La conversation
La restitution consiste à restituer quelque chose à son propriétaire légitime, non pas simplement comme un transfert de propriété, mais comme un acte de reconnaissance, de réparation et de guérison.
La restitution n’est pas seulement un événement, comme la remise d’un objet lors d’une cérémonie. C’est un processus long, émotionnel et souvent douloureux. Cela implique des recherches sur la manière dont les objets ont été acquis, des conversations avec les communautés descendantes et des décisions sur la manière de prendre soin ou d’honorer ce qui a été restitué. Il reconnaît que les biens confisqués n’étaient pas seulement des curiosités ou des objets, mais étaient liés à la communauté, à la langue, à la cérémonie et à l’identité.
Dans de nombreux cas, les restes ancestraux ont été classés et objectivés en tant que restes et spécimens humains, les dépouillant de leur humanité. La restitution, en revanche, les rétablit en tant qu’ancêtres avec dignité et libre arbitre.
Travail de restauration : guérison et reconnexion
Notre recherche utilise l’expression « travail de restitution » pour décrire le travail impliqué. Ce travail va bien au-delà de la diplomatie, de la logistique et des transports. Il comprend :
Reconnaissance de l’injustice : Reconnaître que des objets ont été volés à tort, que ce soit par violence, coercition ou vol.
Désobjectification : traiter les restes ancestraux et les biens culturels non pas comme des restes humains et des objets de musée mais comme des ancêtres ou des trésors culturels.

Implication communautaire : veiller à ce que les groupes de descendants et les communautés locales décident de ce qui se passera après le retour, en conversation avec les musées et les gouvernements nationaux.
Processus de guérison : créer des espaces de deuil, de cérémonie et de clôture.
Nouveaux avenirs : considérer la restitution non seulement comme une récupération du passé, mais aussi comme une ouverture de voie au renouveau culturel et à la justice sociale.
Par exemple, le programme de restitution des terres de l’Afrique du Sud a montré que la restitution ne consiste pas simplement à restaurer ce qui était autrefois. Il s’agit de créer les conditions de la justice aujourd’hui et des possibilités pour demain.
De même, la restitution culturelle consiste moins à remettre les choses « d’où elles viennent » qu’à donner aux communautés les moyens de renouer avec leur patrimoine d’une manière qui compte aujourd’hui.
Pourquoi les mots comptent
La distinction entre rapatriement et restitution n’est pas une simple pinaillerie académique. Les mots façonnent le pouvoir. Si le retour est conçu comme un rapatriement, l’accent est souvent mis sur celui qui donne, celui qui revient, sous la forme de l’État ou du musée, qui accorde quelque chose en retour. S’il s’agit d’une restitution, l’accent se déplace vers le demandeur, vers la communauté qui revendique ses droits et exige justice.
La restitution ne consiste pas à retrouver un passé perdu. Ce passé ne peut pas être restauré exactement tel qu’il était. Il s’agit plutôt de créer un nouvel avenir fondé sur la justice, la dignité et le respect. Pour les communautés du monde entier qui vivent encore avec l’héritage de la dépossession coloniale, cette distinction est profondément importante.
Auteurs
Victoria Gibbon, professeur d’anthropologie biologique, Division d’anatomie clinique et d’anthropologie biologique, Université du Cap
Ciraj Rassool, professeur principal d’histoire, Université du Cap-Occidental
Cet article a été initialement publié dans The Conversation.







