Réflexion sur l’absence de notre drapeau à Meskel

Maria

Réflexion sur l'absence de notre drapeau à Meskel

(Essais Lesanu)

À tous les Éthiopiens, un sincère Enkutatash et Meskel salutation. Alors que la nouvelle année se lève et que la saison de Meskel apporte son aura spirituelle unique, c’est le moment de réfléchir, de célébrer et également d’aborder certains problèmes déconcertants qui ont fait surface dans notre nation bien-aimée. Le Festival Meskel, reconnu par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel, est plus qu’un simple événement religieux. C’est un témoignage de l’unité, de l’identité et de l’esprit éthiopien de notre nation.

Pourtant, cette année, en regardant les célébrations de Meskel sur la place Meskel, une absence flagrante était évidente : le drapeau éthiopien. Les couleurs vives du vert, du jaune et du rouge, qui sont depuis longtemps des emblèmes de notre fierté, de notre identité et de notre histoire, manquaient manifestement. Des rumeurs circulent selon lesquelles l’administration actuelle décourage l’affichage de notre drapeau national. Et il était décourageant de voir que ces rumeurs pouvaient contenir une part de vérité.

L’absence du drapeau lors des célébrations de Meskel remet non seulement en question le récit national, mais soulève également des questions sur notre identité nationale. Qu’est-ce que Meskel sans l’Éthiopie ? Et que serait l’Éthiopie sans ses riches traditions comme Meskel ? Pour beaucoup, les deux sont indissociables. La présence discrète d’un minuscule drapeau, caché sur le côté, n’était guère une grâce salvatrice. Cela a donné à beaucoup le sentiment que Meskel était célébré dans un pays étranger, lui ôtant ainsi son essence éthiopienne.

Le silence des archevêques de l’Église orthodoxe éthiopienne sur cette question est également déconcertant. Leur attitude nonchalante face à l’absence de notre emblème national lors de l’une des célébrations les plus saintes jette une ombre sur le rôle de l’Église dans la préservation des traditions et de l’identité éthiopiennes.

La riche histoire de l’Éthiopie, souvent incarnée par des personnages comme le roi Ménélik et l’empereur Hailé Sélassié, a fait l’objet d’un examen minutieux, de mauvaises interprétations et de faux récits de la part de certaines factions. Mais voir l’essence même de l’Éthiopie s’éroder de manière aussi publique et profonde est troublant. L’augmentation des politiques et des discours centrés sur l’origine ethnique divise encore davantage la nation. Les informations provenant de la région d’Amhara faisant état de conflits et de vies innocentes perdues s’ajoutent à la liste croissante de préoccupations.

En ces temps difficiles, un passage du livre de Jérémie fait écho au cœur lourd de nombreux Éthiopiens : « Ma joie est partie ; le chagrin est sur moi ; mon cœur est malade en moi. Ce profond sentiment du prophète Jérémie reflète la profonde tristesse et l’inquiétude que beaucoup ressentent pour l’avenir de l’Éthiopie. L’érosion de notre identité et de notre patrimoine nationaux, combinée aux conflits internes croissants, nous amène à nous interroger sur la voie empruntée par notre pays bien-aimé. À l’instar de Jérémie, qui a pleuré son peuple et l’a mis en garde contre les défis imminents, il est essentiel que les Éthiopiens reconnaissent les signes, s’unissent et naviguent vers un avenir plus harmonieux et plus prospère.

Nous sommes à la croisée des chemins. Alors que des traditions comme Meskel rappellent notre histoire et notre identité profondément enracinées, les défis actuels nous invitent à nous rassembler, à embrasser notre héritage commun et à œuvrer pour que le cœur et l’âme de l’Éthiopie restent forts et indemnes.

Notre bien-aimée Éthiopie a toujours été un phare de culture, d’histoire et d’unité dans la Corne de l’Afrique. De l’ancien royaume d’Axoum à la République fédérale d’aujourd’hui, notre nation a résisté aux défis, aux invasions et aux conflits internes pour en sortir plus forte et unie. L’esprit résilient des Éthiopiens se retrouve dans notre musique, notre danse, notre littérature et nos festivals comme Meskel. Mais aujourd’hui, cette unité et cet esprit sont menacés.

Le drapeau, avec ses couleurs vives vert, jaune et rouge, symbolise bien plus qu’une simple nation. Il représente le sang de ceux qui se sont battus pour notre indépendance, la beauté de nos paysages et l’espoir d’un avenir meilleur. Son absence lors des célébrations de Meskel est symptomatique d’un malaise plus profond, d’une nation aux prises avec son identité au milieu de bouleversements politiques et de tensions ethniques.

Les questions se posent : avons-nous, en tant que nation, perdu de vue ce qui nous unit ? Laissons-nous les politiques de division éclipser notre histoire et notre patrimoine communs ? Et plus important encore, en faisons-nous assez pour sauvegarder l’éthos de l’Éthiopie pour nos générations futures ?

Il ne s’agit pas seulement du drapeau ou des célébrations de Meskel. Il s’agit des histoires que nous racontons à nos enfants, des valeurs que nous défendons et de la vision que nous avons pour l’Éthiopie. Chaque nation est confrontée à des défis, mais c’est la manière dont nous les relevons qui définit notre caractère et notre destinée. Les lamentations de Jérémie devraient nous rappeler que l’inaction et la complaisance peuvent conduire au regret. C’est un appel à l’introspection, à réévaluer nos priorités et à travailler en collaboration pour une Éthiopie unie et prospère.

Aujourd’hui plus que jamais, nous devons nous appuyer sur notre histoire commune, accepter notre diversité et raviver l’esprit d’unité qui a toujours été le fondement de notre nation. Nous devons être les acteurs du changement, les gardiens de notre culture et de notre identité. Nous devons nous élever au-dessus des discours qui divisent, des faux récits et des influences extérieures. Comme le dit le vieux proverbe éthiopien : « Quand les toiles d’araignées s’unissent, elles peuvent attacher un lion ». Ensemble, nous pouvons et nous surmonterons ces défis, en veillant à ce que le cœur et l’âme de l’Éthiopie brillent plus que jamais.

En conclusion, alors que nous célébrons Meskel et accueillons le Nouvel An éthiopien, engageons-nous également à retrouver un sens renouvelé de détermination, d’unité et d’amour pour notre nation. Imaginons une Éthiopie où les traditions sont célébrées avec fierté, où notre drapeau flotte haut et où chaque Éthiopien, quelle que soit son origine ethnique ou ses croyances, ressent un profond sentiment d’appartenance. Car dans l’unité il y a la force, et dans la force il y a l’avenir.

(Pour toute correspondance ou demande de renseignements, l’auteur peut être contacté à Essulesamu@gmail.com.)