Le coup d’État en Guinée-Bissau éclipse un vote pacifique

Maria

Les officiers militaires ont déclaré qu'ils avaient formé « le haut commandement militaire pour le rétablissement de l'ordre » et qu'ils dirigeraient jusqu'à nouvel ordre. Photographie : Patrick Meinhardt/AFP/Getty

Bissau, 26 novembre 2025 — Ce qui a commencé comme un chapitre plein d’espoir dans le parcours démocratique de la Guinée-Bissau a été bouleversé après que les forces armées ont annoncé un coup d’État quelques jours seulement après que les citoyens ont voté aux élections présidentielles et législatives.

Les élections, organisées le 23 novembre 2025, ont été largement saluées pour leur bon déroulement. Les observateurs internationaux de la Mission d’observation électorale de l’Union africaine (MOEA), de la Mission d’observation électorale de la CEDEAO (MOE) et du Forum des sages d’Afrique de l’Ouest (WAEF) ont publié une déclaration commune félicitant le peuple de Guinée-Bissau pour son fort engagement civique et le professionnalisme du personnel électoral, des forces de sécurité et des agents des partis.

Cependant, l’optimisme a rapidement cédé la place à l’inquiétude lorsque l’armée a déclaré avoir pris le pouvoir avant que les résultats officiels puissent être annoncés. Cette annonce est intervenue peu après que les missions d’observation ont rencontré les deux principaux candidats à la présidentielle, qui s’étaient engagés à respecter la volonté du peuple quel que soit le résultat.

Les dirigeants régionaux s’expriment

Dans leur communiqué commun, les chefs des trois missions — SE Filipe Jacinto Nyusi, ancien président du Mozambique et chef de la mission de l’UA ; SE Issifu Baba Braímah Kamara, chef de la mission de la CEDEAO ; et SE Goodluck Jonathan, ancien président nigérian et chef du Forum des aînés d’Afrique de l’Ouest, ont condamné le coup d’État comme une « tentative flagrante de perturber le processus démocratique et les acquis obtenus jusqu’à présent ».

Ils ont exhorté l’Union africaine et la CEDEAO à prendre des mesures immédiates pour rétablir l’ordre constitutionnel et ont appelé à la libération des responsables détenus, notamment des membres de la commission électorale.

Arrestations et tensions croissantes

Des informations en provenance de Bissau indiquent que plusieurs hauts responsables gouvernementaux et électoraux ont été arrêtés, faisant craindre une crise politique prolongée. Les missions ont exprimé leur inquiétude quant au fait que ces détentions pourraient faire dérailler le processus électoral et miner la confiance du public dans les institutions démocratiques.

Malgré l’atmosphère tendue, les groupes d’observateurs ont appelé les citoyens à rester calmes et à éviter la violence. « Nous soulignons l’importance de préserver la paix, la stabilité et le bien-être du peuple bissau-guinéen pendant cette période sensible », indique le communiqué.

Contexte : une démocratie fragile

La Guinée-Bissau, petite nation d’Afrique de l’Ouest d’environ deux millions d’habitants, a une longue histoire d’instabilité politique, avec des coups d’État répétés et des élections contestées depuis son indépendance en 1973. Les élections de 2025 ont été considérées comme un test crucial de la capacité du pays à consolider une gouvernance démocratique après des années de turbulences.

Les partenaires internationaux, notamment les Nations Unies, l’Union européenne et les blocs régionaux, ont investi massivement dans le soutien aux réformes électorales et dans le renforcement des institutions avant le vote. L’intervention militaire soudaine menace d’anéantir ces efforts et d’isoler le pays sur le plan diplomatique.

Le président de Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embalo, assiste à une réunion avec le président russe Vladimir Poutine au Kremlin à Moscou, en Russie, le 26 février 2025. Spoutnik/Kristina Kormilitsyna/Pool via REUTERS/File photo acheter des droits de licence

Ce qui vient ensuite

Des sources diplomatiques suggèrent que la CEDEAO pourrait convoquer un sommet d’urgence pour résoudre la crise, tandis que le Conseil de paix et de sécurité de l’UA devrait délibérer sur d’éventuelles sanctions ou efforts de médiation.

Pour l’heure, les citoyens bissau-guinéens restent dans l’incertitude, attendant de savoir si leurs votes seront respectés ou si le pays sera à nouveau plongé dans l’incertitude.