

Par Aba Habtu
Dans une démonstration audacieuse et inquiétante d’ambition hégémonique, le régime dirigé par les Oromo en Éthiopie a adressé une pétition à la Commission de réconciliation nationale pour l’annexion d’Addis-Abeba, de Dire Dawa et de Harar dans la région d’Oromia. Cette proposition, présentée lors d’un forum régional à Oromia, révèle un effort calculé visant à remodeler le paysage urbain et culturel éthiopien à travers le prisme d’Oromummaa, une idéologie nationaliste radicale qui cherche à placer l’identité Oromo au centre de la politique éthiopienne.
Comme l’a rapporté l’Ethiopian Reporter du 22 décembre 2024, le forum Oromia a présenté des propositions abordant des questions clés telles que la propriété d’Addis-Abeba, les frontières régionales, la langue de travail fédérale et le drapeau national. Alors que les partisans justifient ces mesures en invoquant des griefs historiques, la réalité sous-jacente est bien plus préoccupante : la véritable intention du régime est de démanteler l’équilibre ethnique de l’Éthiopie afin de consolider le pouvoir et d’assurer la domination des Oromos sur les centres politiques, économiques et culturels du pays.
Le cadre constitutionnel d’Oromia : un outil d’exclusion
Au cœur du programme expansionniste du régime oromo se trouve la Constitution oromia, qui consacre la suprématie ethnique comme principe directeur. L’article 8 affirme que le pouvoir souverain au sein de l’Oromia appartient uniquement à la nation Oromo. Cette clause d’exclusion porte atteinte aux droits et aux contributions des communautés non-Oromo, ouvrant la voie à l’annexion de villes aux populations diverses sous la fausse justification de l’héritage Oromo.
L’article 9 renforce encore cette vision en établissant la suprématie de la constitution d’Oromia sur toute loi fédérale contradictoire. Cette disposition accorde effectivement aux dirigeants d’Oromia le pouvoir de passer outre les lois nationales, permettant ainsi des politiques qui marginalisent les communautés non-Oromo. Dans la pratique, ces dispositions constitutionnelles servent d’outils juridiques pour légitimer les accaparements de terres, les déplacements forcés et la discrimination systémique, ciblant particulièrement les populations Amhara, Harari, Gurage et Somali.
Un récit historique déformé
La rhétorique expansionniste du régime repose sur un récit historique déformé selon lequel Addis-Abeba, Dire Dawa et Harar ont été injustement séparées d’Oromia. Cependant, ce récit s’effondre après un examen plus approfondi. Les documents historiques montrent clairement que, de tous les groupes ethniques d’Éthiopie, les Oromo sont les plus récents à s’être installés dans la région.
Addis-Abeba, par exemple, a été fondée par l’empereur Ménélik II à la fin du XIXe siècle et a prospéré bien avant l’implantation substantielle des Oromos. Dire Dawa, comme détaillé dans The Historical-Sociology of Interaction in Dire Dawa par Belew Worku, est apparu comme un site de coexistence pacifique entre les communautés Oromo, Somali, Harari et Amhara. De même, l’identité culturelle de Harar est indissociable du peuple Harari, qui assure la gestion de la ville depuis des siècles. Des preuves historiques et archéologiques confirment qu’Addis-Abeba (autrefois connue sous le nom de Barara) et Harar étaient des centres riches de la culture Amhara et Harari bien avant une migration importante des Oromo vers ces régions.
Malgré cela, le régime Oromo cherche à réécrire l’histoire, en présentant la croissance urbaine comme le résultat de la lutte et de la résilience des Oromo. Ce révisionnisme sert à justifier l’annexion des villes éthiopiennes les plus diversifiées sur le plan ethnique et efface les contributions des autres communautés, tout en élargissant les frontières de l’Oromia aux dépens des régions voisines.
Les arguments juridiques contre l’annexion
Le droit international indique clairement que la saisie forcée des terres autochtones est illégale. La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP) reconnaît les droits des peuples autochtones sur leurs terres, territoires et ressources. L’article 26 de l’UNDRIP stipule que les peuples autochtones ont droit aux terres qu’ils possèdent ou occupent traditionnellement. Par conséquent, la volonté des nationalistes oromo d’annexer des terres là où ils sont les plus récents colons viole à la fois le droit international et les principes éthiques.
