Perspectives des pourparlers de paix de Fano

Maria

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Les forces de Fano au Shoa lors d’une réunion avec leurs dirigeants ( Photo : dossier)

Gedion Betsega
Addis-Abeba, Éthiopie

Depuis avril 2023, la région d’Amhara est en proie à un conflit dévastateur entre la milice Fano et le gouvernement éthiopien. Le bilan de la population d’Amhara dépasse l’entendement, avec d’innombrables morts, blessés, déplacements et dégâts matériels considérables. Pourtant, la crise humanitaire plus large, qui s’étend bien au-delà de l’impact immédiat des combats, continue de s’aggraver. Le conflit a aggravé les souffrances de la population, la laissant aux prises avec de graves pénuries de nourriture, d’eau, d’abris et de soins médicaux, en particulier dans les camps de déplacés où la surpopulation et le manque de services de base sont endémiques. La dévastation économique est tout aussi désastreuse : les infrastructures détruites, la production agricole perturbée et l’accès limité aux marchés ont laissé de nombreuses personnes sans moyens de subsistance, aggravant encore l’insécurité alimentaire et la pauvreté.

La situation sécuritaire dans la région d’Amhara s’est détériorée jusqu’à atteindre des niveaux alarmants. Les affrontements armés ont fait des victimes civiles et les informations faisant état de violations des droits humains – allant des exécutions extrajudiciaires aux violences sexuelles – ne font qu’ajouter aux souffrances de la région. Aux pertes de vies humaines et à la destruction de biens s’ajoutent l’effondrement de l’ordre public, qui entretient un climat de peur et d’insécurité. Le bilan psychologique du conflit est tout aussi grave, avec des traumatismes, de l’anxiété et de la dépression généralisés affectant à la fois les individus et les communautés. La confiance sociale s’est érodée, les divisions ethniques se sont approfondies et le tissu même de la société a été déchiré.

Face à ces défis, la question se pose : Le gouvernement est-il vraiment prêt à entamer des pourparlers de paix avec les milices Fano ? Alors que le Premier ministre Abiy Ahmed et le président régional d’Amhara, Arega Kebede, sont apparus périodiquement à la télévision nationale pour déclarer leur volonté de s’engager dans des pourparlers de paix, la question clé reste de savoir si ces déclarations sont soutenues par des actions concrètes. À ce jour, il n’y a eu aucune réponse formelle de la part des dirigeants de Fano à ces appels télévisés. Cependant, l’essence des pourparlers de paix ne réside pas dans les annonces publiques, mais dans la réelle volonté du gouvernement de s’engager dans un dialogue significatif.

Au niveau international, les pourparlers de paix entre gouvernements et groupes armés sont guidés par plusieurs principes, notamment l’accord mutuel, l’engagement en faveur d’une résolution pacifique, l’inclusivité et les garanties de mise en œuvre de tout accord. Ces critères aident à encadrer le processus, mais en fin de compte, le succès des pourparlers de paix dépend des actions du gouvernement, et pas seulement de sa rhétorique.

Pour que les pourparlers de paix réussissent, les deux parties – le gouvernement et le groupe armé – doivent reconnaître la légitimité de chacun et montrer leur volonté de s’engager dans le dialogue. Le soutien de la communauté internationale, y compris celui de l’ONU et des organisations régionales, joue souvent un rôle crucial pour faciliter de telles discussions. Cependant, sans un engagement clair à réduire les hostilités et à progresser vers une solution politique plutôt qu’une victoire militaire, les pourparlers de paix risquent d’échouer.

De plus, des pourparlers de paix efficaces nécessitent des objectifs clairs et des attentes réalistes. Les négociations devraient aborder des questions clés telles que le partage du pouvoir, les arrangements en matière de sécurité, la reprise économique et la justice pour les victimes. Le processus doit être inclusif, ce qui signifie que les groupes marginalisés – les femmes, les jeunes et la société civile – doivent également avoir leur mot à dire pour façonner l’avenir de la région. En outre, des garanties pour la mise en œuvre des accords, telles que des mécanismes de suivi et un soutien extérieur des organisations internationales, sont essentielles pour garantir que les deux parties donnent suite.

Alors, qu’a fait le gouvernement éthiopien pour montrer qu’il est prêt à faire la paix avec les Fano ? Les récents pourparlers de paix avec l’Armée de libération Oromo (OLA) ont souligné que des négociations formelles sont possibles, même avec des groupes armés auparavant considérés comme des adversaires. Tout récemment, Sagni Nagasa, l’ancien commandant de l’OLA, a signé un accord de paix avec le gouvernement régional d’Oromia. L’accord décrivait des dispositions spécifiques pour les combattants et jetait les bases d’un avenir pacifique. Cela démontre que le gouvernement peut effectivement engager des négociations qui aboutissent à des accords tangibles.

Si le gouvernement éthiopien est véritablement engagé en faveur de la paix dans la région d’Amhara, il doit aller au-delà des appels télévisés au dialogue. Comme l’OLA, les Fano doivent être engagés par des voies formelles, avec des dispositions claires et des mesures concrètes. La paix à Amhara ne sera pas obtenue uniquement par la rhétorique ; cela nécessitera des engagements concrets, tant de la part du gouvernement que des Fano, pour cesser les hostilités et entamer le long et difficile processus de reconstruction d’une région détruite. Ce n’est qu’à ce moment-là que les souffrances du peuple Amhara pourront commencer à s’atténuer et qu’un processus de paix durable pourra prendre racine.

Il est temps que le gouvernement démontre, par des actions, qu’il est véritablement prêt à instaurer la paix. D’ici là, les souffrances du peuple Amhara continueront de s’aggraver, sans qu’une fin soit en vue.

Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info

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