La République démocratique du Congo a mobilisé plus de 250 responsables, chefs d’entreprise et partenaires internationaux à Kinshasa le 18 novembre pour un forum de haut niveau sur l’intégration économique régionale, s’appuyant sur les engagements pris lors du 9ème Sommet ordinaire de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL).
La Première ministre Judith Suminwa Tuluka a ouvert la journée en appelant à un nouveau récit centré sur l’action concrète, la coopération sincère et le développement partagé. Elle a souligné qu’une paix durable dépend directement de l’investissement collectif dans les infrastructures, l’emploi, le commerce et la confiance mutuelle entre les États membres.
Suminwa a souligné l’ambition de la RDC de devenir un État intégrateur positionné à l’intersection de plusieurs communautés économiques régionales. Le pays occupe actuellement la présidence de la CIRGL à la suite du sommet tenu trois jours plus tôt au Palais du Peuple, où le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a assumé la direction de l’Angola.
Les participants au forum ont concentré les discussions sur trois corridors d’infrastructure majeurs conçus pour transformer la connectivité régionale. Le corridor de Lobito reliera la RDC, la Zambie et l’Angola à l’océan Atlantique, facilitant ainsi les flux logistiques et miniers qui sont depuis longtemps confrontés à des goulots d’étranglement dans les transports.
Un corridor ferroviaire Tanzanie-Burundi-RDC promet d’ouvrir des routes stratégiques vers l’océan Indien et de nouveaux marchés, tandis que le corridor routier RDC-Ouganda vise à transformer les zones frontalières sensibles en zones de prospérité partagée. Ces projets représentent des applications pratiques de la diplomatie économique comme outil de paix.
Les ministres sectoriels, les dirigeants des institutions régionales, les banques de développement, les experts internationaux et les représentants du secteur privé ont souligné la nécessité d’une coordination plus forte entre les cadres d’intégration régionale existants. Plusieurs intervenants ont souligné l’importance d’harmoniser les politiques et d’éviter les duplications institutionnelles pour accroître l’efficacité et mieux servir les populations locales.
Le ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, a clôturé la réunion en appelant à un élan collectif soutenu. Il a mis en garde contre le fait de laisser l’initiative se transformer en un simple débat sans suite, insistant sur un suivi rigoureux et des réseaux solides pour traduire les engagements en résultats concrets.
Anzuluni a annoncé l’intention de la RDC d’institutionnaliser ce rassemblement et de préparer une deuxième édition, signalant un engagement à long terme en faveur du programme d’intégration économique. Son ministère a organisé conjointement le forum avec le Conseil de partenariat public-privé et l’Unité de coordination.
Les échanges diplomatiques ont réaffirmé le rôle crucial des partenaires régionaux, notamment l’Union africaine, l’Union européenne, les Nations Unies et diverses communautés économiques régionales, pour soutenir les États vers une intégration plus cohérente. Les participants ont convenu que la diplomatie économique constitue désormais l’un des leviers les plus efficaces pour une stabilité durable.
L’approche repose sur les incitations économiques transfrontalières, la mobilité et la complémentarité entre les investissements publics et privés. Le directeur pays de la Banque mondiale, Albert Zeufack, était présent aux côtés d’autres partenaires de développement engagés dans le financement des infrastructures transformationnelles.
Le ministre angolais des Affaires étrangères, Téte António, a participé en sa qualité de président sortant du Comité interministériel régional de la CIRGL, remettant officiellement les responsabilités à Anzuluni lors des travaux du sommet. Le vice-Premier ministre des Transports, Jean-Pierre Bemba, était également présent au forum économique.
Le sommet lui-même a attiré cinq chefs d’État de l’Angola, du Burundi, de la République centrafricaine, de la RDC et de la République du Congo, l’Ouganda étant représenté par la ministre d’État à la Défense Huda Oleru. Il s’agissait de la première réunion en personne des dirigeants en cinq ans après un sommet virtuel en 2020.
Le sommet a nommé le Dr Mubita Luwabelwa de Zambie comme nouveau secrétaire exécutif, en remplacement de l’ambassadeur João Caholo de l’Angola. Les dirigeants ont ensuite produit la Déclaration de Kinshasa décrivant un cadre unifié pour faire progresser la paix et la sécurité.
Les ministres de la Défense des États membres se sont réunis séparément pour délibérer sur les priorités de sécurité régionale, tandis que les ministres des Mines ont réaffirmé leurs engagements en faveur d’une gouvernance responsable des ressources minérales. Ces discussions ont mis en évidence les liens persistants entre l’exploitation minière illégale et l’insécurité, en particulier dans l’est de la RDC et au Soudan.
Le forum d’intégration économique a confirmé que la région des Grands Lacs possède les outils nécessaires pour transformer son potentiel en prospérité partagée. Les organisateurs ont présenté le rassemblement comme une étape importante dans la consolidation d’une paix fondée non seulement sur le dialogue politique mais également sur l’intégration économique, la confiance et des résultats concrets.
Les membres de la CIRGL comprennent l’Angola, le Burundi, la République centrafricaine, la République du Congo, la République démocratique du Congo, le Kenya, le Rwanda, le Soudan, le Soudan du Sud, la Tanzanie, l’Ouganda et la Zambie. Ces douze nations partagent des frontières autour des Grands Lacs africains et sont confrontées à des défis communs en matière de sécurité et de développement.






