclat de la beauté plutôt que la profondeur de la vérité, le mirage du progrès sur le paysage de la réalité et le confort de quelques-uns sur le paysage. les besoins du plus grand nombre.

Au cœur de cette philosophie se trouve un murmure périlleux : la pauvreté n’est qu’un piège de perception, une malédiction qui doit être levée par l’alchimie de la croyance. Pourtant, ce chant ferme les yeux sur les montagnes d’obstacles systémiques : l’éducation non atteinte, la santé négligée, les salaires injustes et les opportunités invisibles. Il nie les combats quotidiens de millions de personnes, attribuant leur sort non pas aux échecs de la politique mais à une prétendue pénurie d’esprit ou de détermination.

La danse du gouvernement avec l’embellissement et les grands édifices témoigne d’une profonde déconnexion du rythme cardiaque du peuple éthiopien. Ce ne sont là que des décors aux yeux du monde, mais ils ne contribuent guère à réparer le tissu déchiré du chômage, de l’inflation et du déplacement des âmes.

Les « projets de corridors » sont de frappants monuments de cet égarement, projetant de longues ombres là où se trouvaient autrefois les habitations. Des vies sont déracinées, des cœurs déplacés, tout cela au profit d’une vision de progrès qui ne sert que l’élite. Alors que ces projets sont célébrés comme l’aube de nouveaux jours, le coût humain est enveloppé dans le silence, donnant naissance à une nouvelle génération de dépossédés.

Les affirmations selon lesquelles les sans-abri ont été vaincus résonnent dans la bouche des responsables et du clergé alignés sur le pouvoir, pointant du doigt des rues désormais débarrassées de leur désespoir visible. Mais ce n’est qu’une illusion, un rideau tiré sur la scène de la souffrance. Les sans-abri n’ont pas disparu ; ils ont simplement été introduits dans des recoins plus sombres, hors de vue mais pas par nécessité. Ce n’est pas une guérison ; c’est une mascarade, un spectacle destiné à tromper à la fois les cœurs locaux et le monde qui les regarde.

Cette approche du Parti de la Prospérité est une trahison de la confiance lumineuse du peuple éthiopien. Au lieu d’affronter les ombres de l’inflation, la soif de sécurité alimentaire et la soif de travail, le gouvernement se pare de projets qui ne font pas grand-chose pour réchauffer la vie des citoyens ordinaires. Il remplace la substance de la politique par la fumée du symbolisme, choisissant l’éphémère plutôt que l’éternel.

Cette tactique utilise également la foi comme bouclier, exploitant le sacré pour s’absoudre de tout blâme. La pauvreté n’est pas un péché de l’âme ; elle naît des chaînes d’inégalités, des faux pas de la gouvernance et du mauvais placement des priorités.

La véritable ascension de l’Éthiopie vers la prospérité ne se trouvera pas derrière le voile de la splendeur urbaine ou en rejetant la faute sur les pauvres. Cela nécessite une confrontation audacieuse avec les racines systémiques de la disparité, un engagement à éclairer la voie à tous les citoyens, et pas seulement à quelques privilégiés.

Rien de moins que cette lumière n’est pas de la gouvernance – c’est un abandon de l’aube.

Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info

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