DEUX militants pro-démocratie zimbabwéens ont déposé une requête urgente auprès de la Haute Cour visant à arrêter le processus controversé d’amendement de la Constitution du pays, alléguant que les consultations publiques avaient été entachées de violence, d’intimidation et d’exclusion systématique des voix dissidentes.
Dans des documents déposés à la Haute Cour de Harare, Allan Chipoyi, ancien président du Conseil représentatif des étudiants de l’Université du Zimbabwe (UZ), et ancien législateur Amos Chibaya accusent le Parlement du Zimbabwe et d’autres États interrogés de présider ce qu’ils décrivent comme un processus de consultation fondamentalement défectueux et inconstitutionnel sur le projet de loi d’amendement constitutionnel n° 3 de 2026.
Les demandeurs soutiennent que les audiences tenues à travers le pays entre le 30 mars et le 4 avril « n’ont pas satisfait au test d’équité et d’inclusivité » et devraient être déclarées nulles et non avenues.
« Il ne s’agissait pas d’un processus de consultation », indique la demande.
« C’était une imposture et une parodie du droit constitutionnel à la liberté d’expression et de participation. »
La demande urgente vise à interdire au Parlement et au Président de passer aux étapes suivantes du projet de loi, y compris le dépôt de rapports et une deuxième lecture, jusqu’à ce que de nouvelles audiences publiques « sûres et inclusives » soient tenues.
Au cœur du différend se trouve l’amendement proposé visant à prolonger les mandats présidentiels et parlementaires de cinq à sept ans, une décision qui, selon les critiques, pourrait remodeler le paysage politique du Zimbabwe. Les requérants soutiennent qu’un changement constitutionnel aussi important nécessite un processus véritablement participatif, ce qui, selon eux, n’a pas eu lieu.
Ils affirment que dans plusieurs villes, dont Harare, Bulawayo, Mutare, Masvingo et Gweru, des citoyens opposés au projet de loi ont été « agressés physiquement, intimidés et empêchés d’exprimer leurs opinions ».

Les documents judiciaires décrivent des scènes de chaos lors des audiences publiques, en particulier au centre sportif municipal de Harare, où Chipoyi affirme qu’on lui a refusé la possibilité de parler.
À Gweru, Chibaya affirme avoir été réduit au silence alors qu’il présentait ses arguments.
« Ce droit leur a été retiré de la manière la plus brutale », affirment les requérants.
« Les militants partisans… ont volontairement interdit les voix opposées. »
Chibaya, qui a exercé plusieurs mandats en tant que législateur de Mkoba avant son éviction, décrit un environnement hostile et étroitement contrôlé lors d’une audience à Gweru, où, selon lui, l’accès a été restreint et la dissidence a été violemment réprimée.
« En choisissant un lieu de matchbox… l’intimé a effectivement privé de leurs droits des milliers de citoyens avant même le début de l’audience », dit-il dans son affidavit à l’appui, ajoutant que les procédures étaient dominées par des « gardiens » qui sélectionnaient les participants en fonction de leur affiliation politique perçue.
« Quand j’ai commencé à exprimer mes objections… j’ai été noyé sous le chahut et les menaces… certaines personnes se sont approchées de moi et ont physiquement saisi mon micro », déclare Chibaya.
Les demandeurs allèguent en outre que le processus de consultation a été délibérément précipité, les audiences étant réduites à six jours seulement, malgré une exigence constitutionnelle d’un engagement public plus large.
« Cette précipitation… était le premier signe d’un processus visant à satisfaire à la lettre de la loi tout en en subvertissant systématiquement l’esprit », affirme la requête.
L’affaire cite également des incidents de violence contre d’autres participants, notamment des praticiens du droit et des acteurs civiques, ainsi que des conclusions de la Commission des droits de l’homme du Zimbabwe, qui aurait documenté des intimidations, des exclusions et des agressions physiques lors des audiences.
Selon le dossier, les requérants ont lancé un ultimatum au Parlement pour qu’il reprenne les audiences, qui ont expiré le 14 avril sans réponse, ce qui a conduit à une action judiciaire urgente.
« Le refus d’agir du premier défendeur… est une indication claire de son intention d’aller de l’avant… avec un projet de loi où les opinions des candidats n’ont pas été prises en compte », indique la requête.
Les requérants soutiennent que permettre la poursuite du processus causerait un « préjudice irréparable » et entraînerait un amendement constitutionnel fondé sur un processus illégal et non représentatif.
« Si le processus est autorisé à se poursuivre, le processus d’amendement constitutionnel sera irréversiblement entaché », préviennent-ils.
Ils demandent au tribunal de déclarer invalides les premières audiences et d’obliger les autorités à mener de nouvelles consultations conformes aux normes constitutionnelles.
La Haute Cour n’a pas encore fixé de date pour l’audition de la requête en urgence.