La réalité de l’expansionnisme oromo
Les changements démographiques dans les centres urbains éthiopiens reflètent un effort délibéré et systématique visant à remodeler la composition ethnique du pays en faveur de l’hégémonie des Oromo. Selon le recensement de la population et du logement de 2007, les Amharas représentaient 47 % de la population d’Addis-Abeba, tandis que les Oromos ne représentaient que 19 %. À Harar, la majorité amhara de 51 % enregistrée il y a trois décennies est tombée à 23 %. De même, à Dire Dawa, les Amharas ne représentent désormais que 20 %, ce qui montre une tendance délibérée au déplacement et à la marginalisation.
Ces changements démographiques ne sont pas une coïncidence. Ils résultent de politiques visant à réduire la présence de groupes non-Oromo, notamment Amharas, dans les zones urbaines clés. En réduisant le nombre de populations non-Oromo dans les villes stratégiques, l’establishment politique Oromo cherche à consolider son contrôle sur les centres politiques, culturels et économiques de l’Éthiopie. Cette manipulation démographique est un outil puissant pour transformer la structure fédérale de l’Éthiopie en une extension de la portée territoriale et idéologique de l’Oromia, marginalisant encore davantage les autres groupes ethniques.
La proposition du forum Oromia de décembre 2024 est claire : en ciblant Addis-Abeba, Dire Dawa et Harar en vue de leur annexion, le régime vise à étendre les frontières de l’Oromia et à remodeler le paysage fédéral éthiopien pour assurer la suprématie oromo.
Marginalisation systématique et volonté d’hégémonie
Depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed, le régime dirigé par les Oromos a systématiquement marginalisé les Amhara et les autres communautés non-Oromos par le biais de déplacements forcés, d’exclusion économique et d’ingénierie démographique. Sous couvert de développement urbain, les populations Amhara d’Addis-Abeba, Harar et Dire Dawa ont été confrontées à des expulsions, à un accès restreint au logement et à des opportunités limitées d’accès aux services essentiels. Les entreprises appartenant à des Amhara ont été soumises à des taxes excessives et à des barrières réglementaires, tandis que le nettoyage ethnique et la redistribution des terres ont encore réduit la présence non-Oromo dans les régions contestées. Ces efforts coordonnés reflètent une tentative délibérée de consolider la domination oromo et de démanteler le tissu multiethnique de l’Éthiopie.
La proposition d’annexion d’Addis-Abeba, Dire Dawa et Harar représente le point culminant de ces politiques d’exclusion, motivées par l’idéologie d’Oromummaa. Ce programme expansionniste vise à modifier la structure fédérale de l’Éthiopie, en élargissant les frontières de l’Oromia aux dépens de l’Amhara et d’autres communautés. Si rien n’est fait, elle risque de briser la fragile unité de l’Éthiopie, d’exacerber les tensions ethniques et d’approfondir les divisions au sein du pays.
Les implications de l’hégémonie oromo
Si ce programme d’annexion progresse, il aggravera les divisions ethniques déjà fragiles de l’Éthiopie. Loin de favoriser l’unité nationale, cela exacerbera les tensions, érodera la confiance dans les institutions fédérales et accroîtra les divisions sociopolitiques. La poursuite agressive de l’expansion territoriale des Oromo risque de déclencher des troubles généralisés, déstabilisant non seulement les villes contestées mais la nation tout entière.
Les arguments en faveur de la restauration des zones administratives non tribales du système de 1974, comme le préconise Assefa Mehretu, mettent en évidence les dangers du fédéralisme ethnique, qui a enraciné la division et perpétué les cycles de conflit. L’exploitation de ce système par le régime oromo, associée aux mécanismes constitutionnels qui donnent la priorité à la domination ethnique, représente une menace existentielle pour l’identité collective de l’Éthiopie.
Alors que la communauté internationale continue de négliger ces évolutions, l’Éthiopie se rapproche de plus en plus de la fragmentation. L’annexion d’Addis-Abeba, de Dire Dawa et de Harar n’est pas simplement une question d’expansion territoriale : elle représente le démantèlement du tissu multiethnique éthiopien au profit d’un État d’exclusion dominé par les Oromos.
Conclusion
La proposition d’annexion du régime oromo doit être reconnue pour ce qu’elle est réellement : une étape dangereuse et arrogante vers une hégémonie ethnique qui sape les principes d’égalité, d’unité et de coexistence. Pour préserver l’intégrité de l’Éthiopie, il est impératif de mettre fin à ce gouvernement d’exclusivité motivé par l’apartheid comme l’idéologie d’Oromumma et de rétablir une gouvernance inclusive. L’avenir de l’Éthiopie doit être un avenir d’unité, où les diverses identités de son peuple soient célébrées et non démantelées dans la poursuite d’un pouvoir hégémonique.





