Le président du Parlement, Alban Sumana Kingsford Bagbin, a présenté ses excuses au pouvoir judiciaire au nom du Parlement pour les échanges houleux qui ont eu lieu lors de la sélection du candidat au poste de juge en chef, le juge Paul Baffoe-Bonnie.
S’adressant à la Chambre le mardi 11 novembre 2025, Bagbin a déclaré que son attention avait été attirée sur les commentaires et la conduite de quelques députés au cours des travaux de la commission des nominations, qui semblaient irrespectueux envers les éminents membres du pouvoir judiciaire présents. Il a qualifié l’incident de malheureux et incompatible avec le décorum et la discipline attendus des législateurs en vertu du Règlement du Parlement.
Les tensions ont éclaté lors de la séance du comité des nominations du lundi 10 novembre 2025, alors que la minorité et la majorité se sont affrontées sur le contenu et les limites des remarques liminaires lors de la sélection du candidat au poste de juge en chef. La confrontation a commencé lorsque le chef de la minorité Alexander Afenyo-Markin, dans ses remarques liminaires, a qualifié le candidat du juge en chef de « candidat contesté », ce qui a immédiatement suscité les objections du chef de la majorité Mahama Ayariga.
Ayariga a fait valoir qu’en vertu du règlement du Parlement, en particulier de l’ordonnance 103(f), toute question portée devant les tribunaux ne devrait pas être discutée à la Chambre. Il a déclaré que qualifier le candidat de contesté était inapproprié et violait les règles parlementaires, citant spécifiquement l’ordonnance 123(5), qui interdit aux députés de revenir sur des questions déjà décidées par la Chambre.
Afenyo-Markin était totalement en désaccord, affirmant que le chef de la majorité essayait simplement de faire taire la minorité et de l’empêcher d’exprimer ses opinions politiques. Il a insisté sur le fait que ses commentaires ne constituaient pas un débat mais une déclaration liminaire normale ; par conséquent, la règle citée par Ayariga ne s’appliquait pas. Le chef de la minorité a soutenu que remettre en question les circonstances entourant la nomination relevait de son mandat constitutionnel.
Le désaccord s’est intensifié, avec de vives confrontations entre les deux dirigeants sur la langue, la procédure et l’interprétation des règles parlementaires. Pendant plus d’une heure, les échanges ont éclipsé l’examen approfondi du juge Baffoe-Bonnie, les membres se concentrant davantage sur les questions de procédure que sur les qualifications du candidat. Le différend a finalement conduit à une suspension temporaire de la procédure.
Dans son discours au Parlement mardi, le Président Bagbin a souligné que cette conduite ne représente pas la volonté collective du Parlement. Il a réaffirmé le respect inébranlable du Parlement pour le pouvoir judiciaire en tant que bras égal du gouvernement, soulignant la nécessité de maintenir un respect mutuel entre les branches de l’État.
Bagbin a présenté les plus sincères excuses du Parlement et a assuré son respect continu pour le pouvoir judiciaire et ses estimés membres. Il a rappelé aux législateurs que les règles parlementaires mettent en garde les membres contre toute imputation de motifs inappropriés ou contre l’utilisation de mots irrespectueux ou susceptibles d’offenser.
Le Président a exhorté les députés à respecter la doctrine de la séparation des pouvoirs, qui exige que les trois branches du gouvernement interagissent dans le respect mutuel. Il a cité l’article 125(1) de la Constitution de 1992, qui établit l’indépendance du pouvoir judiciaire en tant que bras égal de la gouvernance.
Bagbin a révélé qu’il avait officiellement ordonné à la direction du comité des nominations de prendre une note décisive de cette mauvaise conduite, exigeant que dans toutes les procédures futures, les normes les plus élevées de civilité, d’objectivité et de respect institutionnel soient maintenues.
Lançant un avertissement sévère aux législateurs, le Président a promis une application plus stricte du décorum procédural lors des procédures futures. « Je reviendrai sur cette question de décence, de discipline et de décorum, et cette fois, j’arrive avec le marteau, pas le marteau », a-t-il déclaré.
L’affrontement entre les dirigeants parlementaires reflète les tensions politiques plus larges entourant la nomination. Les observateurs notent que la tension a été en partie influencée par la rhétorique de campagne du Congrès national démocratique lors des élections de 2024, qui suggérait que la juge en chef Gertrude Torkornoo serait remplacée, une prédiction désormais réalisée sous l’administration Mahama.
La juge Baffoe-Bonnie est actuellement juge en chef par intérim suite à la suspension de la juge Gertrude Torkornoo. Le processus de sélection, malgré des échanges houleux, s’est finalement déroulé et le candidat a été confronté à des questions de la part des membres du comité sur ses qualifications et sa vision du pouvoir judiciaire.
Les excuses du Président Bagbin représentent un geste institutionnel rare visant à désamorcer les tensions entre le Parlement et le pouvoir judiciaire au cours de ce qu’il a reconnu comme une période sensible nécessitant stabilité et coopération entre les organes constitutionnels du Ghana. Il a affirmé que le Parlement chérissait sa coopération de longue date et son respect mutuel avec le pouvoir judiciaire et restait déterminé à renforcer cette relation essentielle.






